Drame lyrique, déjà cité, de M. A. Diiu.neaij
Enfin, cil quelques lignes, quelle intense, complète vision de M. G. Fauré ' : un paysage tranquille et tendre, en haut d'une falaise, cimetii-re de campagne à €ûté de la vieille église aux cloches grêles; sous le ciel translucide l'éternel repos des morts ; et subitement la tempête où les barques sombrent dans les Ûots glauques, qui roulent furieusement des cadavres nus aux yeux grands ouverts- !...
De tous ces spectacles de la nature, de toutes les merveilles qu'elle olire à qui sait voir, — retrouvant en soi-même l'éternelle beauté des choses, — le plus merveilleux peut-être, celui de la nuit étoiiée, quel art mieux que la musique moderne l'a su décrire! Elle a aimé la nuit comme jamais, autrefois, on ne l'avait aimée ^. Avec Chopin et Wagner (second acte de Tristan), Berlioz dans le Septuor des Troyens qui ressuscite l'antique sérénité virgilienne en notre langage d'aujourd'hui'*; Gksar Franck en son délicieux •et profond Nocturne, furent les précurseurs de toute une pléiade. On se souvient que Maupassaiit (dont rémotion parle intérieurement à chaque phrase de son admirable Clair de lune) se plut à rapprocher un jour" diverses évocations poétiques de l'astre des nuits : celles de Musset, de M. Edmond Haraucourt, de Leeonte de Lisie, etc. Dans notre musique, les noms de Debussy et de M. Fauré s'offrent aussitôt à noire esprit : le Nocturne sur la poésie de Villiers de l'Isle- Adam'^, les trois pièces orchestrales de l'auteur de Pelléas, la scèîie « des cheveux » de ce même Pelléas, le second acte de Pénélope, etc. Des deux interprétations du Clair de lune de Verlaine, laquelle préférer? On ne sait... Mais, parmi tant d'autres musiciens, étudier séparément chacune des œuvres qui le mériteraienl, dépasse infiniment les limites de ce travail, et nous borner à une srche éiiumération, serait chose fastidieuse.
Cet amour profond de la nuit révèle une tendance philosophique nouvelle. Un des traits de l'art moderne, depuis le romantisme, c'est le sens de l'infini, ou tout au moins le désir, — mieux : l'irrésistible passion d'en traduire le sentiment humain. On peut sourire de cette ambition démesurée; un « bourgeois >> terre à terre et satisfait, ou simplement un esprit « raisonnable » ne manquera pas d'objecter que le ciel est bien loin pour les pauvres mortels, que l'infini ne nous est pas concevable, qu'il reste hors de proportion avec l'homme, — donc avec l'art; — et qu'après tout, notre cœur, l'humble vie, l'existence familiale de tous les jours, ont leurs grandes, leurs suprêmes beautés : le résultat ne serait pas négligeable, d'exprimer des sentiments modérés par de la belle musique. On dira tout cela, certes, et bien d'autres choses encore. Pourtant, à n'en pas douter, l'inconcevable mystère obséda les penseurs du six= siècle. On peut bien railler les poètes qui sont « dans les nuages », les chercheurs d'au delà, les non-satisfaits de la vie
1. Il s'iiçit de La mélodie intitulée Cimetière, sur un poème de M. Jean Ilichepin.
2. 11 ne pcnL être questioû de citer ici toutes les œuvres dont l'Océan est le leitmotiv original. Pourtant il ne faut point passer sous silence deux suites pour le piano, toutes deux intitulées ta Mer : l"une, récente, de M. (i. SAiiAZEuiLii (Société nationale, 11120); l'autre, plus ancienne, fort intéressante cL trop peu connue, do M. AriEi. Di-cadx.
3. Toujours l'inllui-'ncc des salons : la lumière éternelle, mais loin, taine et mystérieuse, des étoiles est bien pâle sans doute, aux jeux qui préfèrent l'éclat des soirées mondaines.
4. Car ce langage n'a pas vieilli d'une note. De Berlioz aussi, rappelons ce Lamenlo du pêcheur [Sur la lagune) aux harnionics si neuves, aux horizons d'infinie douleur.