‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 3)Chapitre 9 sur 330 · G. Kaurk, second recueil de mélodies · texte numérisé non relu

G. Kaurk, second recueil de mélodies

— matérielle et morale — qui nous est faite sur ce pauvre monde. iNous ne voulons pas nier que savoir restreindre son ambition, rester sur la terre, suppose une réelle sagesse ; il n'est pas aisé d'y marcher sans faux pas. Cependant, à certaines heures, cela ne suffit plus; il est des instants de la vie où Vcspoir d'autre cliose, où la hantise de voir « de l'autre côté du rideau » nous obsède. Sentiment sinon absolument moderne, du moins que les temps modernes ont vu se développer sans cesse. Les progrès de la science, nous donnant l'illusion de reculer les bornes du mystère, alimentent le besoin logique — toujours inassouvi — de connaître les causes premières. Depuis la découverte de Copernic, l'astronomie nouvelle a changé bien des valeurs, et n'oublions pas non plos cet étrange mysticisme qui résulte du doute supérieur : non le doute d'un Ilomais qui se contente de railler un dogme auquel il ne veut plus se résoudre à croire, mais celui qu'amène un sincère et noble désir : la recherche de la Vérité. Dira-t-on que nous sommes loin de la musique'? Mais toujours, dans cette étude, il nous faut voir l'orientation des esprits, parce qu'elle détermine lecaractére de l'art. Déjà, que d'infini dans l'Invocation à la nature de la Damnation de Faust! quel mystère profond : ïaitdante du Quintette de Franck! El nous parlions de la nuit étoiiée: tant de nocturnes non plus seulement exquis et rêveurs, mais (si l'on veut bien pénétrer au fond de l'expressionlpresque grandioses ,|malgré leur allure modeste''.

— Pour bien mesurer tout ce qu'il se trouve de relir/ieux dans cette contemplation, il ne faut se rappeler que celte phrase de Maîterlinck : « Croire, ne pas croire; peu importe. Seule importe l'élévation des pensées, grâce auxquelles nous optons pour tel ou tel parti. » Compi'enons la grandeur de cette attitude expectante de l'âme contemporaine, et sa noblesse, et sa fierté. Ne pas se décourager lorsqu'on sent le poids de l'inconnaissable, accepter l'énigme avec la belle philosophie d'un Anatole France*, c'est la tendance de mainte œuvre musicale d'aujourd'hui. Peutêtre le véritable art religieux se trouve-t-il, de nos jours, ailleurs qu'à l'église : en certains drames lyriques, dans telle symphonie, voire dans de simples «' mélodies » pour piano et chant. Ainsi, le quatrième des poèmes d'ALBÉRic Magpjard {Quand la mort viendra...), le Chant funèbre de la Sonate de violoncelle; également aussi la dernière pièce du très beau recueil de M. Fauré : La Chanson d'Eve''. La douleur et l'impossibilité de résoudre l'éternel problème, y restent empreintes d'une sereine résignation éclairée d'une sorte d'espoir et de confiance'". Que l'on ne craigne pas de voir ainsi les musiciens déserter l'âme humaine. « Bornez-vous au cœur humain, " disent les sages. Mais ce cœur est un monde, un mystère d'infini : on le sait bien depuis Trixian et Yscult. Et cette musique moderne, même lorsqu'elle veat

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