Formation de la gamme chromatique. — Nous
connaissons maintenant l'existence des signes d'altération; nous allons voir de quelle utilité ils sont dans la gamme chromatique dont nous avons déjà parlé et dont il nous faut apprendre les éléments constitutifs.
Nous avons déjà dit que le son intermédiaire placé entre deux notes formant l'intervalle d'un ton, s'obtenait en altérant l'une des deux notes de ce ton. Nous savons également que ce son intermédiaire divise le ton en deux demi-tons.
La division d'un ton en deux demi-tons peut s'obtenir de dilférentes manières : soit par Valtération ascendante de la première note de ce ton, soit par l'altération descendante de sa seconde note.
L'exemple suivant présente la division d'un ton en deux demi-tous, par l'altération asci7idante de sa première note.
Sol Sol dièse
, un ton
Jol dièse
Sol La double dièse dièse un ton I
Sol bémol
Sol bécarre
un ton
La
bémol
On trouve dans l'exemple qui suit la division d'un ton en deux demi-tons, au moyen de l'altération descendante de la seconde note :
Le ton et le demi-ton sont flscenrfa>i/.s ou supérieurs quand les deux notes dont ils sont chacun formés procèdent en montant du grave a l'aigu. Tous les exemples précédents montrent des Ions et des demitons ascendants ou supérieurs.
Le ton et le demi-ton sont desa-ndants ou inférieurs quand les deux notes qui les composenl se succèdent en descendant de l'aigu au grave, comme cela a lieu dans les exemples suivants :
Quand on ne spécifie rien sur la qualité d'un ton ou d'un demi-Ion, c'est toujours du ton ou du demiton ascendant dont il est question.
On se rappelle que la gamme diatonique contient cinq Ions et deux demi-tons. En partageant les cinq tons entrant dans la formation d'une gamme diatonique en deux demi-tons, on obtient dix demi-tons, lesquels ajoutés aux deux demi-tons que contient déjà cette gamme, forment une succession de douze demitons. Ces douze demi-tons forment douze sons dilférenls séparés entre eux et dans leur succession conjointe par l'intervalle d'un demi-ton. En ajoutant à ces douze sons la répétition du premier reproduit à une oetave supéiieure, on obtient une nouvelle gamme appelée gamme chromatique, dont on va trouver ci-dessous plusieurs exemples auxquels on peut se reporter.
La gamme chromatique contient donc douze demitons consécutifs. En examinant le clavier- d un piano ou d'un orgue, on se rendra facilenieni coiufite comment est formée la série des douze demi-ions constituant celte gamme.
La gamme chromatique peut s'écrire soit au moyen des altérations ascendantes, soit au moyen des altérations descendantes.
Pour écrire, comme exercice d'école, une gamme chromatique, on écrit d'abord toutes les noies de la gamme diatonique que l'on désiie tinnsl'ormer en chromatique, et on place entre les noies lorniant un ton le son intermédiaire divisant ce Ion en deux demi-tons.
Dans l'exemple suivant on voit une gamme chromatique formée par des altérations ascemlautes. Les altérations ascendantes sont écrites en noies noires.
Demi-tons
Gamme ascendante
Gamme descendante
.degrés ^, ^, ' ' , ' ^, i,
L'exemplesuivaut présente la gamme chromatique 1 descendantes. Les altéralionsdescendanlessonlécrites écrite d'une autre manière, au moyen des altérations | en notes noires.
TECHS'IQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉnAnoaiK
Demi-tons
Gamme ascendante
Gamme descendante SJL-8-
dogrés
Toulefois, il est plus coiirorme aux lendaiices naturelles de chaque espèce d'altération d'employer en montant les aUéralioiis ascendantes et en descendant les allérations descendantes. Cet usage est celui qui doit être logiquement adopté, à part quelques excep-
tions qui seront signalées quand nous parlerons de la tonalité et du mode.
Exemple d'une gamme chromatique avec altimtiûns ascenilivites en montant et altcralions descendantes eu descendant :
La gamme chromatique contenant douze sons différents, si l'on [irend tour à tour pour premier deuvé d'une gamme chacun de ces douze sons, on peut oh tenir des gammes nouvelles. On apprendra la composition de ces nouvelles gammes quand il sera parlé de la onalilé (huitième en e i en).
7. Notes diatoniques. Notes chromatiques. Demiton diatonique et demi-ton chromatique. — Toute note enlrani daîis la formation d'une gamme diatonique est appelée note diatt 'que. Toute note étrangère à une gamme diatonique est appelée note chromatique, par rapport à cette gamme.
Les demi-tons entrant dans la formation d'une gamme diatonique sont eux-mêmes formés de noti's diatoniques et prennent le nom de demi-tons diato-
niques. Un demi-ton dans la composition duquel il entre une note chromatique est qualilié demi-ton chromatique.
On distingue le demi-ton diatonique du demi-ion chromatique, en ce que le premier est formé de notes de noms différents, tandis que le second est formé de deux notes de noms semblables, mais dont l'une est altérée : mi et fa, fa dièse et sol, sol et la bémol, sont des demi-tons diatoniques, parce que les notes qui les composent sont de noms différents. Do et do dièse, la bémol et la naturel, sont des demi-tons chromatiques, étant formés de deux notes de mêmes noms, dont l'une est altérée.
Les douze demi-tonsdela gamme chromatique sont divisés en sept diatoniques et cinq chromatiques.
7 demi-tons diatoniques
Un ton est toujours formé de deux demi-tons dont l'un est diatonique et l'autre chromatique. Si c'est la première note du ton qui est altérée, le premier demi-ton est chromatique et le second diatonique
(Voir l'exemple A). — Si, au contraire, l'altération alfecte la seconde note du ton, le premier demi-ton est diatonique et le second chromatique (exemple B) :
Ex- A ^2 '"." .''2 '""
chromatique diatonique
Ex: B.
î'2 ton diatonique
V2 ton chromatique
Nous savons déjà qu'une note quelconque forme un demi-Ion chromatique avec la même note altérée, comme par exemple : sol-sol dièse, mi bémol mi naturel; il s'ensuit que lorsqu'on dit que le dièse hausse la note d'un demi-ton et que le bémol l'abaisse d'un demi-ton, on doit entendre d'un acmi-ton chromatique.
8. Enharmonie. Notes enharmoniques ou synonymes. — L'intervalle d'un ton peut être partagé soit par sa premièi-e note élevée d'un demi-ton chromatique par une altération ascendante, soit par sa seconde note abaissée d'un demi-ton chromatique par une altération descendante. Ce son intermédiaire offre cette particularité : tombant juste à la même place sous ces deux formes d'altération, il dorme à l'oreille l'impression d'un même son, tout en pouvant porter deux noms dilFérents. Examinez l'exemple précédent, vous verrez le ton do-ré (ex. A) divisé p ar
un do dièse, et le même ton divisé ensuite dans l'exemple B par le rê bémol. Ce do dièse et ce ré bémol donnent à l'oreille l'impression d'un son semldable.
Cette analogie d'intonation, existant entre deux notes de noms différents, leur a fait donner le nom de notes synonymes ou enharmoniques. Cette dernière appellation est la plus usitée.
On déPmit ainsi deux notes si/noni/mes ou enharmoniques : notes ayant pour le même soii deux noms différents, comme do dièse et ré bémol, sol dièse et la bémol, fa double dièse et sol.
Le passage d'une note à sa note synonyme ou enharmonique est désigné par le nom d'enharmo nie; on l'appelle également : une transition enharmonique.
Le mol enharmonie vient du grec en, dans, et harmonia, harmos, harmonie, liaison, accord. 11 indique en effet Vaccord, le lien, l'analogie existant entre deux notes.
Remarquons, en passant, qu'une note quelconque a toujours pour enharmonique ou synonyme une autre note de nature différente : une note naturelle aura pour enharmonique une note altérée.
Exemple : ut naturel forme note enharmonique avec si dièse.
Si naturel Sorme noie enharmonique avec ut bt'inol.
Une noie altérée aura pour enharmonique une autre note altérée par un signe contraire :
Exemple : ut dièse forme note enharmonique avec ré bémol.
Sol banal forme note enharmonique avec fa rfiése.
9- Système de la justesse absolue. Le comma. — Dans notre système de musique européenne, le demi-ton est le plus petit intervalle usité entre deux sons. Il en existe cependant de plus exigus encore, dont la quantité se mesure par commas. Le comma est le plus petit intervalle considéré en musique. Il ne peut être défini que par le calcul mathématique etibrme un intervalle presque inappréciable à l'oreille. Pour cette raison, il a été négligé dans la pratique. 11 faudrait une sorte de microscope auriculaire pour pouvoir se rendre compte de son effet'.
On mesure par commas la distance entre deux sons formant un ton.
Le ton est formé de neuf commas et un comma forme la neuvième partie d'un ton.
Les deux demi-tons contenus dans un ton sonl illégaux entre eux; le demi-ton chromatique, dans lequel il entre une altération ascendante, laquelle a une tendance à monter, à s'élargir, a été considéré comme le plus grand et le plus haut.
Le demi-ton cliromatiç[ue contient cinq commas, le demi-ton diatonique en contient quatre.
On se rappelle que le son intercalaire divisant le ton en deux demi-tons peut être formé soit par une altération ascendante portant sur la première note du ton, soit par une altération descendante afifectée à sa seconde note. Ainsi dans le ton ttt ré, la note intercalaire peut être ou ut dièse ou ré bémol.
Dans leur état d'enharmonie, ces deux notes ont entre elles une petite différence presque inappréciable à l'oreille : cette dilFérence est d'un comma.
On considère qu'entre une note quelconque diésée et la noie suivante bémolisée, formant enharmonie avec la première, comme ut dièse el ré bémol, l'intervalle, extrêmement petit, mais non pas nul, est d'un comma.
Tel est le système appelé système de la justesse absolue ou intégrale auquel ou a opposé le système du tempérament dont nous parlerons plus loin.
Dans le système de la justesse absolue ou intégrale, on compte trente-cinq notes dilférentes pouvant être contenues dans l'espace d'une octave :
7 notes naturelles.
7 notes diésces^.
t^"^ "". M°W Fa» Soljl Latt SI il Do*J Ré# Mi# Fa(f tt tt tt
7 notes bémoUsées.
dÎÎ. RéI, Mit Fat Soll, Lak Sll. 12 3 4 5 6 2
^x Réx Mix Fax Solx Lax Six
7 notes doublement diésées . . .
7 notes' '.doublement bémolisées,
'^n'^Vli Mll> Fatk SolW. LaW. SlW> Total 35 notes.' DqH, ReH> ^l"» ^a»
Dans notre système de musique européen, les notes altérées sonl limitées au double dièse et au douille bémol. Les altérations triples ne sont pas admises dans la pratique^et n'ont même pas de signes graphiques pour les représenter.
10. Système du tempérament. Justesse absolue, justesse tempérée. — Ces trente-cinq notes sont d'une exécution possible sur des instruments comme le violou, le violoncelle, la voix humaine, etc. .appelés inslrumenls à sons variables et, encore, instruments avec justesse absolue, parce que l'instrumentisle peut, au moyen de certains procédés d'exécution, hausser ou abaisser à sa volonté les sons, de manière à obtenir une justesse absolument exacte pour chaque son.
D'autre part, ces trente-cinq nples deviendraient
1, Comma est un mot grec, francisé par l'usage.
d'un maniement trop compliqué sur les instruments à sons iixes, comme le piano et l'orgue, en raison du nombre excessif de touches et de cordes qu'il faudrait leur attribuer.
On a donc imaginé, pour l'accord des instruments à sons Iixes, un système dans lequel chaque ton est ilivjs(> en deux demi-tons d'une égalité presque complètement identique.
La note diésée et la note bémolisée enharmonique se trouvent ainsi confondues, et la dilférence d'un comma n'existe plus.
Ce système s'appelle tempérament, mot qui vient du verbe latin tenifterare, qui veut dire mélamjer dans une juste proportion, accorder, régler, unir, coordonner.
Au moyen du tempérament et de l'enharmonie, les trente-cinq notes avec la justesse absolue des sons se trouvent réduites à douze, et un seul son exprime trois noms de notes diiïérents.
TECnxJOrE. ESTlIliTIOl'E ET PEDAGOGIE
PRINCIPES DE LA MUSIQUE n\
Prenons, par exemple, la touche noire correspondant au do dii'se sur le clavier du piano : avec celte même louche on peut exprimer un do dicsc, un rc bvinol et un si double dièse.
Le tableau suivant monlre les trente-cinq notes qu'on peut obtenir au moyen des douze touches formant, sur le piano et l'orgue, la gamme chromatique à partir de la note ut :