‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 3)Chapitre 96 sur 330 · Radad, V Acoustique · texte numérisé non relu

Radad, V Acoustique

\{ bis. Acoustique. — La musique provenant d'un principe fourni par la nature, la science a analysé tout ce qui se rapporte à ce principe, qui est le son. Une partie des sciences nialhéniati(piesel physiques appelée acoustique- est née de cette analyse.

Au moyen de calculs malhéinaticiues et d'instruments expérimentateurs, on a découvert que chaque son résultait d'une certaine quantité de vibrations produites par un corps sonore élastique et dont ou a lixé le cliill're.

On a également établi les rapports mathématiques existant entre tous les sons de la gamme.

Chaque son et chaque intervalle de la gamine a été représenté par un nom breiésul tant de calculs positifs.

L'acoustique n'entrant pas dans le cadre de ce travail, nous renvoyons le lecteur à l'élude qui en est laite pins loin.

Toutefois, nous ne vouions pas omettre de mentionner le désaccord existant entre les IhiMiiioiens et les musiciens relativement à l'appréciation de la hauteur des sons. C'est ainsi, par exemple, que les physiciens veulent, d'après des calculs positifs, que l'ut dièse soit plus bas que le ré bémol, et que le demiton diatonique nt-ré bémol soit plus grand (pie le demi-ton chromatique ut-ul dièse, alors que les musiciens, se laissaut guider par leur sens artistique, prétendent le contraire.

Dans la science acoustique, il résulte donc de l'analyse par le calcul mathématique que le demi-ton diatonique est plus grand que le chromatique : ainsi le demi-ton chromatique sol-sol dièse est plus petit que le demi-ton appartenant à l'échelle diatonique mi-fa ou si-ut.

C'est à cause de cela que les maihémaliciens appellent majeur tout demi -ton comme mi- fa ou si-iit, et mineur tout demi-ton comme sol-sol dièse ou rni-mi bémol.

Dans la théorie musicale pratique, les musiciens, s'appuyant sur le jugement de l'oreille et sur l'expérience, attribuent cinq commas à tout demi -ton chromatique semblable à sol-sol dièse, en raison de la tendance attractive et ascendante de la note altérée, et quatre seulement ;i tout demi-ton diatonique semblable à mi-fa et à si-ut.

Les termes demi-ton majeur et demi-ton mineur ne sont pas usités ilans la musique pratique et n'apparaissent que dans les traités de physique et d'acoustique.

12. Genres. — On peut établir, d'après tout ce qui a été dit précédemment, que les sons peuvent se succéder de trois manières différentes : diatoniquement, par tons et par demi-tons, chromatiquement, exclusivement par demi-tons, et enharmoniquement, c'est-à-dire par transition enharmonique.

Ces trois manières de succession de sons forment trois genres : le genre diatonique, le genre chromatique et le genre enharmonique. (Voyez les exemples placés plus loin.)

Chaque genre porte en lui une propriété expressive le mettant en rapport direct avec les sentiments que veut exprimer le compositeur, ou encore avec les tableaux de la nature que ce dernier cherche à peindre au moyen des sons.

13. Genre diatonique et genre chromatique. — Le genre diatonique évoque ennous l'idée de l'ordre.

2. Du verbe grec acouein, qui veut dire entendre, et du mot grec acousticos, relatif au son.

ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIfiE

de la sérénité dans la nature, et convient à exprimer la paix, les sentiments calmes; tandis que les tempêtes, les bouleversements naturels aussi bien que les troubles et les émotions violentes ressentis par notre être moral, trouvent dans le genre chromatique des moyens d'expi'ession plus puissants que dans le diatonique.

Cette interprétation des propriétés esthétiques de chaque genre n'a cependant rien d'absolu.

11 appartient au compositeur d'ohtenir les eli'ets cherchés, avec tel ou tel genre à son choix.

14. Le genre enharmonique. — Le genre enharmonique sert de lien entre des éléments en apparence très éloignés. Telles les deux rives d'un large fleuve se trouveront réunies au moyen de ponts permettant de franchir l'espace qui les sépare, tels des fragments musicaux n'ayant entre eux aucun voisinage de tonalité seront mis en rapport plus direct et moins éloigné au moyen des transitions enharmoniques. (Voyez l'exemple no 3 placé plus bas.)

13. Mélange des trois genres dans la composition Exemple d'une mélodie présentant le mélange des musicale. — Dans la composition musicale, les gen- i trois différents genres

res sont souvent mélangés, et ce mélange produit des eti'ets variés d'expression et de couleur.

En introduisant le genre chromatique au milieu d'une phrase conçue dans le genre diatonique, on peut modilier sensiblement son caractère. Prenons parexemple les premières mesures de l'air populaire : Au clair de la lune; si nous introduisons des notes chromatiques entie les notes formant l'espace d'un ton, de simple et naïf qu'était l'air dans sa forme primitive et diatonique, il deviendra triste et sombre dans la forme chromatique.

Air simple et naïf dans le rjcnfc diatonique : N° 1.

f f ir r ^

l.e même air prend un caractère sombre avec 'introduction du genre chromatii/w' :

Genre chromatique

1 I Genre | i

enharmonique Genre

te±

enharmonie

,. . '. Il Genre II Genre

diatonique enharmonique diatonique

Genre diatonique

Genre diatonique et chromatique

16. Étymologie du mot chromatique. — Dans le courant de cet entretien, nous avons donné l'étymologie des mots diatonique et enharmonique. Il est également intéressant de connaître celle du mot chromatique. Nous l'empruntons à Jean-Jacques Rousseau: « Ce mot vient du grec kroma, qui signifie couleur, soit parce que les Grecs marquaient ce genre par des caractères rouges ou diversement colorés; soit, disent les auteurs, parce que le genre chromatique est moyen entre les deux autres, comme la couleur est moyenne entre le blancet le noir; ou, selon d'autres, parce que ce genre varie et embellit le diatonique par ses demi-tons, qui font, dans la musique, le même effet que la variété des couleurs fait à la peinture. »

L'explication suivante, que j'emprunte à une Etude sur la musique grecque d'ALi.x Tikon', est également intéressante :

« Les Grecs comparaient sans cesse les sons aux couleurs, et ils avaient des termes qu'ils leur appliquaient indifféremment. Ainsi le mot tonos (ton) signifiait l'espace transitoire, l'intervalle aisément perceptible d'un son ou d'une couleur à un autre son ou à une autre couleur parfaitement distincts. De là, le genre diatonique (par tons). Mais lorsque, dans cet inlervalle transitoire, dans ce ton, ils intercalèrent un nouveau son ou une nouvelle couleur intei'médiaire, l'espace séparatif, le ton fut détruit, et, comme c'était par le faitd'une nouvelle couleur ou d'un nouveau son qu'ils mariaient ensemble les deux autres, ils nommèrent chromatique (pai' demi-tons) le genre qui provenait de cette combinaison. »

7e ENTRETIEN THÉORIQUE

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