‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 4)Chapitre 126 sur 198 · S.T.IO · texte numérisé non relu

S.T.IO

ENCYCLOPÈnlE DE LA MUSIQUE ET DICTION NAIHË DU CONSERVATOIRE

PoTOULOw (1810-i873), qui avait étudié consciencieusement les anciennes mélodies, continua les travaux entrepris et à peine commenrés par(iLiNKA.

Dans toutes ses Iransciijitions liarinonii|iies, Po- TOi'LOw, tout en ne cliangeant pas la méloilie, l'accompafj;na par une harmonie diatonique consistant en accords parfaits majeiirs et minenrs avec leurs renvorsenicnls; il réalisa ainsi les idées du prince Odoiewsky, qui parla toujours très élofçieusement de ses travaux et compositions.

■<'rravailconsciencieux,écrivaitle prince Odoiewsky en parlant de la mélopée liturjiique par Potoulow; travail infjénieux et énormément difficile, car il faut un fjraiid courage pour entreprendre une œuvre aussi étendue et techniquement pénible. «

l/archiprétre Dimitii Vassiliévitch H.\7,oumovskv, grande autorité dans le cercle ecclésiastique sur les qui^slions de la musique d'église, loua de même les travaux de Potoulow.

Le chant religieux orthodoxe est peut-être celui qui se rapproche le plus de l'idéal; il rejette les instruments de musique défendus par les Pères de l'Eglise. Ce chant est riche en mélodies, il se distingue souvent par une grande valeur musicale, par une profonde expression religieuse, tout en étant scrupuleusement soumis aux paroles du texte.

(Juand les mélodies prirent la forme harmonique, après les grossiers essais du système " Strotchnoé », après l'iiilluence de la musique polonaise et, plus tard, celle de la musique italienne, les compositeurs cherchèrent à harmoniser la mélodie ancienne en se rapprochant le plus possible du caractère spécial de celle mélodie. Bortnianskv l'a soumise aux règles musicales de la nouvelle école.

Avec 'rotTRTr.nA>'iNow, elle devient plus pure, quoique soumise au lythme symétrique étranger à son caractère.

LvoFF lui rendit toute sa liberté de rythme asymétrique et toute son ampleur.

(jLinka chercha à lui donner, en l'harmonisant, la richesse des accords, et Potoulow tâcha de la déli vrer du chromatique, dont les sons, d'après saint Clément d'Alexandrie, sont aussi pernicieux pour les mœurs que les boissons alcooliques.

PoTovLOw a rejeté la facililé que présente l'harmonisation de la musique laïque, il a dédaigné les effets d'opéra qui charment tant le public et a soutenu le style rigoureux et sobre de notre chant d'église, avec toutes ses conventions si gênantes pour le compositeur moderne.

« lin accompagnant la mélodie par une harmonie rigoureusement diatoniciue, en lui conservant son rvthme libre asymétrique, en subordonnant la musique au texte, de manière que toutes les voi.x du chœur prononcent les paroles sacrées en même temps, Potoulow est celui qui sest rapproché le plus de l'idéal du chant d'église. » (Opinion du prince Oboiewsky).

Sur le même sujet, voici maintenant ce que dit notre maître Liborio Sacchetti :

« La difliculté de résoudre le problème de la mu- ■sique nharmonique religieuse dépend de l'antagonisme entre les tendances de l'art musical et les exigences du culte. Cet antagonisme n'existe pas dans le chant de l'ancienne mélodie religieuse exécutée à l'unisson. Mais la polyphonie tend à subordonner le texte, et souvent l'embrouille par l'articulation simul-

tanée de paroles dilTérenles, à cause des entrées des parties à des moments divers.

« Peut-èti'e la musique leligieuse russe, en suivant la voie tracée par les zélateurs de l'ancienne mélodie orthodoxe, se rapprochera-t-elle de l'idéal voulu?

« Mais, en s'engageanl dans cette voie, elle risque d'atteindre son but au prix des beautés spécifiques de l'art. Nous le voyons chez Potoulow. Le style rigoureux de ses œuvres porte atteinte à l'élément esthétique du chant religieux. Son harmonie est enfermée dans des limites trop étroites; elle exclut même les notes de passage. Voilà pour'quoi ces œuvres sont si pauvres en fait de combinaisons harmoniques. En même temps, elles sont déparées par le mouvement disjoint des parties, qui n'ont pas assez de liberté pour leur développement mélodique. L'harmonisation de Potoulow est basée sur des principes théoriques qui empêchent l'indépendance des parties dans l'accompagnement de la mélodie principale, laquelle ne peut leur communiquer ni son caractère ni ses beautés. Les mouvements des parties de l'accompagnemenl et leurs combinaisons sont comme prédestinés à l'avance, et liés à des règles mécaniques qui paralysent l'allure libre des voix, contrarient l'expression et nuisent au mérite artistique de ses œuvres.

« L'évolution ultérieure du chant harmonique de l'Eglise orthodoxe russe tend à rehausser la beauté de ia mélopée liturgique par la polyphonie, sans porter aucune atteinte à la mélodie principale qui, au contraire, en dominant les voix de l'accompagnemenl, leur sert de modèle. Telle est l'harmonisation de la mélopée liturgique, donnée au soprano, dans les éditions de la confrérie de la Sainte-Vierge, principalement dans les o'uvres de MM. Dimitri SolowiEw, Smirnow, etc.

« L'élément artistique y est plus considérable que dans les (euvres de Potoulow et leur communique plus d'intérêt esthétique.

« C'est pourquoi ces œuvres se rapprochent encore plus de l'idéal de la musique d'I'^glise orthodoxe russe. La mélopée liturgique se trouve intacte aussi dans les éditions de la chapelle de la Cour impériale, par exemple, dans Les Vêpres des chants anciens de 1888. »

On se préoccupait déjà do la pei-fection idéale de la véritable musique chrétienne au Concile de Trente (lo43-)503|. Si le chant de l'Eglise orthodoxe contiime à suivre la voie tracée par les zélés défenseurs de ses anciennes mélodies, il arrivera peut-être à celte perfection. Le développement ultéiieur du chant religieux doit donc consister à augmenter, à rehausser la partie artistique de l'harmonie, sans porter aucun préjudice à la mélodie fondamentale, mais au contraire à établir un rapprochement entre toutes les parties et le caractère essentiel de l'ancienne mélodie.

N'oublions pas de citer deux artistes remarquables : LoMARiNE (Grégoire) (1812-188o), professeur de la Cour impériale et chef du célèbre chœur appartenant au comte Chéhémetiew ; enfin Kotchenowsky, artiste d'un énorme lalenl.

Voici du reste un morceau de sa composition, que l'on chante dans toutes les grandes paroisses à Moscou et Saint-Pétersbourg, lors d'un enterrement ou d'une messe de Requiem :

TECHNIQUE. ESTHÉTIQUE ET PÉOAGOr.fP.

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