‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 4)Chapitre 128 sur 198 · J J IJ J ^ I · texte numérisé non relu

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<c Nous ne devons pas omettre les noms de quelques autres compositeurs qui ont éciil pour les églises de Russie : Biardi, Hkine, Alegri, Marrow et surtout Makarow.

« L'un des plus grands savants en matière de chant religieux orthodoxe et de son histoire, le Père Mé- TALOW, conclut son élude sur l'ancien Traité de la théorie musicale de 1679, dont l'auteur est Mcolas DiLETZKY, dans Ifs termes suivants :

« Noire mélodie orlhodoxe a une construction spéciale, le secret de cette construction se Irouve dans la mélodie même. En l'étudiant attentivement, à l'aide des anciennes méthodes, telles que le traité de DiLETZKY (167!1) ou autres, et à l'aide de l'analyse acoustique, on peut parvenir à résoudre le prohléme de l'harmoniser de la manière qui lui convient.

« La mélodie orlhodoxe russe est construite sur les tétracordes unis et dans le rythme asymétrique, tandis que la mélodie d'Eglise grégorienne d'Occident est basée sur les tétracordes désunis el le rythme symétrique [canlus plaints). Voilà pourquoi les ensembles harmoniques des tons et les cadences possibles dans la musique d'Occident ne le sont pas dans la musique oitliodoxe russe, n

Métalow dit qu'il est foncièrement impossible d'étudier les anriennes mélodies transcrites avec le système de notation moderne. Pour les coniprondie clairement, il faut les étudier dans la séméiograpbie qui leur est propre, c'est-à-dire notées par les hritkij qui sont l'enveloppe physique, l'essence même, la caractéristique de ces mélodies.

En étudiant et analysant consciencieusement la beauté artistique et le caractère original des mélodies du plain-chant ancien, Métalow, dans son ouvrage, Riijoureux style de l'harmonie (Moscou, 1898), a rendu un énorme service pour la résolution du problème concernant l'harmonie des anciens motifs.

Les études historiques des anciennes mélodies, études sur lesquelles Métalow a si énergiquement insisté, ont été entreprises vers le milieu du xix° siècle. L'initiative de ces travaux appartient a Oun- DOLSKY, archéologue, qui publia en 184(3 des Remarques sur l'histoire du chant en Russie.

Les raisonnements abrégés et prudents de ce livre prouvent un manque de connaissances spéciales sur le chant; néanmoins, les remarques claires, précises

et justes de son auteur ont assuré, jusqu'à ce jour, de l'importance à cet ouvrage.

Le Père Métalow se voua à des études profondes, historiques, théoriques et pratiques des modes, des particularités, du caractère et de la structure des anciennes mélodies du chant ecclésiastique russe. Les investigations minutieuses de ce savant aidèrent considérablement à éclaircir le problème du style rigoureux dans l'harmonisation de la mélodie ancienne.

Des connaissances insuftlsantes en musique ont aussi empêché Sacuarow de travailler sérieusement aux études du chant d'église. Le prince Odoiewskv, tout en rendant justice à Sacharow, parle en ces termes de ses ouvrages :

Il Le savant défunt Sacharow nous a rendu un grand service en imprimant, dans le journal du ministère de l'Instruction publique (1849), les fragments des précieux manuscrits qu'il possédait, mais il est regrettable que ces fragments soient incomplets, choisis sans disceriienienl, mêlés à des commentaires spontanés et incompréhensibles. On voit d'après cela que les connaissances musicales du vénérable Sacharow étaient très incomplètes. »

OPINIONS DE PLUSIEURS ARCHÉOLOGUES SUR LE CHANT ECCLÉSIASTIQUE EN RUSSIE

L'archiprèlre Hazolmowskv (1818-1889) a considérablement avancé l'histoire et la théorie du chant d'église, surtout par son ouvrage Le Chant d'Eglise en Russie (1867). Ce livre est, pour ainsi dire, le résumé de toutes les études précédentes, et peut servir de pierre angulaire aux travaux ultérieurs; cependant, quelque grande que soit l'autorité de cet écrivain, l'insuflisaiice de son iustiuction musicale donne lieu parfois à des inexactitudes et entraîne des jugements peu solides qui durent être reclitiés par des chercheurs modernes.

Le Père Hazoumowsky, né en 18)8, a été nommé au Conservatoire de Moscou, lors de sa lomlation, en 1866, comme professeur d'histoire du chant ecclésiastique.

Quant au prince Odoiewsky, qui, jusqu'à sa mort, en 1869, fut directeur de la Société musicale russe à Moscou, on lui doit des écrits nombreux sur le chant

TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE

dans les églises paroissiales, siii' la question du chant russe archaïqui' et sur la prétendue trivialité de la musique populaire.

Le prince Odoiewskv, qui possédait une instruction scienlilique très étendue, s'adojinant avec beaucoup de zèle à l'étude du chant ancien ecclésiastique, a rendu d'incontestables et importants services à l'archéolofiie, à l'histoire et à la théorie de la mélopée liturgique. Quoique cet auteuiait manqué do fini, de précision et de plan, ses articles, écrits à propos de faits accidentels et éparpillés dans différentes revues périodiques, ont eu une très i;rande iniluence sur plusieurs personnalités remarquables, par exemple : Glinka, Lom.MvI.ne, Potoulow, Oi'NDOLSKY, le père lUzouMowsKY, etc.

Le prince Odoiewskv se plaifrnait de ce que les anciens manuscrits n'avaient été qu'imparfaitement étudiés etdéchitfrés, parce que, disait-il, les musiciens russes ne sont pas des archéologues, et les archéologues ne sont pas des musiciens.

Le style pur et rigoureux de l'ancien chant religieux a donc trouvé un partisanzéléchez le prince Odoiewskv. Dans le rapport qu'il présenta au premier Congrès archéologique de Moscou en 1861, il exprima les pensées suivantes :

« Nos cliants ecclésiastiques, dans les livres de musique publiés par le .Synode, sont imprimés tous à une voix. Cependant, dans les chœurs d'églises, nous entendons toujours des combinaisons harmoniques, exécutées pour ainsi dire par instinct populaire et suivant la tradition. Les accords présentent toujours des consonances (le caractère même de notre chant rejette toutes dissonances). On n'y rencontre même pas de mode majeur ou mineur proprement dit. Chaque dissonance, chaque chromatisme dans notre chant religieux serait une erreur et porterait atteinte à l'originalité de ce chant, à son style sévère et à son caractère toujours majestueux et calme.

« Le but principal de notre chant est l'articulation nette des mots. Ici, le texte n'est point subordonné à la musique, mais, au contraire, la musique au texte; à tel point, que la phrase musicale finit avec celle du texte.

» On tolère une syllabe chantée sur plusieurs notes, mais la répétition des mots est défendue.

« Et voilà la cause pour laquelle les Pères de notre Kglise n'emploient point le terme « musique » pour ce chant, mais le nomment « mélodie des prières ».

Le prince Odoiewskv ajoute plus loin que : « Tous les chantres du chœur doivent articuler simultanément les mots pour que les laïques puissent exactement suivre, non seulement de l'ouïe, mais aussi avec la voix, les mots chantés. Par conséquent, dans notre chant n'est possible que le contrepoint le plus simple, jmnctum contra punctum, note contre note, sans prolongation et anticipation. »

Glinka, maître de chapelle de 1837 à 1839, aspira à la réalisation de ce projet.

M. Liborio Sacchktti, né en 18o2, professeur d'esthétique musicale au Conservatoire de .Saint-Pétersbourg, de qui nous tenons la plus grande partie des matériaux, documents et mémoires nécessaires à ce travail, fit ses études de littérature sous la direction d'Ostrogrosky, lettré de grand mérite, et de Vesselowsky, professeur de théorie générale de la littérature à l'Université de Saint-Pétersbourg.

On doit à Sacchetti, outre des solfèges et une étude d'esthétique comparative sur la poésie et les arts

descriptifs, le premier livre ori:.'inai écrit en liussie sur l'histoire générale de la musique.

A propos du chant religieux et selon les idées orthodoxes, M. Liborio Sacchktti écrit ceci : « .Nul autre chant que le nôtre ne peut et ne doit être exécuté dans notre Kglise, parce que toute autre méthode d'harmonisation empêcherait le chœur d'articuler distinctement et simultanément les paroles des prières, c'est-à-dire que serait ainsi violé le principe essentiel de notre chant ecclésiastique, que le compositeur de musique religieuse ne doit jamais perdre de vue...

« Le but unique de l'harmonisation de la mélodie est de former des combinaisons régulières des parties, mais ne doit nullement détourner l'attention de l'essentiel, c'est-à-dire des paroles du texte.

« Le prince Odoiewskv a eu raison de dire que « nos musiciens ne sont pas des archéologues et " nos archéologues ne sont pas musiciens ". Mais actuellement, la Hussie a le bonheur de posséder, dans la personne de M. Ssiolenskv, directeur de l'Ecole du chant ecclésiastique du Synode el professeur d'histoire du chant ecclésiastique au Conservatoire de Moscou, un archéologue musicien. En cela est la dili'érence capitale qui distingue M. Suolenskv de ses prédécesseurs dans les investigations sur le chant orthodoxe lussH. Possédant un savoir émiiienl, il a écrit et publié une série d'ouvrages fondamentaux sur ce sujet. Un des principaux est VAlphabet du chant noté d'.Mexandre Mesenetz, écrivain du xvii" siècle, que M. Smolenskv a publié en 1888 avec desnotes. Alexandre Mesenetz voulaitconserverdans une pureté inviolable le chant ecclésiastique ancien, qui, pendant des siècles entiers, constitua la propriété inaliénable du culte orthodoxe russe, ce chant, dis-je, qui se forma sur le sol natal de? sentiments religieux dont étaient remplis les cœurs de plusieurs générations. Voilà en quoi consiste le rôle important de l'Alphah''t d'Alexandre Mesenetz, qui est rehaussé considérablement par les notes de M. Smolknskv. Cet auteur a enrichi le fond des connaissances obtenues par les savants antérieurs des résultats de ses propres travaux, après avoir étudié d'anciens manuscrits notés avec les caractères de la séméiographie russe.

« En qualité de directeur du chœur du Synode et de son école du chant ecclésiastique à Moscou, M. Smolensky porta ces établissements à un très haut degré de perfection. Les élèves de cette école chantent à livre ouvert les solfèges les plus difficiles avec une grande pureté et la plus stricte précision. Dès leur bas âge, ils s'exercent dans le contrepoint, apprennent à jouer du violon et du piano, exécutant, sur ce dernier principalement, les œuvres de Bach. Mais le principal mérite de celte école consiste dans une atmosphère musicale tout imprétrnée d'anciennes mélodies. Grâce à cette atmosphère, les compositeurs formés dans celte école produisent des œuvres fondées sur ce chant, et, dévoilant les beautés merveilleuses des anciennes mélodies religieuses, y joignent une harmonisation adaptée à leur caractère. iN'est-ce pas ici que doit se former ce contrepoint national russe dont l'idée est attribuée à Bortn'ianskv? Les compositeurs qui ont achevé leurs études dans celte école se trouvent dans des conditions très propices au développement de leur talent, vu que leurs compositions peuvent toujours être exécutées et corrigées, le chœur étant à leur disposition à chaque instant.

« Et quelle heureuse influence réciproque entre

U's compositeurs et les exécutants! Ce chœur, une (les merveilles du monde, qui éblouit tant le public (le Vienne eu y donnant un concert au printemps de 1S9(I, et dont Jean Uiciii'iîu lit tant d'éloges, ce clia'ur, dis-je, par son exécution de la plus hante perfection, éveille le don créateur des compositeurs. Ces derniers, parlaitenieiil initiés, non seulement à la théorie, mais aussi à la pratique du chant (ils participaient an clneur dés leur enfance), créent des combinaisons de voix adnxirables, dont l'étendue est immense (il y a des voix de basse qui descendent Jusqu'au contre-la au-dessous des portées, clef de /a) et produit un eli'et sublime.

« Pendant mon séjour à Moscou l'hiver dernier, j'ai eu le bonheur d'entendre ce chœur superbe. On a exécuté quelques œuvres de M. Sholknskv, de ses adeptes et des élèves de son école. L'exécution artistique de ces compositions, sous la dii'ection de .M. Orlow, maitre de chapelle de premier ordre, procura aux assistants des moments de haute jouissance esthétique. .Sous le charme de cette impression, je me suis demandé : « .N'est-ce pas là que doit paraître ce Messie musical dont a rêvé Tschaïrowskv ?

<i L'évolution immense qui se manifeste ilans le chant de l'Église orthodoxe russe correspond au progrès f,'énéral de la civilisation du peuple russe. Pour-

tant, le pas énorme que fit la Russie, vers la lin du XIX' siècle, dans la voie de sa culture doit être envisagé seulement comme un début, qui ouvre une perspective, dans laquelle est entiainée la vie de ce peuple avec toute l'impétuosité de sa jeunesse et de sa vigueur. Nous croyons fermement à la prophétie de notre éminent pédagogue et patriote, M. Katchinsky, qui, abdiquant son professorat, se voua à l'instruction du peuple en enseignant les enfants des paysans à l'école de village, et qui, mieux que tout autre, connaît leurs capacités intenses et diverses; nous partageons sa conviction, que « la floraison de l'art national russe est dans l'avenir. Tout cet immense leuvre artistique de la Russie au xix« siècle n'est que préparatoire. Ce perfectionnement, ce progrès étonnanl de la langue, toutes ces hardiesses et finesses des procédés techniques en fait de musique et de peinture, celte profonde conception du génie créateur national, sont un fonds inépuisable de matériaux pour l'érection de l'édifice majestueux de l'art russe au xx= siècle. »

.Nous terminerons par cette citation réconfortante notre étude sur la musique religieuse en Russie, étude écrite avant que la révolution de UtH n'ait profondément modifié les conditions de développement de cette branche de l'art musical.

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