Encyclopéilip, t. III, p. r4fï
TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
des tons de rechange du cor de chasse qui se transforme en cor d'harmonie.
Enfin, en 169(1, Denner nous donne la clarinette, et le matériel instiumenlal se trouve aussi complet qu'il peut l'être pour terminer cette première période; l'addition de quelques clés aux instruments de bois vient préparer la belle évolution de la période prochaine.
Mais, en examinantla formationdes familles d'instruments, il ne faut pas oublier que l'objet principal do, ce travail est l'étude de la formation des deux formes de l'orchestre composé exclusivement d'instruments à vent, formes connues de nos jours sous les noms d'orchestre d'harmonie (tous instrument à vent) et d'orchesti'ede/'aH/dre (instruments à vent en niivre seulement). Or, dans presque tous les cas d'emploi d'instruments que nous avons vus, il n'est nullement fait mention de l'exclusion des instruments à cordes. Au contraire, il s'agit presque toujours de cas où chacune des familles d'instruments à vent entre, l'une apirs l'autre, en participation .ivec les instruments à cordes, et, par conséquent, il s'agit de la formalion île l'orchestre général, orchestre dramatique ou orchestre symphonique. C'est que l'orchestre d'instruments à vent n'existe pas encore en dehors des fanfares exclusivement militaires'.
Que nous consultions les gravures ou les récits du temps, en dehors des orchestres de cour ou des grandes solennités, nous ne trouverons jamais que les groupements les plus hétérogènes que l'on puisse imaginer : orchestre de fêtes (j'entends ici orchestres allant jouerdans les fêtes de villes et de villagesi, or'cheslres ambulants, orchestres militaires même sont composés de quatre ou cinq musiciens, six ou sept tout au plus, jouant chacun d'un instrument différent; il n'y est plus question de compléterune famille de Ûùtes ou de hautbois; on assemble les instruments et instrumentistes, que l'on peut trouver, suivant les ressources de la localité ou le hasard des rencontres, et l'on voit un rebec voisiner avec un trombone, une vielle soutenir un cornet à bouquin ou une flûte, à moins que la ba^se de vinlr ou degambe ne fasse concert avec une cornemuse.
Quelle musique de tels assemblages pouvaient-ils interpréter? Les chansons et les rondes populaires, les airs à la mode, tout ce qui pouvait plaire par une mélodie franche ou un rythme bien marqué. Quant à l'orchestra-
tion spéciale à chacun de ces groirpements, trois solutions pouvaient se produire : 1° le chant joué en unisson ou en octave par tous les musiciens; i° les parties copiées comme je l'ai dit plus haut sur la partie de clavecin suivant la tessiture de l'instrument , mais sarrs aucun souci du timhr-e; 3° enfin le chant joué par les instruments aigus et la basse, ainsi que la ou les parties intermédiaires exécutées de chic dirait un peintre, d'oreille dirait un amateur', à l'(ril disaieril ces musrciens,
FiG. 10U7. — Musiciens amliulantsj
jouant de la flûte
et du cornet à bouquin.
rf'(»s/i)ic/ dirons-nous, pour rester' à peu pi'ès correct. Les seuls groupements admis dnns l'armée étaient les suivants :
Via. 1008. — Cornet, trombone, courtaud (sorte de basson) [Carnanil de Sluttgard).
Fifres et tambours pour l'infanlerie.
Trompettes el timbales pour la cavalerie.
1. Ici, le mot fanfare a une signification rt'slreinte au genre de ia musique exécutne el tout a fait difïereute de ce même mot fanfare lorsqu'il exprime l'organisation d'un orchestre spécial quant aui instruments employés, mais propres néanmoins à interpréter toute espèce de musique quels qu'en soient la tonalité et le çenre. Ce n'est pas malheureusement ia dernière fois que nous rencontierons cet embarras des deux acceptions si distinctes de ce vocable.
FiG, 1099. — Courtaud, cornets courbe.s et cornet droit, trompette (/*irf.).
lldultiiiis ol tainboui-s pour les inousiiue^taires.
Les liautliois, moins aif,'us (|iieles lilies, plus aptes que les liompeLles à jouer les airs, danses et rondes populaires, eureiil du succès et lurent introduits dans les ré^inieuls par les colonels tiers d'ajoutera leurs lil'res el tambours réKulieis, leur bande particulière de hautbois. Puis, on adjoisnit à ces hautbois des bassons ou des serpents, mais on ne trouvait pas toujours les artistes qu'on désirait, et l'on complétai! le petit corps de musique par des cornels à bou(iuin ou des trombones; enlîn, les carinettes vinrent peu à peu remplacer les cornets à bouquin et s'ajonler aux hautbois.
Tous ces échanges, Ions ces remplacements, dans les orchestres militaires d'inslruments à vent, se Taisaient sans principes, sans règle, sans direction, sans ordre surtoul, car ces orchestres n'avaient aucune
existence ofllcielle et ne dépendaient que du chef du régiment; ces orchestres se créaient par mode, par imitation, et aussi par la force des choses, par besoin d'expansion artistique qui a fait croître, perfectionner et prospérer- sans cesse, et malgré toutes les restrictions ministérielli'S, cette forme par excellence de la musique instrumentale populaire.
N'ayant point d'organisations régulières et semblables, les compositeurs ne pouvaient point orchestrer leurs œuvres, mêmes celles écrites spécialement pour ces musiques, et c'est ce qui explique que le recueil des maixh-'t et balterifs df tamhours. avec les airs de fifres et hautbois, rassemblé en 1705 par Philidor l'aîné et conservé à la bibliothèque de la ville de Versailles, présente ces airs écrits à quatre parties, ce qui constitue une partition, mais sans aucune désignation d'instruments' :
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Premier air de la Marctie Française pour les Hautbois fait par M. de I.ulty pour M. te C. de Sery (note de Ptiitidor).
II y a lieu de faire sur cette partition les remarques suivantes :
La première partie de cette marche pour hautbois, écrite en clé de sol première ligne, était la seule qui fûtexécutable sur cet instrument.
La seconde partie contient aux troisième et septième mesures un si, qui ne pouvait se faire sur les hautbois de l'époque de Louis XIV.
La tioisième partie contient non seulement le si aux première et cinquième mesures, mais encore le ta, qui ne pourrait se faire même sur les hautbois modernes
Enfin la quatrième paitie est franchement une paitie de basse, qui ne pouvait être rendue que par
1. On peut voir un certain nombre de ces airs dans le Manuel général de musiijue militaire de G. Kastneh.
le basson ou le serpent, ou encore le trombone, mais alors en remontant -l'une octave le deuxième ré de la quinzième mesure.
Ainsi ces airs, composés expressément pour musiques milit. lires par des compositeurs de valeur et même parle grand Lulli, bien que désignés sous le nonid'.' airs pour les fifres ou les hautbois », comportaient quatre parties dont la première seule élait exécutable par l'un ou l'autre des instruments désignés, et dont les trois autres devaient être remplies par des instruments de complément suivant les ressources du corps.
Nous y voyons encore que ces airs ne comportaient pas d'effets d'orchestre et pas d'oppositions de timbres; c'était ce qu'on pourrait appeler des morceaux de plein jeu, où tous les exécutants prenaient part de la première à la dernière note.
Fia. 1101. — Sacre de Louis XIV. Les douze grands hautbois.
Mais voici qui coiiriime, liieii que se rapportant à la dernière moitié du dix-liuitième siècle, ce que je dis de la multiplicité dos iiistrumenls compris sous le nom général de haiilhois> : « Dans toutes les villes de sariiisoii, il était d'usaf;e que la musique (il s'aj^it des musiques allemandes) exécutât pendant la parade, et le soir avant la retraite, un certain nombre de morceaux d'harmonie, et c'était alors que les artistes allemands donnaient des preuves de leur incontestable liabileté, les bonnes qualités de l'exécution et le mérite des compositions que l'on faisait entendre ressortaient alors d'autant mieux qu'en général, vers la lin du xviii" siècle, les corps de musique étaient assez pauvrement organisés, eu égard surtout à ce qu'ils devmrent par la suite. Les parties y étaient ainsi distribuées, savoir : deux hautbois, denxclarinetti-s, deux cors et deux hnsf^ons. Plus lard, on adjoignit quelquefois à ces instruments : une ftitte, une ou deux trompcttfS, un contrehasson ou un serpi'nt. La réunion des musiciens jouant de ces instruments s'appelail le chœur des hautboïstes, dénomination qu'on a appliquée encore (1848), en Allemagne, à certains covps de musique militaire, et qui provient de ce que /'■ chant, confié maintenant aux clarinettes, était originainment exécutépar les hautbois. »
Pendant ce même xvm» siècle , les musiques militaires françaises continuaient de se constituer, et 0. Kastner- nous signale qu'en 1741 plusieurs régiments possédaient des musiques à hautbois, à bassons et à cijmbales; puis, qu'un peu plus tard, les musiques d'infanterie ajoutèrent aux instruments précédents les clarinettes, les cors et la grosse caisse ; enfin, que l'effectif des musiciens des Gardes Françaises avait été porté en 1764 à 19 exécutants, exemple qui était suivi par les régiments d'infanterie en 1783'.
Voici donc des corps de musique constitués et prêt s à donner des concerts. C'est dire que la première période est achevée et que la deuxième commence.