‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 4)Chapitre 134 sur 198 · EGLISE ANGLICANE · texte numérisé non relu

EGLISE ANGLICANE

Eli Ansleteire, la lîéforme fut moins radicale que partout ailleurs, et l'Église anglicane est celle des églises protestantes qui a conservé, dans sa constitution et dans ses doctrines, le plus d'éléments anciens. Cet altachenieut au passé se manifeste particulièrement dans son culte. On pourrait appeler le service anglican une Messe protestante. Sous le nom de Canticles, on retrouve, dans les divers offices de cette l''glise, le Te Deiim, le Mmjnificat, le Sanctus, le Gloria, les Litanies, etc. Selon le piincipt' commun à toutes les églises protestantes, les paroles ont été traduites en langue vulgaire, mais le tilre latin est resté. Ce respect de la tradition devait donner à la musique religieuse de l'Eglise anglicane son caractère spécial. Tandis qu'en France, par exemple, la l'iéforme, beaucoup plus radicale, avait dû, en inslituant un culle entièrement nouveau, créer également une niusiiiun religieuse toute nouvelle, le Protestantisme anglais qui avait, à peu de chose près, conservé les formes du culte de l'Eglise catholique, conserva également sa musique. Selon la comparaison (le l'Evangile, le vin n'étant pas nouveau, il n'y eut pas lien de se procurer de nouveaux vaisseaux pour le contenir; les idées n'étant pas nouvelles, on n'éprouva pas le besoin de créer une nouvelle musique pour les exprimer. .Nous ne trouverons donc en Angleterre rien qui corresponde au choral allemand ou au psautier huguenot. Dés les premiers jours de la Réforme en Angleleri'e, nous voyons des musiciens du plus grand mérite se mettre à l'œuvre pour doter le nouveau culle d'une musique religieuse qui lui convint ; mais leur ell'oit se borna presque uniquement à adapter à la liturgie de l'Église anglicane le plaiiichant en usage dans l'Église catholique. Parmi ces musiciens de cette première période de la Réforme en Angleterre, il faut citer John Mahkeck (Io2.!-158o), organiste à Windsor. Dans son Coimiion prayer noied publié en loaO et imprimé en caractères carrés, il adapte, lui aussi, l'ancien plain-chant aux nouveaux oflices; mais il le fait avec une telle science, et il parvient à établir une telle correspondance entre les paroles et la musique que son recueil n'a pas cessé d'être en usage dans les églises anglaises. Mais le plus grand, celui que les protestants anglais considèrent comme le créateur de leur musique d'église, fut Thomas Tai.lis. Né en IbiO, il se Ht de très bonne heure remarquer comme organiste : à peine âgé de trente ans. il était déj<à organiste de la Chapelle royale. Alors régnait Henri VUI, qui persécutait tour à tour protestants et catholiques. L'époque était peu avorable au développement de la musique religieuse, et ce n'est que vers 15G0 que parurent les premières œuvres de Tallis. Sa manière simple et large, qui faisait un remarquable contraste avec la musique liturgique compliquée alors en usage, lui valut les sutfrages de l'Angleterre protestante. La reine Elisabeth lui accorda une sorte de monopole pour l'impression de la musique religieuse. C'est alors qu'il publia ses Cantionea sacra' pour cinq voix et plus, ainsi que la musique liturgique du service anglican. Une inscription qu'on peut lire à Greenwich l'appelle The fatter of Enijlish Church music. Son œuvre, exclusivement religieuse, a résisté au temps et, après trois siècles, son Service, écrit dans le mode dorien et connu sous le nom de Tallis in D minor,

est encore fréquemment exécuté par les grandes maîtrises de l'Église anglicane. Les répons de ses litanies jouissent particulièrement d une légitime popularité.

L'œuvre de Tallis fut le point de départ d'une évolution fort intéressante de la musique reliijieuse en Angleterre. Un grand nombre de maîtres parurent qui marchèrent sur les traces de ce puissant initiateur, compositeurs sobres et graves, dont les œuvres sont à recommander à l'étude de tous ceux qui s'intéressent à la musique religieuse. De la (in du xvi'= siècle à la fin du xvn«, nous voyons apparaître toute une pléiade de compositeurs du pins grand mérite : William Byrd, Christopher Tye, Orlando Gibbons, Maurice Grebnk, William Child, John Blow, et enfin, le plus grand de tous, Henry Purcull, organiste de Westminster Abbey et de la Chapelle royale de 1081) à 169j. Purcell est certainement l'un des compositeurs les plus féconds que l'Angleterre ait produits.

Quoiqu'il n'ait vécu que trente-sept ans, il a laissé une œuvre considérable. 11 ne se consacra pas exclusivement, comme Tallis, à la musique religieuse. H commença même par la musique profane et, à dixsept ans, il composait un opéra, Didon et Enée, qui fut le point de départ de ses succès. Il écrivit, en outre, vingt-deux sonates et cinquante et une œuvres dramatiques. Mais sa nomination comme organiste de Westminster donne à sa pensée une orientation nouvelle • il se met à écrire pour l'église, et laissera des compositions religieuses également fort nombreuses : on possède de lui quatre-vingts anihetns, hymns et services. Avec lui, la musique religieuse anglaise entre dans une voie nouvelle. L'école de Venise venait de jeter les bases de la musique moderne, et PuiicELL, dans la préface de ses œuvres, se déclare modestement un imitateur des maîtres italiens. Avec lui, par conséquent, la musique moderne fait sou entrée dans l'Eglise anglicane. Purcell devance son époque par l'usage qu'il fait de certains procédés harmoniques nouveaux : la quarte diminuée a une prédominance marquée dans son harmonie; il aime à commencer une dissonance par les instruments à vent et à la faire résoudre parles inslrumenls à cordes, ou vice versa. Mais il est surtout moderne par son style, expressif jusqu'au réalisme. Les Anglais l'apprécièrent à sa juste valeur, et lorsqu'il mourut, on l'enterra solennellement dans l'abbaye de Westminster.

A cette même époque, et jusqu'au milieu du xviii<^ siècle, des hommes, moins illustres sans doute maisencore dehaute valeur, enrichirentde leurs œuvres le répertoire musical de l'Eglise anglicane : Hlmphrey, qui avait été élève de Lulli dont il importa la manière en Angleterre ; Croft et Blow, organistes de Westminster Abbey; Boyce, qui perdit l'ouïe dans sa jeunesse et qui n'en poursuivit pas moins ses études musicales. Tous ces maîtres, qui composèrent de la musique d'église, appartiennent encore au xviii" siècle. Le xix" siècle n'est pas moins riche en compositeurs religieux : Attwood, qui alla faire des études à Vienne et y rencontra Mozart qui lui prédit un brillant avenir; Wolmisley, ami de Mendelssohiv, qui prit à tâche de faire connaître aux Anglais la musique de Bach ; Barnbv, qui travailla dans le même sens et lit exécuter à Westminster la Passion selon saint Mathieu; Be.nnett, compositeur d'une réelle originalité, plus remarquable cependant par la grâce que par la force dramatique; Sébastien Weslev, qui

K.M'.yCLOPliDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIliE DU CONSERVATOIRE

a été IdiiittiMiips le premier orf;aiiiste de l'Aiifileterre; il fuiulruit encore ajoiitiM' d'autres noms, tels que ceux de John (".oss,de John STAiNRR,de (jeorf^es G.\ii- KETT, Je (îeoi'f^es Martin, de G. Villiers, de Stanford, etc.

Celle liste trop lonj^ue et cependant très incomplète de compositeurs ne donne encore qu'une faible idée de la richesse du répertoire musical <le l'Kglise anglicane. Les grandes maîtrises de cette Église possèdent non seulement les n'iivres de ces divers auteurs, mais encore un nombre considérable d'œuvres inédiles. On peut dire que chaque cathédrale a sa musique liturgique qui peut également varier d'un service â l'antre, ce qui ne permet pas au peuple de s'associer comme il conviendrait au chani de la maîtrise.

11 serait difliciie, sans allonger outre mesure cet article, d'initier complètement le lecteur français aux divers délails d'un service anglican. Nous en indiquerons toutefois les principaux éléments, en choisissant nos exemples de manière que l'on puisse se rendre compte du caractère général de la musique de l'Église anglicane.

Le service commence assez souvent par le chant

d'un canlique, dont le numéro est indiqué sur des lahleaux placés de telle sorte que tous les lidèles puissent en lire les indications. Ces cantiques, que l'on chaule au commeneenienl, et aussi à la fin du service, sont des poésies religieuses divisées en strophes et adaptées à toute sorte de musique empruntée aux œuvres des maitres anglais ou étrangers : on y trouve, entre autres, la musique des chorals allemands et des [(sauraes français. Les recueils de cantiques sont a-isez nombreux : flymna ancicnt and modem, llymnal companion to... Tlie Brùtol Tunebook, etc. Chacun d'eux renferme plusieurs centaines de morceaux. Chaque fidèle possède le recueil de son église, ce qui lui permet de s'associer au chant de la maîtrise. Ce premier chant est suivi de la Confession des péchés et de l'Oraison dominicale récitées à haute voix jiar tous les assistants, puis de la formule d'absolution prononcée par le ministre officiant. Alors, commencent les chants liturgiques. L'olTieianl psalmodie de courtes phrases auxquelles le peuple répiind en chantant. Ainsi que nous l'avons dit, la musique de ces chants liturgiques varie d'une église à l'autre. .Nous donnons ici les Talliss Iiespo)ises arrangées à quatre voix par Joseph Barnuy :

L'OFFICIANT

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