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très grande valeur de ces œuvres. Par contre, il faut bien le dire, la Passion selon saint Mathieu, qu'on exécute, sans se lasser, non seulement en Allemagne, mais encore en Suisse, en llollandt', en Angleterre, el dans tous les pays protestants, ne deviendra jamais vraiment populaire dans les pays callioliqncs. Elle y fera l'admiraliou des gens doués d'une culture artistique sérieuse, mais la foule ne la comprendra pas, parce qu'elle ne correspond pas à sa mentalité religieuse. On ne comprend bien les œuvres de Fra Angelico que lorsqu'on se souvient qu'il peignait en adorant, et même celte adoration a un caractère spécial : c'est celle d'un moine du w" siècle. La sublime poésie de celte peinture est celle du cloître; il y a quelque chose du silence et de la paix de la cellule où vivait pieusement le peintie. Ue même, la musique de Bach a le caractère spécial de sa piété. Ce cpii fait qu'en pays protestant, on a voué à Bach un véritable culte et que là, ses œuvres s'exécutent, dans des grandes cathédrales el même dans des salles de concert, avec une sorte de respect religieux, c'est que le protestantisme sent vibrer son àme, non seulement dans ces chorals que tout protestant connaît dès son enfance, mais encore dans un si grand nombre d'œuvres où il découvre raflumalion de sa propre foi, son interprétation des textes de l'Ecriture, sa conception du recueillement, de la prière, de l'amour ile Dieu, de la communion avec Jésus-Christ.
Il était impossible de ne pas noter, dans un article sur la musique protestante en Allemagne, le lapport étroit qui existe entre cette musique et la mentalité protestante. Ce rapport existe chez tons les maîtres que nous avons signalés, mais il est particulièrement frappant dans l'œuvre de Bach.
Si grand que soit le génie à la fois musical et religieux de l'Allemagne, les tCgIises protestantes de ce pays ne devaient plus revoir, au point de vue qui nous occupe, une période compaiable à celle qui s'étend de Schitz à Bach. II serait cependant injuste de dire que l'Allemagne protestante n'ait plus rien produit depuis 17.iO comme musique d'église. Il semble bien qu'il y ait eu, après la mort de Bach, une réelle décadence de cette musique, et peut-être même du sentiment artistique. La popularité du cantor de Leipzig subit même une éclipse momentanée. Seize ans après sa mort, on exécuta pour la dernière fois ses Passions, dans cette église de Leipzig pour laquelle elles avaient été écrites. Les cantates même sont peu » peu abandonnées. Par contre, les recueils de cantiques se multiplient. Les Krères Moraves en publient plusieurs (le premier avait déjà paru à Herrnhut en 173o), qui deviennent rapidement populaires, même en dehors de leur communauté. Mais le rationalisme envahit les Eglises allemandes et y remplace le piétisme; sous cette inlluence, le chant d'église devient de plus en plus Iroid et monotone; on ne se borne pas à composer des mélodies sans inspiration, on transforme les anciennes en les dépouillant de tout rythme. La lin du xvui° siècle et le xix« voient cependant apparaître des maîtres qui enrichissent le trésor musical de leur église : Knecht {1752-1817), célèbre organiste et compositeur d'un grand nombre de cantiques, B. Klein, Conrad Koch, lleinrich Kals, Arnold Mendelssohn, etc.
On a reiuarqué qu'en architecture, le xix" siècle n'avait pas créé de style, mais qu'il avait été le siècle des reconstitutions et des restaurations.
Cette remarque peut s'appliquer également à la musique d'église en Allemagne. Depuis un siècle,
on s'est appliqué, en Allemagne, non seulement à rendre à l'église la musique de Bach, un moment oubliée, mais encore à rechercher de collationner les trésors d'art religieux accumulés depuis la liélorme.
Plusieurs chorals harmonisés par Bach, mais allégés d'un certain nombre de ses notes de passage, ' sont maintenant portés dans la circulation et n'en sor-liront plus. Ils sont d'ailleurs devenus l'apanage du Protestantisme tout entier, et se chantent dans toutes les langues, mais beaucoup de chorals arrangés par Bach sont dit'licilement exécutables par une assemblée. Il faut se rappeler en elfet que dans les Eglises protestantes, les chœurs sont simplement tolérés et que l'idéal poursuivi par ces églises, c'est le cantique chanté par tout le peuple. De nombreuses modilications avaient été apportées successivement au texte des anciennes mélodies. Parfois, on en avait changé le rythme delà manière la plus malheureuse; le plus souvent, on en avait tout à fait abandonné la forme rythmique. De là une diversité qui avait les plus graves inconvénients pour la vie commune des églises, et qui préoccupe depuis longtemps les autorités ecclésiastiques. Pendant la seconde moitié duxix= siècle, de grands etforts ont été faits dans le but de rétablir une certaine unité, et afin d'obtenir, an moins pour les principaux chor'als, un texte coruniun aux dilférentes églises. Le plus simple était de i-evenir, autant que possible, au texte primitif de ces chorals, et c'est ce qu'on a essayé de faire. Plusieurs congrès ecclésiastiques ont été réunis pour étudier cette question, et l'on a édité des recueils de chant sacré renfermant un certain nombre de chorals sur le texte desquels ou était parvenu à se mettre d'accord. Mais on se heurte à des habitudes prises, et il ne semble pas que la restitution des anciens textes soit à la veille d'aboutir.
Très généralement, les chorals sont encore chantés, en Allemagne, dans leur forme non rythmique souvent adoptée par Bach lui-même. Cependant, on tend de plus en plus à revenir aux formes originales polyrythrniques, ainsi qu'on peut le constater parla publication des plus récents recueils de chant sacré. Ces recueils sont fort nombreux : chaque province ecclésiastique a le sien, et même plusieurs à la fois.
Cette diversité des recueils correspond assez bien à la diversité de la forme même du culte. En Allemagne, comme ailleurs, le Protestantisme s'elForce moins de garder l'unité de la forme liturgique que d'adapter cette forme aux besoins divers des paroisses. Dans certaines églises de grande ville, le culte luthérien a conservé, en partie, l'ordr'e et les principaux éléments de la messe catholique, et les oflices y sont célébrés avec une grande pompe; d'ordinaire, le chœur y chante a cappella, mais quelquefois — les jours de fête surtout— on y exécute des cantates avec accompagnement d'orchestre. Dans d'autres églises, au contraire, la liturgie est très simplifiée, parfois même il n'y a pas de liturgie du tout, et le culte s'y célèbre dans un ordre variable : l'assemblée y chante des cantiques, avec un ensemble souvent remarquable et d'un elTort très religieux, mais il n'y a pas de musique liturgique proprement dite (voir, pour les diverses questions tr'aitées dans cet article, outre les ouvrages déjà cités, la dernière édition de la Real- Encyclopedie, aux articles Kirchengesany et Kirchcnmusik. On peut aussi consulter: G. Hietschkl : Lehrbiich lier Litiirgik, Berlin, et S.me.nd : Liturgik, Gôttingen).
TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉnACOGIE