‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 4)Chapitre 147 sur 198 · IZ · texte numérisé non relu

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Quel que soit le très grand charme de ces mélodies de liouHGEOis harmonisées par Goudimel, nous avons un peu de peine aujourd'liui à nous rendre compte de la popularité dont jouit le Psautier dés sa publication. Mou seulement, les réformés des xvi" et xvii'' siècles ne tolérèrent aucune autre musique dans le culte, mais encore ils chantaient celle-là avec un amour inlassable : c'est ainsi qu'au culte public du dimanche, on chantait les cent cinquante psaumes en six mois. Pendant la période des persécutio)>s, les huguenots croyaient entendre chanter dans les airs, par des chœurs célestes, les mélodies du Psautier, et ces chants miraculeux servaient à exaller leur courage.

CepenJaiil, les persécutions, qui pendant deux siècles, décimèrent les Églises réformées de France, furent également funestes ii leu Psautier, lin grand nombre d'édits royaux interdirent, sous les peines les plus sévères, le chant des psaumes, même dans les maisons particulières, et comme il était impossible de faire entendre ces vieilles mélodies sans encourir la prison ou même la mort, on se désaccoutuma de les chanter. Lorsque, au xix= siècle, les églises réformées commencèrent à se relever de leurs ruines, les pasteurs voulurent leur rendre leur vieux Psautier. Mais on trouva ces chants surannés, et des musiciens, dont quelques-uns n'étaient pas sans mérite, entreprirent à l'envi de les rajeunir.

Kn 1836, WiLHEM (le créateur des orphéons), sous jirétexte de donner à ces antiques mélodies plus de variété et de vie, les transforma complètement, et remplaça leur mesure à 2 temps par les mesures les plus fantaisistes. En 1859, à la demande du Conservatoire de Paris, M. Dlprato entreprit une nouvelle révision de la nmsique du Psautier. L'éminent artiste, qui n'avait sous les yeux que les révisions qu'on avait lait subir avant lui aux mélodies de Bolrgeois, en usa librement avec cette œuvre qui avait perdu toute, originalité. Non seulement, il acheva de tiansformer le rythme des mélodies, mais encore, ignoiânl totalement l'œuvre de Goudimel, il adopta une harmonie savante, n'ayant aucun rapport avec la simple et austère harmonie du Psautici- du .\vi« siècle. Il en résulta que, piesque partout, le Psautier tomba de plus en plus en désuétude. Il y a quelques années, le synode des Églises réformées, justement préoccupé de cette décadence du Psautier huguenot, nomma une commission spéciale pour étudier la question. L'auteur de cet article, secrétaire de la commission, proposa au synode et lit décider par lui de rendre aux ÉpNses léformées l'œuvre originale de liouriGEOis et de Goldimel, telle qu'elle se trouve dans l'édition princeps de 1565. La restitution d une œuvre musicale, vieille de trois siècles et demi, n'allait pas sans présenter de sérieuses <iillicultés. Pour les mélodies, c'était chose lelativement facile.

TECHNKJVE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE

leur lytlune ayiint un charme appréciable aux musiciens les moins exercés. Il n'en étail pas do même de riiarmonie : nos masses populaires eussent élé tort désorientées par des successions auxquelles l'oreille modeine n'est plus accoulumée. 11 fallut consentir à quelques corrections. Toutefois, dans les rares passages où nous avons du modilier l'tiarinonie primilive, nous ne l'avons fait qu'en recourant aux procédés de Goudimel lui-même, excluant l'accord de septième de dominante, n'eniplo\ant que les pures consonances de l'accord parlait, n'admetlant d'autres dissonances que celles des retards si caractéristiques de la musique de GouDiMfL, et n'attribuant jamais aux parties d'accompagnement d'autre rôle que celui de suivre docilement la mélodie du soprano.

Les Kglisps réformées de la Suisse, qui n'avaient pas subi l'influence funeste de la persécution, avaient conservé plus fidèlement le texte de l'ancien Psautier, .lean -Jacques Housseal', qui appréciait à sa juste valeur l'harmonie du Psautier,» la plus majestueuse et la plus sonore qu'il est possible d'entendre », écrivait à d'Aleubert : « Un des plus fréquents amusements des montagnards neuchàlelois est de chanter avec leurs femmes et leurs enfants les psaumes à quatre parties; et l'on est tout étonné d'entendre sortir de ces cabanes champêtres l'harmonie forte et mâle de Goudimel, depuis si longtemps oubliée de nos savants artistes. » Nous n'oserions pas dire qu'il en soil de même aujourd'hui. Cependant, à l'exception d'une révision malheureuse, enireprise en IHoo par Wehrstedt, organiste genevois, révision tendant à supprimer le rythme des psaumes et à en moderniser l'harmonie, la plupart des recueils des Églises réformées suisses ont conservé assez fidèlement l'œuvre primitive, sans en serrer cependant le texte autant qu'il conviendrait.

Malgré tout, les Psaumes de Boubgeois et de Gou- DiMBL ne jouissent plus, dans les Kglises réformées, de leur ancienne popularité, si ce n'est peut-être en Hollande. IJans la plupart des églises, on les chante avec une lenteur- qui fait perdre à la mélodie tout son caractère et qui transforme cette musique alerte et vive en une mélopée monotone et funèbre. Et puis, le jour est venu où le texte des psaumes n'a plus sufli à la piété des Églises réforinees, et l'on a dû ajouter aux chants des psalmistes de l'ancienne alliance des cantiques exprimant d'une manière plus complète les senliraents chrétiens. Cette innovation correspondail à des besoins trop légitimes pour que l'on tentât de s'y opposer. Dans la première moitié du xix= siècle, un grand nombre de recueils de cantiques furent publiés, dont le plus célèbre est celui connu sous le nom de Chants chrétien!;. Plusieurs pasteurs de celle époque, notamment MM. Malasi et BosT, composèrent des cantiques, moins remarquables par la science musicale que par l'inspiration religieuse. On traduisit, en outre, un certain nombre de chorals allemands. Enfin, on adapta des strophes de poésie religieuse à un certain nombre de mor-

ceaux de musique classique. Les recueils de chant sacré en usage dans les Églises réformées se composent généralement d'une première partie : le Psautier ou plutôt une réduction de l'ancien Psautier, — un grand nombre de psaumes ne se chantant plus, — et d'une seconde partie renfermant nu plus ou moins grand nombre de cantiques modernes.

Si nous avions à apprécier, au point de vue musical, cette seconde partie des recueils en usage dans les Églises réformées, nous serions obligé de convenir que les auteurs ou compositeurs de la musique des cantiques n'ont pas toujours été bien inspirés. On est étonné de trouver parmi ces cantiques de beaux chorals allemands, dont l'harmonie et même la mélodie ont été maladroitement modifiées, puis des solos arrangés en quatuors, de la musicjue instrumentale transformée en musique vocale. Enfin, depuis quelques années, les fidèles manifestent un goût toujours plus marqué pour ces romances religieuses anglo-américaines, dont nous avons parlé |dus haut, et les auteurs des recueils les plus récents ont dû tenir compte, à cet égard, des exigences du (lublic religieux.

Il y aurait, pour les Églises réformées, le plus grand intérêt et le plus grand honneur à revenir aux traditions artistiques créées par la Héforme du xvi« siècle, et le devoir de tous les vrais artistes appartenant à ces Églises est de travailler à les ramener à les glorieuses traditions qu'elles n'auraient jamais dû abandonner.

La forme du culte dans les Églises issues de la Rél'orme française (Eglises dites réformées ou presbytéiiennes) est d'autant plus diverse que ces Églises ■■onl établies dans un pins grand nombre de pays, de mœurs et de langues différentes : France, Suisse, Hollande, Ecosse, Allemagne, États-Unis, etc. La lecture lie la liible, la prière et le sermon sont les éléments [irincipaux de ce culte, dans lequel le chant occupe une moindre place.

Dans la plupart de ces Églises, le chant liturgique n'existe pas, cependant, il tend à prévaloir dans les Ivglises réformées de France. En 1874, un éminent [1 isteur de l'une des paroisses de Paris, M. Bersier, inaugura, dans l'église qu'il venait de construire, un culte avec chants liturgiques qui eut un immense succès. Il voulait, disait-il dans la préface de sa litur- ^;ie, encourager les fidèles " à participer directement au culte en intervenant dans toutes ses parties... et les faire sortir de leur rôle passif d'auditeurs muets ». Cette pensée correspondait trop bien à l'esprit du protestantisme pour qu'elle ne lût assurée d'y ti'ouver de l'écho. Récemment, le synode des Églises réformées de France révisa sa liturgie, et y introduisit les chants spontanés ou liturgiques.

Dans les Églises réformées de France, l'ordre du culte est donc généralement celui-ci :

Le service commence par le chant de quelques strophes d'un psaume de Goudimel. Puis, le pasteur lit les dix commandements, après lesquels l'assemblée chante spontanément cette phrase liturgique :

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