ALT
H. Strauss, Alpensinphonie {Eulenhnr g).
Solo
Exempte 805.
EXCYCLOI'ÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOiViWAfnE OU CONSERVATOlItE
seulement leur filiation. Les « Cinq » ne doivent-ils pas se réclamer eux-mi'mes de Liszr et de Bkrlio/.? On est loiijours le lils de quelqu'un.
Ceux qu'on nomma " les Cinq » : Balakirew, Bo- RODiNK, MoussoRGSKY, C. Cui et liiusKY KoRSAKOw, formèrent une association étroitement groupée d'auteurs profi'ssant les mêmes piincipes, mais fort divers de tempérament, et dont les réalisations sont loin d'élre apparentées. iMoussomssKY seul fut un révolutionnaire. On classe sénéralement TsciiAUiowsKY à part comme se raltachant à l'art classique allemand. C'est fort bien vu, mais nous ne pensons pas que BoRODiNE, ISalakirew et Biaisky Korsakow soient si éloif,'nés des traditions. Leur harmonica certainement une saveur de nouveauté, l'imitation des cliants
populaires et de leurs tonalités particulières communique à leur' musique cette couleur slavo-orientale qui en l'ait pour nous tout le charme, mais la forme et l'inspiration sont plus proches de Schumann et de SciiuiuîBT que de Waoneu, compositeur dont celte association réprouvait d'ailleurs les théories dramatiques.
César Cui, dont l'iiilluence fut grande par ses écrits, très pur musicien, ne nous occupera f,'uère, son bagage orchesiral étant de peu d'importance'. Mous- SORCSKY, génial inventeur', ne nous arrêtera que pour la sauvagerie de quelques réalisations. .Mais BalalUREw, BoROorNE et Rimsky-Korsakow méritent plus d'attention. Ils introduisirent dans l'orchestre quelque chose de brillant, de vervcux, un coloris vigou-
BALAKrREw, Symphonie en ut (édit. russe de musique
poco. a poco riten. e morendn
E.xcmpU' 200.
reu.x et simple pourtant, qui marrquait jusqu'alors en dépit des trouvailles d'un Berlioz. Toutefois, ils eurent des précurseurs.
Le pr'emier ouvrage russe de valeur est l'opéra de la Vie ■pour le Tsar, populaire en Russie plus que tout autre. Glinka (1803-1857), musicien foncièrement original dans son inspiration, mais d'édrrcation italo-allomanile, a empreint les pages de cette partition d'une forte couleur slave; seulement, il n'a pu se débari'asser enlrèrement des inllironces de son éducation première. 11 y a mieux réirssi plus tar'd dans Housslan et Ludmila. L'orchestration de ces deux partitions est parfois d'un piltoresque ingénieux, qui lait pressentir les Busses d'aiijour'd'hiri. Mais ce ne sont là encore que des essais fugilifs. SÉRow, compositeur d'opéras, aura l'orchestre un peu
rude de ses partitiorrs, dramatiques, quoiqrre peu travaillées. DAucoMirsKY, lui aussi, sera âpre et violent, quelquefois (comme dans sa Cosatchoque) spiriluel et alerle. Passons rapidement sur ces musicierrs de valeur dont l'orchestre ne nous apprendrait rien, et arrivons à Balaisirew, le chef et le plus ancien des « Cinq ".
.1111} Balakirew (1836-1» 10).
.Son orchestre syrnplionique est solide, vigoureux et simple. La manière de Balakirew est large et forte.
1. Au point tie vue symphonique s'cnleml. C. Cui s'esl plus préoccupé rie la prosodie et île la déclaniatiou que de la couleur orchestrale. Son orchestre, très sagement équilibré, sonne d'ailleurs à merveille.
TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PEDAGOGIE
VocUl.
ynii'^j
Citons, dans liussia, la belle entrée des trombones (page 19) sur l'unisson des bois et des cordes. Le compositeur se sert peu des divisés, emploie fréquemment l'unisson, use assez souvent des accompagnements en notes répétées dans les bois et les cors, mais il écrit avec une grande connaissance des timbres et de leurs alliances. Du moins, sa Symphonie en ut nous le montre bien ainsi. Tout y est clair, ordonné, puissant; chaque groupe y a bien son rôle déleiminé. Voir, page 85, le trio du scherzo, où le quatuor dialogue élégammeiil avec l'harmonie. De-ci delà, quelques recherches, comme la conclusion aiguf' où le chant principal, conlié à la petite flûte, n'est accompagné que des tenues des violons et termine sur un accord en harmoniques (ex. 206).
La harpe est généreusement employée dans le final avec de grands traits en glissunilo. On lui coiUie même, p. lo6, un véritable solo qui étonne un peu dans une symphonie.
Malgré tout, cela est fort sage. Bal.\- KiKKW recherchera plusde nouveauté dans son poème syinphonique : Tlinmar. L'orientalisme du sujet l'y conviait, et c'est sans doute celle de ses partitions qui contient les sonorités les plus étinliées, toujours ol>lenues cependant avec simplicité. Mais il faut une grande niaitiise pour réaliser si sobrement d'aussi beaux elîets.
Trois flùles, un hautbois, un cor anglais, trois clarinettes, deux bassons, quatre cors, deux trompettes, deux trombones ténors, un trombone basse, nn tuba, trois timbales, le triangle, un tambourin, un tambour, des cymbales, la grosse caisse, le tamlam. deux harpes et le quintette à cordes, telle est la composition de l'orchestre de Thamar. Nous remarquons déjà l'importance de la batterie. Mie est cependant employée avec tact et discrétion, et évite toute brutalité.
Le tout est d'un art pur et, pour ainsi dire, classique. lÎALARiREW observe la loi d'opposition qui veut que les deux grands groupes symphoniques, harmonie et quatuor, ne parlent pas le même langage; les doublures sont fort rares en dehors des tutti.
Soulignons le rôle important du trombone basse et du tuba, dés le début. Sous les frémissements des timbales et les ondulalions des altos et violoncelles, ces longues tenues graves de cuivres communiquent à l'ensemble quelque chose de profond et de mystérieux. Plus loin, les notes lugubres du chalumeau de la clarinette ajoutent leur angoisse à cet ell'et.
Bien oriental, le passage de la page 45, où. les batteries curieusement rythmées du tambour et les pizzicati soulignent la broderie du hautbois autour d'une longue tenue de flûte. Il fallait bien le timbre pâle de la llùte pour permettre d'aussi audacieux frôlements (ex. 207).
Les sonorités sont, du reste, partout adrairable-
Halakirew, Thamar (édit. russe de musique).
IVteilo in<is<;ii iJopjtiu ninviiucnlul
tt I .# O U|>CaRflR
nfeiio niosso (dopplo miivimento)
nTT.m
Exenijlj 207.
ment choisies et du goût le plus pur. Voir, ji. 48, le chant harmonisé des clarinettes et bassons (avec plus loin les tlûtes) souteini des lins arpèges des harpes, et l'adorable renlréi; des altos en dessous. Tout ceci toujours sans la moindre doublure, tout en délicatesse.
La diversité d'écriture de chaque groupe apparaît même dans bien des tutti. Tout se poursuit, clair et limpide jusqu'au tutti en ré bémol, où s'opposent (dans le pianissimo] les rythmes divers de l'harmonie et du quatuor très divisé. Sonorité pleine et douce et pourtant scintillante.
Et cela s'achève, comme le début, dans l'ombre et le mystère.
Tschaïkowsky (1 840-1 S93j.
Le talent de Tschaikowsky s'est exercé en des genres très divers. Symphoniste et homme de théâtre, il a laissé un nombre considérable d'œuvres, quelquesunes remarquables, où son tempérament de Slave ne s'extériorise guère que grâce à l'emploi souvent répété des thèmes populaires de son pays. Son orchestration est abondante et riche, mais ne se diffé-
2B:i» ESarCLOPÈDlE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CUNSEUVATOIRE
TscHAÏKowsKY, Biith't (le Casse-Nûisetic. Danse de la Fde Dragée (îioèl) (par autorisation spéciale de M. Kschis). ^Tidante nvn trupjvo
Exemple 209.
rencie de l'orolieslre allemand traditionnel que par une certaine exubérance de la batterie (procédé bien russe) et une sonorité quelquefois un peu outrancière. Elle ne manque cependant pas toujours de détails ingénieux cl piquants.
Dans son ballet lilliputien de Casse-Noisette, Tsch.'M'- RowsKY s'est livré à d'amusantes recherches. Avec une instrumentation très réduite, il a oblenu de curieux effets, menus et spirituels comme dans ce fragment de la Danse de la fée Dragée, où le célesta su-
TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
perpose l'acuité de ses notes argentines au bavardage délicat et léger a pnnta d'arco du quatuor (ex. 208 et 209).
Dans la Danse Chinoise, le chant des tlûtes est finalement accompagné des arpèges des clarinettes et des pizzicati des cordes. Les bassons et la claiinette basse, au grave, mettent la moquerie de leurs notes piquées, une sorted'accent bouffon des mieux réussis; le glockenspiel relèvera d'une pointe acide le dessin des tlûtes (ex. 210 et 2H).
Sh
Cw
Des détails de ce genre fourmillent dans ce petit ballet plein d'espril, écrit d'une plume experte sans aucun trait appuyé... et qui nous montre en Tschaï- KOwsKY un compositeur très différeut de celui auquel nous avaient babitués ses symphonies un peu massives et ses opéras quelque peu meyerbeeriens.
Nous trouvons dans cette œuvrette le premier emploi connu du célesta, instrument inventé pai- V. Mus- TEL, le célèbre facteur d'or^^ues-harmoiiiums. Les sons, d'une si giande pureté et d'une absolue justesse
26(0 EMCyCLOPÉniK DE LA MII.SKJUE ET DICriO.V.VAJHE OU COSSEliVATOlRE
liouoBiisi:, i'' Sijmiihonic (liessel).
Fl UtZ
AHos
VÎlet
Exemple 212.
HISTOIRE DE L'ORCHESTRATION 26il
Fl.plcc,
de cet iiisliument à clavier, avaient été seulement utilisés par Jules Danhé, cliet' d'orcljestre de rOpéca-Cotnique, pour exécuter, dans ]a.Flnte enchantée, la pai'lie écrite par Mozart pour liaimonica. L'effet de ce cliauKement pi.i.ii parut tout à fait impressionnant.
TscHAtKowsKY adoptalc nouveau venu, ob.i.ii Presque à la même époque, M. G.
PiERNÉ l'employait dans quelques musiques de scène : /^''y?, le Docteur Blanc, la Sainarilaine. Kmile Pessard, à son tour, l'accueillait en diverses compositions. Le célesta avait, dès lors, ses lettres de naturalisation... Nombreux sont les coMiposileurs qui ont su en tirerunavaritageux parti. Aujourd'luii, cet instrument fait partie inlégranle de l'orchestre symphonique. L'école moderne allemande le prodigue en ses œuvres les plus significatives, la Jeune école française fera de même'.
Alexandre Borodine
Beaucoup plus .Slave d'inspiration, HoRODiNiî nous apparaît pourlant, en dépit de ro|iinion reçue, comme un compositeur de lignée très classique.
Son art de conslruction a des attaches profondes dans le passé et son orchestre s'apparente à celui des successeurs de Beethoven. Il est, cet orchesire, très équilibré, sans e.xcès sonore, sans exagération d'effets, lin somme, l'école russe de ce temps est sage. Klle ne se laisse pas allei' (sauf de rares exceptions) aux outrances des modernes Allemands ni aux subtilités de quelques Français. Elle est saine et bien ordonnée. Peut-être, les [fusses ont-ils appris à leurs aines à mieux colorer leur instrumentation, mais bon nombre de ceux-ci, devenus leurs imitateurs, n'ont pas lardé à e.xagérer ce coloris jusqu'aux pires violences, ou à l'estomper jusqu'aux plus imprécis évanouissements. Dès la Prrmièrc Symphonie de Bohodine, nous remarquerons lerôleimporlantdela timbale à laquelle est confié un des principaux dessins de Willcfjvo.
La sonorilé de ce piemier mouvement sera énergique et rude, avec, de place en place, des pages d'une grande délicatesse, comme la page 23, où la première clai'inette joue seule avec les deux cors, puis avec les trompettes, et la page 27, où dialoguent spirituellement les bois, avec quelques rentrées discrètes des violons, des altos ou des violoncelles alternés. Le scherzo estlverveux et finement traité; à citer la belle conversation des bois dans le trio, pages ?;;, T.1, etc. Les alliances de timbres sont tou-
BoRODiNE, 2'- Symphonie (Bessel).
Allegro
Viole, (dlT)
1. Peut-t'Irc, serait-il ulili- de fixer cependanL récriture du réiesla. car quelques compositeurs l'écrivent a son octave réelle très aiguë, tandis que d'autres le notent à une ou deux octaves au-dessous de lelVet pour l'oreille. L'étendue du célesta est de 4 octaves commençant à lut de 2 pieds; son 1*^ la est donc à l'unisson du la du mitien de la portée en clef de sol. L'écriture réelle obli^re à un trop ^rand noml)re de li;çnes supplémcntairi?s. [l'autre part, il y a lieu de se inélier de ce que la 1'" octave du célesta semble sonner une octav.- plus lias qu'elle ne le lait en réalité. Cela tient à la grande pureté du son et au nombre de battements des \ibrations.
Exemple 213.
jours choisies avec goût. Le final rappelle un peu la manière de Sciil-man.\, avec moins de grisaille et de lourdeur cependant.
La facture de la Den.rième Sijmphonie {si mineur) s'avère plus nerveuse. Les grands unissons ramassés au grave du quatuor et les violents accords en coup de sabre (v. p. 0) auront quelque chose de massif et de décidé, qui commuinqiie à ces pages une énergie pesante bien conforme à l'esprit des thèmes. Le scherzo à 1/1, avec ses notes constamment répétées des cors et tronipettes, nous transporte loin du babil léger habituel aux scherzos des symphonies. Il paraîtra très vivant, un peu gros, mais puissamment rythmique. A remarquer le passage élégant où 1« chant du hautiiois est si délicatement accompagné par les harmonies colorées des bois, avec une pédale lointaine de la harpe, soulignée par une réponse de triangle. Borodine n'ajoute que ces deux instruments à l'orchestre habituel de la symphonie classique.
L'andanti^ est tout plein d'une expression pcrur ainsi dire individuelle. Borodine fait, en effet, parler les soli avec beaucoup de charme. Page 96, 1-a sonorité s'iiUensifie, grâce à ringénieuse disposition des cordes où le ilodirse, tierce inajeure de l'accord, vibre avec une acuité parliculièi'e (ex. 212).
Dans le Jinal, apparaîtra toute la batterie russe