QUELQUES CONSEILS PRATIQUES
Pour obtenir l'ensemble et la netteté dans les pizzicati isolés, une grande précision du geste, du mouvement de la baguette, est nécessaire; l'indication sera toujours préparée, mais en plus, l'extrémité, la fin, la dernière partie du parcours devra être accélérée, et se terminer par un mouvement sec et très arrêté. Ces conditions sont d'autant plus nécessaires que l'allure du morceau est plus large; l'ouLdi de ces précautions produil des percussions successives, ce qui l'ait un elfel déplor'able.
Si vous voulez qu'une blanche suivie d'un silence soit prolongée au delà de sa valeur, ce n'est pas le deuxième temps qu'il faut soutenir, mais le premier; en d'autres termes, le temps à soutenir par la baguette, pour obtenir une prolongation, doit toujours être lavant-dernier et non le derniei'. Si la note à prolonger ne comporte pas de subdivision, si c'est une unité de temps, le geste doit alors commander et faire comprendre la prolongation.
Quand des rythmes contraires se présenteni dans ditlérentes parties, il est quelquefois bon d'en modifier la notation sur ces parties, en faisant concorder les temps de façon à rendre clairs les gestes adoptés par le chef. H est dangereux de se fier au raisonnement et au calcul de rythme faits par les ai listes.
Dans les subdivisions, il faut prendre j^'arde qu'aucun rythme condradictoire ne se trouve dans une partie quelconque, ce qui troublerait tout à fait l'artiste qui la joue. Dans ce cas-là, il faut repiendre de suite les grandes divisions.
Dans la musique moderne, il est préférable de battre (discrètement) les silences des « Hécits », et de ne point procédei' comme dans l'ancienne musique, où le chef se contentait de lever le bras au moment d'un .accord, ne faisant pas un geste pendant des mesures entières de silences pour l'orchestre. Cette vieille méthode était praticable avec la manière d'écrire du temps, et en tenant compte que les parties d'oichestre contenaient toujours, pendant les Il Kécits », la musique vocale avec les paroles; il n'y avait alors nulle crainte d'erreur. Aujourd'hui, cette façon d'agir donnerait des mécomptes certains et serait très dangereuse.
Il est des cas où il est nécessaire de régler les coups d'archet, d'autres où il vaut mieux laisser libre cours à l'initiative des artistes. — Exemples :
1° Ouverture d'Euii/aiithe.
•2° Itéveil de Brunehilde.
3" Pi élude du troisième acte de Tiislan.
Les coups d'archet uniliès doinient à l'exécutinn une accentuation plus vibrante, plus expressive. Tout autre sera l'efl'et d'une phrase chaleureuse avec des accents, si tous les archets marchent ensemble, ou si, au contraire, chaque artiste suit son inspiration en faisant coïncider les poussés avec les tirés.
Dans d'autres cas, l'alternative des coups d'archet est préférable, et \\ y aurait danger à les indiquer; tel est le cas des grandes phrases mélodiques, expressives, de Wagner, recouvertes d'un unique coulé laissant à chaque artisle la liberté des coups d'archet {Siegfried, troisième acte, etc.), ou encore des mélodies exigeant une grande délicatesse et une grande tenue d'archet. Les moyens des artistes sont inégaux, et il serait nuisible de leur imposer un même procédé d'exécution; on arriverait à un mauvais résultat.
Bien entendu, il n'est pas question des cas simples qui n'acceptent pas de conteste, et auxquels artistes et chefs d'orchestre doivent se soumettre.
11 convient de marquer les respirations pour les instruments à vent, et surtout pour les cuivres qui respirent au moment même où ils doivent attaquer; cette précaution est également utile pour les instruments à cordes, afin de marquer les lins de phrases et de faire en sorte que le son s'arrête quand le sens musical de la phrase le réclame.
11 est encore nécessaire de marquer les respirations quand ou veut que tous les instruments respirent ensemble, ou, au contraire, qu'ils alternent de façon qu'il n'y ait pas de trous (Prière d'Klisabeth).
Les instruments à vent prennent souvent leur respiration seulement au moment où ils devraient produire l'émission de la note, d'où un léger retaid, particulièrement chez les trombones. Il faut réa^:ir contre cette coutume.
Comme cause de retard dans l'émission chez les instruments à vent, il y a aussi le sentiment (dans un accord plaqué à plusieurs) d'attendre la dernière extrémité pour ne pas attaquer seul. Le chef doit inspirer confiance et obliger les musiciens à attaquer exactement avec la baguette.
Dans la musique de théâtre, il est utile de mettre de bonnes répliques sur les parties, ce qui assure les bonnes attaques; ne pas mettre les répliques est une économie mal entendue de gravure et de papier. L'ancienne copie, qui « tirait à la ligne », avait du moins ce très grand avantage de donner les répliques. Le souci de nombreuses mesures à compter énerve et fatigue le personnel.
Pall TAFFANEL.