‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 4)Chapitre 66 sur 198 · LA TEMPETE CESSE · texte numérisé non relu

LA TEMPETE CESSE

en même temps que le chanteur, ils souffrent do sa soull'rance, ils pleurent ses larmes. » On pourrait résumer le rôle de l'orcheslre, dans les opéras de Gluck, en disant que, pareille au chœur dans la tragédie antique, la symphonie instrumentale y apparaît comme la conscience vivajite du drame. Et comment soutient-il ce rôle pathétique? Parle

TECHNIQUE. ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE

choix judicieux des instruments, par la science des oppositions, et par une puissance de progression merveilleuse.

Le choix judicieux des instruments, nous en avons déjà parlé maintes fois. Pourtant, citons enroie, dans Alceste, la mélancolique pantomime du sacrifice, que les timbres des hautbois et des bassons unis aux archets colorent d'une telle langueur, d'une si funèbre tristesse.

Les oppositions sont constantes chez Gluck. Pour nous' en tenir à cette admirable scène du temple d'Alceste, que de contrastes successifs! La délicieuse Marche religieuse, si puie et si recueillie, avec ses flûtes dans le grave; la solennelle et puissante invocation du grand prêtre : « Dieu puissant, écarte du trône! » où les cuivres et les basses entrecoupent le récit d'accords pris /) qui s'enflent jusqu'au /f, et reviennent doucement à la nuance primitive; puis, la prière des chœurs, anxieuse et mouvementée, réunissant toutes les forces de l'orchestre avec tant de rythme, d'éclat, d'agitation dans toutes les parties; ensuite, un'Jnouvel apaisement avec la pantomime que nous citions à l'instant; enfin, la grande scène

de l'oracle que nous donnons intégralement et qui, à elle seule, est à la fois le meilleur exemple de ces oppositions tragiques et de ces progressions étonnantes dont nous parlions tout à l'heure, progressions dont Gluck et Wagner connurent seuls le secret. (Juelle maîtrise de soi-même! quelle sûreté de main! et quelle intuition des effets instrumentaux, de ce que nous appellerions volontiers, dans un langage à demi pictural, la valeur sonore du timbre, pour parvenir à :.'raduer ainsi l'intensité des sensations et de l'émoi !

Berlioz a longuement étudié la composition plutôt que l'instrumentation de cette scène extraordinaire. •Nous ne pouvons recommencer ici sa longue analyse, ni même la compléter à notre point de vue. C'est aux lecteurs à examiner, à la lueur des explications précédentes, le fragment de partition dont nous reproduisons tout au long le développement génial. Ils verront que pas une note n'y figure qui ne remplisse un rôle prévu, actif, parfait, au triple point de vue de la justi^sse d'expression, du contraste et de l'intensification progressive des ell'ets :

Gluck, Atce-ti'

FLUTES

HAUTBOIS

CLARINETTES en Ut

BASSONS

CORS en Sol

TROMBONES

VIOLONS I

VIOLONS II

ALTOS

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