‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 4)Chapitre 85 sur 198 · MUSIQUE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

MUSIQUE RELIGIEUSE

Avec une note plus grave, dans un style plus soutenu, plus contenu, la musique sacrée, dés les xiv= et xv" siècles, — messes et motets de Guillaume de

Machaut, BmcHois, Dufav, Ockeghem, Brumel, etc, — c'est-à-dire depuis l'apparition de la polyphonie vocale, s'est toujours confondue avec la musique profane. Les transformations de celle-ci d'âge en âge, ses progrès continus ont répercuté sur la première, répercussion d'ailleurs inévitable ; les compositeurs, eu suivant la pente naturelle de leur siècle, ne pou-

vaieni, à volonté, déformer leur style et cesser d'être eii.\-int!mes.

La musique religieuse a donc évolué des primitifs de ïoigaiium et du déchant aux maîtres de la Renaissance.

Il est bon de nommer ici ceux d'enire ces maîtres qui se sont le plus particulièrement distingués dans la composition libre des textes liturgiques : mfsies, psaumes, ri'pons, antiennes, hymnes, Magni^cat, Te Deum. Lamentations, Litanies, Passions, et surtout dans la forme imaginative ànmotet, sur laquelle nous donnerons d'abord quelques explications.

A rencontre des paroles d'une messe, autrement dit àes c\nqpa.rlies{K!/rie, Gloria, Credo, Sanctits et Agnus) de l'Ordinaire de la messe, qui se répètent invariablement chaque dimanche, le texte des motets, qui peut être emprunté à toutes les parties de l'Kcrlture sainte, varie à l'infini et donne naturellement cours à l'imagination du compositeur. On peut s'en convaincre à la lecture des motets appartenant aii-t ditférentes époques de l'art et aux diverses écoles; on y retrouve facilement la personnalité des auteurs. 11 semble bien, ainsi que l'observe Bottée de Toulmon, qu'au moyen âge, le motet à plusieurs voix se composait de paroles diflérentes, c'est-à-dire qu'il exigeait pour chaque partie musicale des paroles particulières. Les origines de VOratorio et les messes écrites sur des chansons profanes nous donneront, plus loin, l'occasion de dire un mot d'un curieux genre de motets du XIII'' siècle où le texte liturgique, confié à un déchanteur, sert tout simplement d'accompagnement à une mélodie populaire qui se trouve ainsi tenir la partie principale ! D'après Fétis [Késumé de l'histoire de la musique), outre deux exemples de cegenre de motets en diaphonie presque non interrompue, qui se voient dans un antiphonaire daté de 1171, à la Bibliothèque nationale de Paris, un manuscrit du xm* siècle qu'il a consulté contient plusieurs motets à trois voix composés de même façon. Il était donc d'usage courant, dès le moyen âge, d'écrire des pièces liturgiques à plusieurs voix sur des paroles diflérentes. Rappelons encore une pièce composée au xvi= siècle par le Flamand Nicolas GoMBERT (collection Maldeghem), où quatre antiennes à la Vierge cheminent très curieusement. Ne peut-on déjà entrevoir, à la diversité de ces brefs thèmes médiévaux qui suivent rigoureusement le texte latin et ne forment néanmoins qu'un seul morceau, l'idée des pièces instrumentales modernes qui, à part la symphonie, dont le plan répond assez bien aux divers morceaux de l'Ordinaire de la messe, peuvent être comparées aux motets primitifs ?

Si ces derniers sont comme une sorte d'embryon de la future musique de chambre, la plupart des motets de la Renaissance, par l'exposition du thème, l'entrée successive des voix, la contesture serrée de Ja trame polyphonique , le retour périodique du motif initial, font penser à la forme la plus parfaite de toute œuvre musicale d'un sentiment élevé, à la fugue. L'analyse des beaux motets de Josquin, d'Oa- LANDE DE Lassus, de Palestrina, de Victoria, dont quelques-uns d'une expression si profonde, et d'autres grands musiciens de cette époque paiticulièrement favorisée, ne peuvent, je crois, que confirmer cette opinion.

Mais nous voici déjà loin de la conception première du motet (dont quelques écrivains font un diminutif de mot) ne roulant que sur une période fort courte. Que sera-ce à partir du xvii« siècle où, prenant de plus en plus d'ampleur, tombant même

dans le style dramatique, les motets deviendront des oratorios, des psaumes, des cantates, tout ce que voudront les compositeurs qui auront, depuis trois siècles, collaboré à ce riche et inépuisable répertoire? Il faut bien dire que quelque beaux ou intéressants que puissent être les motets modernes, ils appellent moins l'attention que ceux de la Renaissance, qui, par ailleurs, s'en tiennent mieux aux intentions de l'Eglise. Ne pourrait-on même avancer qu'un certain nombre de ces pièces religieuses ne sont pas loin de justilier les lignes suivantes qu'au xviii= siècle Jean- Jacques Rousseau écrivait précisément à propos du motet : » Il faut n'avoir, je ne dis pas aucune piété, mais je dis aucun goût, pour préférer dans les églises la musique au plain-chant! >' Lors même que ces paroles, peu encourageantes pour les compositeurs de musique religieuse, viseraient spécialement les motets de Rameau, le contempteur des prétentions musicales de Rousseau, elles n'en sont pas moins à méditer* !

Français.

Eléazar Genêt, dit Carpentras, né à Carpentras vers 147o. Les Lamentations de ce maître furent longtemps célèbres; elles étaient au répertoire de la Chapelle pontificale, et il fallut un ordre exprès du pape Sixte-Quint, en 1587, pour les remplacer par celles de Palestrina.

Josquin Deprès, né vers 1430, probablement à Saint- Quentin, etmort à Condé-sur-l'Kscaul, le 27 août 1S21. Ses motets, d'une forme harmonieuse, sont particulièrement à étudier ^.

Antoine de Févin, né à Orléans à la fin du xv» siècle. Nombreux motets et messes. Il fut le rival en gloire de JosQUiiN Deprès.

Claudin de Sermisy, né vers 1490, mort en 1562, Clément Janequin, né au comraem ement du xvi' siècle, Claude Lejeune, né à Valenciennes vers 1330, Jacques Mauduit, né à Paris en 1357, donnent, en dehors de leurs œuvres profanes, des messes et des motels de haute valeur.

Franeois-Eustache du Caurroy, né à Gerberoy près de Beauvais, le 4 lévrier 1549, mort à Paris le 7 août

Pierre Clereau, maître des enfants de chœur de la cathédrale de Tulle vers le milieu du xvi= siècle, Guillaume Costeley, né à Evreux en 13:il, donnent de la musique religieuse en français, des chansons spirituelles et des Noêls^.

Claude GouDiMEL, né à Besançon vers 1305, a laissé des psaumes, des motets et des messes généralement écrits à cinq voix; il travailla au psautier huguenot et fut tenu en suspicion par les catholiques. La Saint- Barlhélemy vit sa fin tragique à Lyon (fin août 1572).

Flamands et !\'éci'lauilai.s>

Henri Isaak, né vers 1450, compositeur fécond; Ghiselin Dankerts fut un des membres les plus estimés de la Chapelle pontificale de I53S à 1365; Jacob Arcadelt, né vers 1514, écrivit plusieurs messes de 3 à 7 voix, des motets, etc. Avait suivi le ducde Guise â Paris en 1555. Obtint plus tard le titre de Musicus Reijius; il vivait encore en 1557.

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