‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 100 sur 297 · Raconté par Zanolioi, témoin oculaire · texte numérisé non relu

Raconté par Zanolioi, témoin oculaire

quentée par l'élite des Parisiens et des étrangers ; Chateaubriand et Thiers recherchaient sa conversation. Quand il allait se promener avec quelqu'un de ses amis, tous les yeux des passants étaient tournés vers lui; celui-ci le fixait et, en chuchotant, le montrait du doigt aux autres comme une merveille; un autre ôtait respectueusement son chapeau en s'inclinant devant lui, qui, tout attentif à son colloque, n'y faisait même pas attention-.

Cependant dans ses dernières années il sortait rarement, et toujours en carrosse : de nouvelles incommodités, de nouvelles infirmités, s'étaient ajoutées aux anciennes qui avaient reparu. Vers la fin de 1867, pendant qu'il se trouvait à Paris, il fut pris d'une langueur qui pendant plusieurs mois lui ôta les forces et le sommeil. Revenu à Passy, il se sentit un peu mieux, mais il continua à souffrir d'une grande faiblesse générale'.

En revanche, son âme était consolée par les démonstrations continuelles d'affection et d'admiration qui lui arrivaient de toute part. La nuit du 12 février 1868, après la 500' représentation du Gwjlielmo Tell à l'Opéra, tous les artistes de ce théâtre se rendirent sous les fenêtres de la maison où habitait le grand maître, numéro 2 de la Chaussée d'Antin, pour lui chanter une sérénade. D'abord les chanteurs Faure, Villaret et M™° Battu montèrent dans les appartements de Rossini et lui offrirent, au nom de tout le personnel de l'Opéra, une couronne magnifique. Ensuite l'orchestre joua l'ouverture du Ouilluurne Tell, et M. Faure chanta avec les chœurs un morceau du premier acte du même opéra. Une foule immense, qui empêchait presque la circulation sur la Chaussée d'Antin, fit écho aux acclamations des artistes, salua l'insigne compositeur, qui se sera certainement souvenu avec émotion que, trente-neuf ans auparavant, fes artistes de l'Opéra lui avaient rendu un pareil fiommage après la première représentation du Tell. Le 29 du même mois, étant l'anniversaire de sa naissance, eut lieu en son honneur, à Pesaro, une académie publique de poésie et de musique. A Paris fes conditions de santé permirent au maitre de réunir à sa propre table quelques-uns de ses amis, parmi lesquels les célèbres chanteurs Marie Alboniel Jean-Baptiste Faure, le dessinateur Gustave Doré, le compositeur Vaucorbeil et l'avocat Berryer. Celui-ci porta la santé du musicien « venu au monde pour l'honneur de l'homme et pour attester sa puissance ». La maison du maitre était pleine de bouquets envoyés de tous côtés.

Ce fut le dernier hommage que le grand Pesarese reçut de son vivant. A l'automne de la même année il tomba malade de nouveau à Passy, et, cette fois, gravement, de pneumonie. Les médecins attribuèrent l'origine de la maladie au séjour trop prolongé à la campagne pendant les premières rigueuis de la saison; et, comme le maître approchait de sa 76° année et qu'il n'était pas d'une constitution très lobuste, ils n'osèrent pas le faire transporter à la Chaussée d'Antin à Paris. Il était traité par les docteurs Vio lionato et Barthe, ce dernier une célébrité parisienne pour les maladies de poitrine. A peine la douloureuse

3. Une semble pourtant pas qu'il eut perdu complètement sa jovialité habituelle, comme l'aflirme Zanolini, si l'on considère que la fameuse lettre au docteur Filippi, qu'il écrivit le 26 août I8I18. c'est-àilire deux mois et demi av.'tnt de mourir, a|irès avoir traité d'art avec le i)Ius grand sérieux, se termine sur une de ses fines ])laisauteries accoutumées et avec la notation d'une scala ciiicsc {éclielle chinoise) de son invention.

HISTOIRE DE LA MrSfOlE

XVIII'^ ET XIX'= SIECLES. — ITALIE S5i

nouvelle se répuadit-elle en France et en Italie, que partout l'anxiété fut bien grande. Le gouvernement italien et la municipalité de Pesaro faisaient télégraphier tous les jours par la légation le bulletin que les docteurs traitants rédigeaient chaque matin. Liverani et le ténor Iwanof partirent- sur-le-champ do Bologne pour assister leur ami bien-aimé, auprès de qui ils allernaient avec Vaucorbeil, Micliotte, Tamburini et d'autres. A Paris, le public se rendait en foule chaque malin à la Chaussée d'Antin, où l'on tenait aussi exposé le bulletin médical.

A l'abbé Gallav, curé de Saint-Uocli, à Passy, qui avant de le confesser et de lui adminislrcr l'extrême- Onction, lui demanda s'il croyait, le maître répondit simplement : « Pensez-vous que l'homme qui écrivit le Stahat ne soit pas un croyant? » Le dernier mot qu'il prononça fut celui d'Olympie, sa femme.

Gioacliino Rossini expira à 11 heures du matin, le 13 novembre 1868.

Après l'Italie, qui lui avait donné la vie, l'éducation et la gloire, la France, qui pendant tant d'années lui avait donné l'hospitalité et l'avait vénéré, fut la nation qui sentit le plus profondément la douleur dv la mort du grand maitre, la nation qui en honora davantage la mémoire. L'Italie doit être très reconnaissante a ce peuple, qui adoucit autant qu'il le put les dernières années de son illustre his.

De vives démonstrations de deuil furent faites dans toutes les principales villes d'Italie et de l'étranger'. A Paris, quinze jours après la mort du grand compositeur, l'Opéra donna Guillmime Tell. A la suite du second acte, tous les artistes couronnèrent le buste du maitre après huit mesures de l'introduction du troisième acte de Moïse; puis on exécuta le morceau final du Guillaume Tell, sur les paroles suivantes :

GDILLAUMl-:.

Ta voix est muette à jamais, Tu n'es plus!

ED'S\'IGE.

Éternels regrets 1

MATHILDE ET GEMMY.

Mais ta gloire survit immense !

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