Brenet
Eyr.VCLOFÉDfE DE LA MUSIOiE ET DICT lOA'NAIRÈ DU CONSERVAminE
Jean Rogier, Gaspard Hoste, Louis de Luxembourg, etc.; mais ce n'est qu'en l'an IJiiO r|ue parut à l'imprimerie de Pierre Attaingnant de Paris un livre de tablature pour le luth. Korte en a reproduit quelques compositions : doux préludes, un air de danse, une chanson et une pièce bien iusigniliante sous le titre de la Guerre. Vasielewski aussi présente des exemples de cette tablature, mais dans une notation
Fia. 30i.
■ Luthiste (lu xvo siècle.
qui laisse à désirer plus de soin pour la clarté des valeurs rytlimiques dont dépendent les diverses parties de la musique interprétée par lui.
Le livre de Vasielewski nous donne de même des transcriptions de la musique de Uaiis Judenkiinig, le premier luthiste allemand qui a mis en tablature et pulilié (i:i23, à Vienne d'Autriche) un petit Lautenbïicli, pcuir laciliter l'étude et la pratique de son instrument.
L'ouvrage deM.Morphy sur les luthistes espagnols, (jue j'ai déjà cité, mérite toute attention surtout au sujet des notices historiques, critiques et bibliogra-
phiques rapportées dans les pages de préface; cependant ces notices ne sont pas entièrement acceptables sans revision. La musique publiée par l'auteur représente des chansons (Romances, Villanckos, Sonnets. etc.) à une voix avec accompagnement de luth (rilmela), et des compositions instrumentales pour le luth, tirées des tablatures de Louis Milan, dont El Maestro (ia'i&) est le plus ancien des livres de tablature imprimés en Espagne, de Luis de Narvaez [Delftn para vUiiicki, 1538), de Àlonso de MudarraiTces libros (le mtisica en cifras, 1546), de Anriquez de Valderrâbano (Silvade Sirenas, to47), de DieQO Pisador {Libro de miisica de vilmela, 15S2), de Miguel de Fuenllana (Orphenica lira, 1554), de Venegas de Hinestrosa [Li- Ijro de cifra nueva, 1557) et de Estebau Daza {El Parnaso, 1576).
A mon avis, il y a à regretter dans les transcriptions de M. Morpliy, plus que dans celles de 'M. Vasielewski, une certaine insouciance quant à l'écriture moderne des notes, laquelle devrait être très soignée afin de montrer bien clairement la vraie constitution de l'ancienne polyphonie.
En Italie il y avait des tablatures de luth dés les premières années du xvi« siècle publiées à Venise par 0. Petrucci (1507-1508), et parmi les luthistes étaient connus Giovanni Ambrosio D'Alza de Milan et Alberto De Ripa de Mantoue; celui-ci laissa de lui une grande renommée en France, où il fut pendant vingt-cinq ans consécutifs au service de François !"'■ et de Henri II et où, après sa mort, sa musique, inédite jusqu'alors, fut recueillie et imprimée (1533-1558) par les soins du luthiste français Guillaume Morlaye, son disciple et admirateur. Les ouvrages déjà cités ont traité de façon complète des tablatures de D'Alza et de De Ripa, et donné plusieurs exemples de transcriptions. Je dirai seulement que le livre de D'Alza, publié en 1508, contient :
Padovaiie divprse.
Calalo a la spagnoUi.
Calate a la tatiana.
Tastar de corde con li soi recercar drietro.
Frollole.
Je remarque que les froUolc à plusieurs voix sont un genre de composition très intéressant, parce qu'elles n'ont ni les formes, ni les intentions, ni les manières de l'école llamande ; elles ne proviennent pas môme directement de l'art populaire. Elles constitueraient plutùt les premiers essais d'un art savant profane, qui tâchait de mettre l'expression musicale en juste rapport avec le sentiment des paroles. Les luthistes mirent en tablatures les frottole les plus parfaites, comme plus tard ils transportèrent sur le luth les madriiiall et puis les chansons françaises, qui vers la moitié du xvi° siècle eurent de grands succès en Italie. D'une forme plus simple, d'une structure plus régulière, d'un dessin mélodique plus précis que le mailrùjal, les chansons françaises atteignaient au plus haut degré l.i vérité de l'expression, et d'ailleurs la variété des ell'ets et la souplesse du rythme, ajoutées aux doctes artifices de la science musicale, leur donnaient le charme spécial des manifestations directes de l'art jiopulaire. dont elles s'inspiraient.
Je résume brièvement mes recherches sur les luthistes des siècles xv!*-' et xvii".
Haus Newsidier est le premier d'entre eux : né à Presbourg, puis devenu citoyen de Nuremberg, il fabriquait, dans les premières années du xvf siècle,
HISTOIRE DE LA MlSKjl'E
des luths qui étaient fort reclierchés dans toute l'Europe, et en lo36 et 1544 il publia deux livres de luth, afin d'apprendre l'instrument aux amateurs. Il mourut en to63. J'ai transcrit de lui l'ouvrage imprimé en lo36 à Nuremberg par Jolian Petreio : Ein yexvtjcordfnt Kiimliich Laulenbucli, etc. J'y ai trouvé beaucoup de chansons polyphoniques llamaudes, à deux et à trois voix, dont quelques-unes ont été conservées dans la forme originale par le précieux volume de 0 Petrucci, llarmoiiice miificff: Odh'calon, et plusieurs airs de danse qui constituent la partie la plus importante du recueil.
Quant aux chansons, on doit admirer l'art par lequel Newsidler a su suppléer, en se servant de quelques simples diminutions {/ioriture), au manque
d'effet que la musique vocale polyphonique devait nécessairement subir lorsqu'elle était transportée sur un instrument aussi i>aiivre de sonorité homogène que le luth. Les airs de danse, au contraire, ont toujours très bien réussi, et se dégagent vifs, gracieux et caractéristiques, avec une simplicité charmante. Je reproduis un exemple des chansons et des danses avec le fac-sitailii du texte original, pour montrer comment on mettait en pratique l'ancienne tablature allemande du luth.
En comparant la transcription avec l'original, on doit faire attention que le ton est transposé à la quinte, et que dans la danse .Newsidler baissa d'un degré la sixième corde.
Newsidi.kr, 153G. — Kiml ich sriuin irhica n'crdt'S wfijh.
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