‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 217 sur 297 · Entre 1730 et · texte numérisé non relu

Entre 1730 et

2. Je me sfrs de ce mot pour éviter toute confusion avec le " romantisme » reconnu de Scliiller, même celui de llerder et de Wieland, sur qui déjà le souffle de Sliakcsiteare et d'Ossian avait passé.

7,. Aux(|ucls on pourrait ajouter llaendcl, Gluck et Clcmenti. 4. Au milieu «le celte merveilleuse continuité de musiciens à laquelle rAUemaguc doit sa préséance musicale.

Beethoven les avait devancés. La voie qu'il avait ouverte était si vaste que toule la pléiade des romantiques pouvait y marcher de front.

Au xviii" siècle, Bach, Haydn et Mozart' avaient développé dans tous les genres les traditions très pures, mais un peu sèches, des primitifs : et c'était le classicisme. Avant même qu'il eiU commencé de s'alanguir aux mains de maitres secondaires, Beethoven surgit*, colosse prodigieux, mêlant en lui le sang de deux races éminenles" et le génie de deux grands siècles. Greffé sur l'apogée du classicisme, il en épanouit la vigueur, mais il s'écarla à pas de géant du chaste équilibre de Mozart, introduisit dans son art une liberté correspondant à une sensibilité plus étendue et plus fougueuse.

Il était impossible d'améliorer les formes que les classiques avaient fait évoluer. La maîtrise du dessin, la noblesse des lignes et des plans, avaient été portées à la perfection. Beethoven, .'ians les méconnaître, les inlléchit sous sa pensée dominatrice; il leur imprima des courbes plus hardies, des élans plus emportés. Avec lui le piano, le quatuor, les voix, l'orchestre, frémirent d'une émotion plus fervente, plus largement humaine, pour traduire la multiple splendeur, le cœur

y. On sait que LuiUvi^' van Dcethoven, né à Honn, mais de souche flamande, était venu à Vieunepoura|t|>rendrc â chanter il l'école d'Haydn, de Mo/art et de Clemenli. Ainsi s'étaient fiuidus en lui les deux granils courants qui avaient f<'-condé 1 Allemagne musicale pendant pii's de trois siècles : l'esprit saxon, septentrional, austère, tout en profondeur, et l'esprit autrichien, déjà méridional et plus léger, presque imprégné de soleil italien.

HISTOIRE DE LA MISIQCE

XIX' SIECLE

ALLEMAGNE TOBl

iniioniliralilt" îles êtres et des choses. Une estliétiiiiie uoiivrllo naquit; des procédés iieiifsde l'ythme, d'harmonie el d'inslrumentation s'élahoi'èrent, et c'est ainsi que Beethoven fut le premier grand peintre musical', i'iniliateur des ell'ets de coloris et de chiir-ohscur dont la palette romantique devait s'enorfiueillir.

La verve fantastique de Weher, l'intimité de Schubert, la fantaisie ailée de Mendelssolni, la tendresse affectueuse de Schumann, la rêveuse énergie de Chopin, la grandeur épique de Lis/t, tous ces accents divers sont sortis du creuset beethovenien; mais l'essence du romantisme est de les avoir fail concourir avec une grande l'oree h extérioriser surtout des impressions du monde sensible. Sans pour cela se priver de puiser à la même source d'inspiralion, Beethoven sut construire des images idéales d'après des modèles que personne n'avait contemplés. Révélateur d'un art divinisé, il s'éleva au-dessus de l'humanité, et son front se perd encore dans le ciel du futur. 11 emporta avec lui le secret de la métamusique'-, el lorsque, moins de cinquante ans plus tard, on vit Brahms revenir à la tradition objective, on eut le sentiment d'un froid et désuet anachronisme^. Bien des cœurs artistes se détournèrent de sa musique, trop abstraite, pour se dédier à celle de Wagner, fille glorieuse du romantisme, dont elle magnifiait encore les tendances.

Les origines. — Anlonr de Beethoven et de Clenienll.

Avant d'aborder l'étude des maîtres qui personniflèrent dans la musique la renaissance romantique, il me faut, pour répondre au plan général de cette encyclopédie, évoquer ceux qui, nés immédiatement après Beethoven, vécurent pour ainsi dire dans son ombre.

Parmi ceux-là les compositeurs qui cultivèrent les mêmes genres que lui furent presque tous rapidement éclipsés; entre la gloire de Beethoven el celle des premiers néo-romantiques il n'y eut guère que d'éphémères triomphes d'interprètes.

L'époque est particulièrement intéressante pour l'histoire du piano. Cet instrument, d'une destinée si brillante, avait été inventé dès le commencement du xvni<^ siècle, dix ans avant la mort de Bach el vingt ans avant celle de Scarlatli. Mais il s'était perfectionné lentement, comme toutes choses. Dans leurs œuvres aussi bien que dans leur exécution, les fils de Bach, Haydn, Mozart lui-même, étaient encore à demi clavecinistes. C'est à Clementi que revient l'honneur d'avoir fondé l'école moderne du piano'.

Parmi ses élèves immédiats, les trois plus célèbres, Cramer, Field et Hummel, appartiennent à l'époque dont j'étudie l'histoire. De Field, génie original qui naquit à Dublin, vécut en Angleterre et en Russie, je ne dois ici que mentionner le nom. L'école anglaise peut le revendiquer à juste litre.

1. Au dire des contemporaÎDS de Bcelhoven, son exécution évoquait une suite de tableaux sonores, tandis que celle des autres pianistes coulait comme une récitation. {Voyez Grove, t. Il, p. 740.) Et Tomaschek écrit dans son autobiographie [Libussa, 1845) ; « Si les compositions de Beethoven (il s'a<;it des premières) s'étaient olfertes comme des modèles classiques en ce qui concerne le rythme, l'harmonie et le contrepoint, j'aurais été peut-être découragé de poursuivre mes études musicales. "

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