Ecrits sur la nntsifjue rt les t/nisicimis
(j. Il dut apprendre l'anglais spd-cialcinenl j)our ceUe occasion.
HISTOIRE DE LA MUSIQdE
ment des timbres. Grâce à son sens de riiislriimeiitation, Welief fut un des principaux facteurs de révolution romantique. Arrivé à point pour ouvrir à la foule les tiésors de la veine nationale, il lut aussi le premier à donner à l'inspiration légendaire, à la magie des paysages enchantés, leur expression la plus idéale, celle de l'orchestre. Comme autrefois le Dante, il ci'éa sa langue de toutes pièces. Avant lui Haydn avait été descriptif, Beethoven pittoresque. « Allant plus loin, dit ingénieusement Lavoix lils', Weher ne rendit pas seulement la nature et les sensations qu'elle inspii'e, mais, ressuscitant les dieux qui l'animaient, il créa une nature nouvelle dont les voix ont quelque chose d'humain, tout en restant en dehors de l'humanité. » Aussi dut-il faire appel aux qualités les plus secrèles des tlùtes persuasives ou sifllantes, des cors éclatanls ou voilés, des archets mugissants ou plaintifs, des clarinettes angoissées ou mélancoliques^.
Avec Weber, nous voyons la symphonie descendre un degré du trône de la musique pure pour se faire plus dramatique et plus pittoresque. Dans certaines pages du Fr''iscliiilz, par exemple-", nous avons devant nous une tourmente sonore d'où ne surgit aucune mélodie dominante. C'est une grande nouveauté ; c'est l'avènement dans l'orchestre de la virtuosité, dangereux fadeur dont actuellement l'antimusicalité ne connaît plus de bornes.
11 faut en prendre son parti. Avec Weber nous nous éloignons de la musique « linéaire » dont Bach est le dieu et dont Mozart, Beethoven, avaient dit le dernier mot symphoniquement. Les ouvertures de Weber sont des fantaisies dramatiques superbes, de frémissantes prophéties de ce que le poème lyrique contiendra. Certes on peut goûter au concert la beauté de leurs idées, la magie de leur réalisation orchestrale, mais ce ne sont plus, comme l'ouverture d'Egmont et celle de Fidelio, des symplionies « où passe le souftle d'un drame'' «. La pensée ne se développe pas, elle procède par sauts, par contrastes, par antithèses", procédé essentiellement romantique et des plus attrayants lorsqu'il est « souligné par l'instrumentation^ ».
C'est bien là d'excellente peinture, mais ce n'est pas du dessin. Nous nous en apercevons lorsque Weber aborde la musique de chambre, ce qu'il fit d'ailleurs avec la plus sage modération. 11 n'écrivit pas un seul quatuor à cordes. Son trio, son quatuor, son quintette, ne sont pas sans intérêt, parce qu'ils mettent en avant les ressources expressives de ses deux instruments favoris, le piano et la clarinette.
A Munich, en 1811, \Yeber s'était lié avecle grand clarinettiste Bœrmann, pour lequel il composa deux concertos avec orchestre et trois morceaux avec piano, s'essayant ainsi aux effets et aux traits nouveaux qu'il sut obtenir d'un instrument dont Beethoven n'avait pas découvert toutes les capacités''.
Weber fut un des rois du piano. Mais ici encore c'est par le coloris, le contraste, la chaleur entraînante des idées, qu'il subjugue. Il jouait magnilique-