Écrits sur ttt musique et tes musiciens
médiévales ne rapportent à Lœwe que des succès d'estime'. Il lui manque, comme à Schubert, le discernement critique des libretlos. Il lui manque plus encore la couleur instrumentale de Weber, l'art du développement de Beethoven. Ses chœurs fugues, ses effets conlrapuntiques, restent dans l'enceinte académique. Dans ce genre hybride du drame de concert, Lœwe n'eut pas d'imitateurs. Il y demeure — dit Schumaim — le roi d'une ile solitaire'". Cependant il n'est pas dénué de force poétique et dramatique. 11 le prouve dans un genre spécial où il est maître : celui de la ballade. Lœwe apporte tous ses soins à la culture de cette tleur septentrionale du romantisme, et il lui donne d'audacieuses, d'épiques proportions. Mais ici nous sommes sur les confins de la littérature et presque dans son domaine privé. Le champ' de la musique s'y rétrécit singulièrement. Elle est asservie au verbe à tel point que nulle substitution d'idiome n'est possible. C'est pourquoi la ballade de Lœwe reste enracinée à son terroir. Ici encore il est roi d'une île, mais d'une ile restant d'autant plus peuplée que son genre de Lied se prête à merveille à des effets de déclamation et de mimique auxquels se plaisent également les chanteurs de théâtre et la gent plus nombreuse encore des auditeurs à qui ne suffit pas en elle-même la musique, ce geste sublime de l'àme!
Les accompagnements de piano de ces ballades nesont forcément qu'un arrière-plan, très en recul sur la musicalité de Schubert". La musique de piano proprement dite de Lœ.we est aussi de la fresque sonore, et cela par des moyens qui n'ont rien de nouveau. Ses illustrations'^ procèdent par répétitions de phrases, sans raffinement dans les détails : c'est toujours un peu « histrionique ». La simplicité voulue y coudoie la complexité pédante, la mélodie y garde constamment un tour vocal qui l'alourdit".
En somme, Lœwe ne sut choisir ni ses idées, ni ses sujets, ni son orchestration, ni ses genres. Sa formule d'oratorio ne lui survit pas, son opéra ne passepas la rampe, son Lied ne franchit pas la frontière.. Et cependant, sans même vouloir considérer ses succès contemporains ni son importance officielle, on ne peut lui contester une place intéressante et biea à part dans le romantisme musical allemand'*.
En examinant les musiciens de la phase classicoromantiqueon se demande s'ils n'auraient pas réuni à eux tous les éléments nécessaires à la formation' d'un génie. C'est ainsi que Moritz Hauptmann'-' présente positivement le complément des qualités de- Lœwe. Avec une stoïque indifférence pour les engouements passagers de son époque, il possède uneculture raffinée, il sait choisir, il fouille assez profondément, il ne manque pas d'imagination ni d'humour... Que n'a-t-il chaleur cl poésie'? Sa musique vocale : messes, chœurs, canons, est la perfectiou du
11. Compare/, les dcu\ liois des Aulnes. Lœwe s'attache aux cfTels extérieurs. Schubert peint les mouvements d'Smc et n'en réalise que mieux. l'ambiance. Partant du centre, il touche aisément la périphérie sur tousles points.
12. Sonate du printemps. Sonate élf'i/iaquer Sonate tziijnne^ Ma~ zeppa. Peintures bibliques, etc.