Composé en
8. Sous réserve d'une originalité-moindre. Il est de la première manière, ayant été composé en 1826.
ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIliE DU CnXSERVATOIRE
parvis, s'étaieiiL filissés parmi les vendeurs-éditeurs jusque dans le temple de la musique.
Mendelssohn couvrait leurs criailleries sous la divine majesté de chorals et de fugues, tels que nul orgue n'en avait proféré depuis la disparition du grand Sébastien. Les suites d'orgue, dénommées « sonates » au sens primitif du mot, restent comme d'immortels témoins de la splendeur d'inspiration que leur auteui' savait l'aire descendre dans les trames du style polyphonique'. Quant aux diverses fugues de piano, bien que moins prenantes, elles sont encore traitées avec une éloquente facilité'^.
Dans la fantaisie libre Mendelssohn excella. Son rondo capriccioso op. 14, écrit à 18 ans, dénote une originalité aussi frappante que celle du Songe d'une nuit d'été. Les mélodies les plus expressives y alternent avec les broderies les plus piquantes : c'est un chef-d'œuvre de clarté, d'unité, de sobre élégance. Les trois fantaisies op. i6'^ et le caprice op. 33, n° i , sont non moins admirables. Dans ce dernier morceau, des arpèges en triolets rappelant, par leur souple nonchaloir, ceux de la sonate en ré mineur de Beethoven, soutiennent une mélodie infiniment gracieuse et touchante. Mais la plus belle œuvre de piano seul que Mendelssohn ail laissée tomber de sa plume est sans contredit la fantaisie op. 2Sj avec son introduction entrecoupée et pathétique, son allegro volontaire et passionné, son presto à la fois épique et fantastique, où des Kobolds endiablés courent et fourmillent entre les pas d'un antique géant ''... Ce morceau reçut aussi le nom de Sonate écossaise. A viai dire, il ne mérite guère plus ce titre de sonate que le fameux Clair de lune de Beethoven, avec quoi il a une certaine parenté de facture. Mendelssohn courtisa peu la sonate de piano^. Beethoven l'avait aimée d'un amour trop puissant, et elle avait achevé de perdre son teint sous le masque tragique dont Weber l'avait atTublée... Subitement vieillie, elle ne pouvait plus inspirer aux nouveaux venus que des passions timides. Aussi est-ce vers sa sœur cadette, la symphonie, que Mendelssohn tourna ses attentions, et il acheva delà parer des gemmes du romantisme.
Ecrite à 15 ans, la symphonie en ut mineur, cette réplique de Mozart déjà mentionnée, était en réalité le treizième essai du jeune Mendelssohn dansée genre. L'étonnante perfection de ses proportions trahissait une technique déjà complète, bien avant que l'auteur n'ait eu le temps de conquérir son orientation poétique. A l'opposé de son contemporain Berlioz, Mendelssohn commença par maîtriser la rhétorique musicale, il scruta tous les artifices, toutes les souplesses de ce langage spécial, avant même d'avoir des idées personnelles à lui faire exprimer. On est donc un peu contraint de s'avouer que chez ce musicien exceptionnel le métier garda toujours une sorte d'avance sur la pensée, plus raffinée qu'entraînante, plus large que profonde.
Mendelssohn connaissait trop bien la beauté et la supériorité de concevoir la musique abstraitement,
1. Voyez, par exemple, les adagios des sonates I et II. Lisez en oulrc le Lémoignage de Schuinann (compte rendu d'un concert d'orgue en 1840).
2. Surtout le n° 1 de Top. 35, précédé d'un magnifique prélude.
3. Datées de Coed-l)u, propriété <lu pays de Galles où Mendelssolin reçut riiospitalilé loi-s de son premier voyage en Angleterre.
4. On se demande pourquoi celle faut^iisie est délibérément rayée des programmes des virtuoses sincères.
.5. Il en composa trois en tout : l'op. 6 donlj'ai parlé, et deux numéros posthumes ; l'op. lOii, devoir d'élévc écrit â 11 ans, véritable péché d'éditeur, et l'op. lOG, écrit à 18 ans, d'un intérêt plus que médiocre Quant aux sonates d'orgue, ce sont des suites dont le style fugue et la
ob j ecti vement, pour se faire l'esclave d'un progi anime minutieux d'un caractère littéraire plus ou moins compatible avec le développement d'ordre purement symphonique. Mais s'il prit en cela Beethoven pour modèle, ce fut le Beethoven déjà romantique et presque réaliste de V Héroïque et de laPastonUr. L'aliboron de Shakespeare ' répond au coucou de la campagne de Vienne.
Plusieurs ouvertures de concert furent suggérées par des poèmes : Meeres^tiUe und gliickliclie Falirt de Goethe'', la Belle Mélusine de Tieck, et Rnij Blas de 'Victor Hugo. Dans les deux premières, l'inspiration directe de la nature brosse au fond du tableau le miroitement des vagues marines qui chuchotent, en la grotte de Fingal, des fictions enchantées. L'ambiance romantique est plus sensible encore ici, où nul poème littéraire ne préside. Mendelssohn n'est plus seulement, comme son illustre devancier, Welier, un merveilleux paysagiste, mais, transportant au sein de la symphonie pure le sens du myslère qui, depuis 1800, imprégnait toutes les sensibilités de poètes, il peuple le décor féerique choisi par lui de magiques hantises, mieux évoquées par sa musique que par la prose ou même les vers les plus subtils.
Les quatre grandes symphonies de Mendelssohn sont encore des illustrations de pensées délinies ou de milieux reconnus. La Reformat'ion , composée à l'occasion du tricentenaire de la Confession d'Augsbourg, et le Lobgesanij ou symphonie cantale' pour le festival de Giitenberg, ont toutes deux un cachet austère et luthérien. Le choral de Luther, le Magnificat, l'Amen catholique de Dresde, y jouent des rôles significatifs. Mais ces œuvres manquent de la fraîcheur et de la spontanéité qu'on retrouve dans l'Ecossaise et l'Italienne, comme si décidément l'élément pittoresque était indispensable à l'épanouissement du génie de Mendelssohn. iNous retrouvons ici la vie et la couleur, dans le frémissement des cordes, les précieuses enluminures du pelil orchestre des bois, les rentrées et les contrastes imprévus. Ce sont des synthèses des idées poétiques de Mendelssohn sur l'Ecosse et l'Italie, après qu'il eut vécu dans ces deux contrées en homme instruit, sachant voir, comparer, s'intéresser à la civilisation, à l'histoire, à l'esprit des milieux qu'il visite. C'est d'un art précis, contingent, aux antipodes de l'intériorité passionnelle de Beethoven ou de la superconscience lumineuse de Schubert...
Beethoven trouvait qu'en traitant des sujets tels que Don Juan et Figaro, Mozart prostituait son talent', et il repoussait la plupart des scénarios qui lui étaient offerts, comme inférieurs à son idéal. De même Mendelssohn ne voulut pas mésallier sa muse. On ne peut citer que pour mémoire ses essais au théâtre'". Mais il ne faut pas oublier sa musique de scène 'pour Antigone, Athalic et les deux Œdipe. Dans la maîtrise chorale il est resté inégalable. Ses chants à plusieurs parties", ses motets et ses psaumes, son Lauda
haute inspiration font le plus grand lionncur au maître organiste qui les composa.