‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 252 sur 297 · Motamnieul les 0 op. 41, 48 et 5U pour le plein air · texte numérisé non relu

Motamnieul les 0 op. 41, 48 et 5U pour le plein air

HISTOIRE DE LA MCSIQVE

Sion\ enfla ses deux supeibes oratorios, sul'liraient à lui assurer une li'és haute place dans riiisloire de )a musique. S'iinl Paul et Elic sont des monuments dont la grandiose arcliitectnre l'appelle les cathédrales sonores de Ha;ndel et de Bach. Mendolssohn y touche la note Juste, il donne à ses personnages un accent tragique, et met de la vivacité dramatique jusque dans les chœurs. Dans toute la musique sacrée, dont il fut un ardent rénovateur, il semble que le sentiment judaïque vienne à son aide et l'anime du souille des anciens prophètes de sa race; et il nous offre ainsi un impressionnant écho des rudes inspirations d'aulrel'ois, la riposte d'une conscience moderne civilisée, assagie, élargie par plusieurs siècles d'épreuve.

Pour me résumer et pour maintenir ce grand maître sous son vrai jour, la question de son génie ne me parait pas l'aire l'ombre d'un doute. Autrement dit, nul artiste ne reçut en apanage un mélange plus génial de sentiments et de capacités e.xpressives. Il fut grand parla modération et par l'équilibre. Il n'entla point sa voix et ne méconnut pas les limites dans lesquelles sa révélaiion pouvait être entendue. Exempt de toute pédanterie, plaisant sans adulation, il ne haussa point son Iront jusqu'à refléter les soleils que l'horizon de son siècle voilait encoie, mais il acheva de glaner sur lui toute la lumière éparse aux alentours.

Le piano lyrique : Cliopin.

Parmi les successeurs de Weber, le premier qui se présente à l'esprit dans l'ordre chronologique est Mendelssohn, à cause de sa fin prématurée, et surtout de sa précocité singulière. Mais dans l'ordre des affinités c'est Frédéric Chopin- qui me semble venir le plus près de l'auteur de la sonate en la b&mol. Avec ce génial Franco-Polonais^ nous assistons à la reprise du piano au point exact où Weber l'avait laissé. L'instrument que Mendeissobn a tenté de poétiser avec un peu trop de sagesse, et qui sert d'arène à tant de parodies échevelées et grimaçantes, va enfin reconquérir la royauté où seul, entre tous, Heelhoven avait su l'élever, vers la fin du classicisme. Chez Chopin l'angoisse beelliovenieime, la sombre mélancolie de Schubert, la fierté chevaleresque et déjà morbide de Weber se trouvent fondues et exprimées par un ensemble de moyens mélodiques et harmoniques d'une suprême puissance. Le piano de Chopin reste une des créations les plus saillantes du romantisme et de la musique tout entière. D'augustes cantilènes planent à d'incommensurables hauteurs sur des lacs harmoniques d'infinie transparence, ou bien ce sont des traits entlammés qui décrivent leurs zigzags audessus d'océans convulsés et sans fond. Le piano suffit à révéler ces sublimités : ainsi certaines gravures nous traduisent plus de modelés, plus de jeux de lumière et d'ombre que des tableaux faisant appel aux artifices de la couleur. Comme la musique de Chopin s'idéalise en se dégageant de toute substantielle préciosité instrumentale, en se dérobant au

1. Pour le culte catliolique. Mendeissobn n'iScrivit pas de messe.

3. Qu'on s'étonnera peut-être de voir ici incorporé à la musique allemande; mais puisque l'art polonais ne fait point l'objet dune étude spéciale dans cette Encyclopédie, il paraîtrait moins logique et plus superficiel d'associer Chopin à la musique française, à laquelle, psychologiquement, il ne se rattache en rien. Eu réalité, la Pologne lui doit de compter au 1" rang dans le concert musical des nations.

4. Le double échappement inventé par Sébastien Erard à la fin du

charme enjôleur ou terrifiant des cordes, des bois et des cuivres et en s'émancipant des habiletés polyphoniques ou contraponliques qui nous sub|ugiient, un peu malgré nous, par l'instinctive appréciation de la difficulté maîtrisée! Qu'avons-nous ici à faire des tinibies? Qu'avons-nous à faire de la fugue? Sous d'autres inspirateurs, la musique s'en est faite suffisamment l'esclave. Le piano de Chopin parle en maître comme il a déjà parlé dans V appaniionaUi . Avec Chopin comme avec Beethoven il exhale le tréfonds de son àmo, il nous traduit des mystères intimes et redoutables ravis à la divine musique jusque dans le septième empyrée où elle se cachait. Kn produisant tant de symphonies, de quatuors et de concertos, les maîtres de chapelle avaient lissé des fils de soie sur des cocons vides. La vierge céleste, avant de rompre ses attaches terrestres, avait posé son immortel et fugace baiser sur les lèvres naïves de Schubert, et mainlenant elle revenait tendre à Chopin le vase eucharistique contenant son essence la pins sulitile. Lui, resta fort de ce breuvage surhumain : ni la gène ni le triomphe n'enlamèient son armure adamantine.

Schubert était né avec l'instinct du lied; Weber, celui du drame, et Mendeissobn, celui de l'orchestre; de même Chopin vint au monde avec le sens inné du piano. Quelques années de leçons avec un professeur tchèque, à Varsovie, firent de lui le pianiste génial que les plus habiles professionnels : Dreyschock, KalUbrenner, Moscheles, Herz, ïhalberg, etc., furent contraints d'admirer en rival qui les éclipsait. Liszt lui-même enrichit son piano, en écoutant Chopin, d'effets de sonorité auxquels il n'avait pas songé, tant à l'exécution qu'à l'écriture.

L'arrivée de Chopin sur la scène du monde coïncide avec le moment où le piano, étant devenu d'une grande perfection mécanique, pouvait prétendre à un rang musical élevé*. Beethoven, Schubert, Weber, Mendeissobn lui avaient donné ses lettres de noblesse. Chopin le haussa jusqu'à la royauté. Sa maîtrise extraordinaire se fait sentir dès ses débuts, dans une publication qui sacrifiait cependant au goût du jour : des variations pour piano et orchestre sur un thème de Don Juan''. Cette élincelante paraphrase est tombée en désuétude, comme toutes les pièces dans lesquelles Chopin ne traita pas le piano seul. Elles sont d'ailleurs peu nombreuses" et appartiennent pour la plupart à la période pendant laquelle ce jeune maître cherchait encore sa voie. Désireux de se produire comme pianiste compositeur, il ne pouvait songer à se présenter décemment sur un programme dont l'orchestre serait banni''. C'est pourquoi il faisait appel auxdites variations et à sa Krakowiak^ pour conquérir le public viennois en 1829. Il avait 20 ans. L'année suivante il donna son concert d'adieu à Varsovie, et déjà il put mettre dans son bagage d'exil quelquesuns des manuscrits auxquels il doit son immortalité. En écrivant ses premières études, mazurkas, valses, nocturnes, Chopin n'écoute plus que la vois intérieure de son génie poétique. Stimulé par les malheurs de sa pairie, il fait du piano le confident

XVIII" siècle fut breveté par son neveu, Pierre Erard, à Londres en 1821.

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