‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 257 sur 297 · Rapporté p:ir Huneker {Mezzo-tints in modem music · texte numérisé non relu

Rapporté p:ir Huneker {Mezzo-tints in modem music

G. Dont les larges modulations, la construction, les répétitions de notes, sont écrites dans le plus pur sentiment de Schubert.

Excrc.wPÈniE de la musiqve et dictioxxmre nr coxsERVATornE

sique qui régne plus haut que la feçveur. Telle esl l'impression qui se dégage de ['andatite spianato^ et de l'andante de la fantaisie impromptu, pour ne citer que cela. L'étude en la bémol- nous ramène doucement sur la Terre, dans une région divinement calme, où llotle un rêve à demi dématérialisé.

La fantaisie op. -'i9 me parait être un des plus admirables morceaux de Chopin, par la grandeur et la variété de son inspiratioEi. La marche auguste du début est suivie d'un prélude agité, anxieux d'un futur imminent, qui se présente sous forme d'un thème fiévreux; et ces épisodes s'enlacent à une nouvelle marche plus grande encore que la première.

Les deux études en ut mineur-^ sont d'une transcendante génialilé. En 1831, Chopin était à Munich. On lui apprend que Varsovie est dans les serres des vautours russes. 11 écrit alors l'impérissable protestation qui dura plus que les anéantisseurs et qu'aucune iconoclasiie ne saurait atteindre. Il y a là un bouillonnement d'àme qui dépasse en force et en ampleur celui de l'appassionnata, à quoi l'étude op. 10 n° 12 ressemble.

Dans une belle poésie des Reisebilder, Heine nous décrit un moderne chevalier du Craal, un pèlerin qui, par la poésie de sa sympathie et de son vei'be, remplit d'allégresse le cœur d'une pauvre fille et change sa chaumière en palais. « Vois, » lui dit-il :

Mille ch(?valiers bien armés Et choisis par le Saint-Esprit Furent doués pour le servir D'une vaillance à toute épreuve.

Lève donc les yeux, mon enfant I Approche-toi! Regarde-moi!

Car je suis un de ces élus.

Un chevalier du Saint-Esprit!

Chopin pourrait parler de même aux innombrables jeunes personnes qui s'essayent à déchiffrer le mystère redoutable de sa musique, sans voir « les canons qui dorment sous les fleurs* ». Ce n'est pas en vain que Chopin sortit du chaos cosmique et fut marqué pour penser «en piano » comme un sculpteur pense i< en marbre ». Ce n'est pas en vain qu'il se mit à parler la langue universelle de la musique dans son dialecte le plus populaire, le plus répandu, le piano : ainsi fut-il mieux à même de remplir sa mission, la seule qui vaille : glisser persuasivement, sans violence, par l'intermédiaire de l'art, des ferments d'examen, d'émancipation et de progrès dans les âmes.

Venu à une certaine heure, en un certain point de notre globe, là où de vives et poignantes émotions sont polarisées, celles d'une nation cultivée, pleine de cerveaux et de cœurs vibrants, il esl un artiste pour exprimer superbement tout ce qu'il y a de tragique dans ce drame, cet anéantissement brutal de Ibrces vives; il est un divin artiste pour jeter sa réprobation en sonorités pathétiques et pantelantes à la face de l'Lurope figée dans ses égoïsmes politiques. Ce hiérophante, c'est Frédéric Chopin, né sur la terre opprimée d'une mère polonaise et d'un père qui versa dans ses veines le généreux et pétillant alliage du sang français.

Il y a un autre Chopin, je le sais; un Chopin exotérique, celui qui l'ut non plus Fiançais, mais Parisien, et qui agrafa au cou des comtesses, ses élèves, les colliers de perles de ses valses et les opales cha-

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