‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 268 sur 297 · Ce fut d'abord écrit pour piaoo · texte numérisé non relu

Ce fut d'abord écrit pour piaoo

déjà traité la forme du lied, mais un peu dans la manière beethovenienne, tandis que l'intluence de Hach se faisait sentir dans le nord de l'Allemagne. La nouvelle école poétique vint alors à la rescousse avec Eichendortf, Ruckert, Uliland et Heine; ainsi prit naissance un style de lieder plus profond, rellet musical d'un esprit poétique que les anciens compositeurs n'avaient pas connu. »

En écrivant ces lignes en 1843, Schumann indiquait les tendances auxquelles il avait lui-même obéi dans sa fièvre mélodique de l'année 1840, et nous voyons tout de suite en quoi son tempérament de Liedeh- KOMPO.MST se distingue de celui de Schubert. Ce dernier s'était contenté de mettre des poèmes en musique. Schumann était lui-même un si grand poète qu'une simple translation du monde des mètres dans celui des sons ne pouvait lui suffire. L'extraordinaire novateur qui avait mis, par le truclieman du piano, tant de musiques en poèmes, ne pouvait se faire l'adaptateur des pensées de ses contemporains; dès qu'il aborda l'expression musicale de la phrase verbale, ce ne fut pas seulement pour en étayer les courbes sur l'essor de ses mélodies, mais pour lui donner un sens nouveau, complémentaire, obtenu sans peine grâce au soin qu'il avait eu d'approfondir les ressources psychologiques — je dirai même philosophiques — du piano, l'inséparable compagnon du Kunstlied.

La douce dualité dans la sympathie qu'on appelle l'amour est la source de l'inspiration la mieux jaillissante à travers toute l'œuvre des lieder de Schumann'". Dès son premier recueil", un hommage au talent savoureux et prime-sautier de Heine, le musicien expose avec une louchante sincérité les émotions variées qui passent eu alternatives lumineuses et sombres sur son cœur sensitif, exalté par la tendresse. Nous le voyons tour à tour plaintif, ardent, extasié, désespéré, amer jusqu'au sarcasme, résigné jusqu'à la grandeur. Nous pouvons lire entre les portées son roman personnel. L'heureux aboutissement de ses fiançailles chante avec une ferveur superbe dans trois pages célèbres du second recueil : Du bist wie eine Blume'- Zum Schluss^'' et Widmung''', incandescente apostrophe d'amour dans laquelle les mots Du bist DIE Ruh'" se posent en pliant leurs ailes sur le rythme apaisé d'une rafraîchissante enharmonie. Ces trois admirables mélodies sont comme la consécration, l'admission définitive d'une âme féminine d'élite dans l'idéal empyrée où planent les pensées des poètes.

Cette âme a choisi de dignes parrains : l'étincelant paladin Heine, le somptueux voyageur Kiickerl, et le doux magicien Eichendorif. La glorification du printemps d'amour échoit à Ruckert :

Il est venu

Dans la pluie et la tourmente,

Il a pris mon cœur,

chante la bien-aimée, et son ami lui répond :

La rose, la mer, le soleil, Sont l'image de mon aimée.

L'idée de faire parler à tour de rôle les deux amou-

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