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Écrits sur la musique et les musiciens

HISTOIRE DE LA MUSIQUE

sies, etc., une allure parisienne du bon faiseur, quand on les compare aux lourdes façons des vauiationistks de son pays.

Toute cette élégance, toute la puissance de Thalberg, toute la suavité d'Henselt et toute leur renommée se trouvèrent fondues aux mains d'un artiste unique, le plus élincelant, le plus romantique assurément des musiciens de son époque : j'ai désigné Franz Liszt.

Liszt.

.\vcncnient de la virtuosité.

Tandis que ses gi'ands contemporains menaient une vie pieuse et concetitrée d'officiants attachés à leurs sanctuaires, Kranz Liszt, véritable pèlerin du romantisme, parcourait les métropoles et les initiait à la foi nouvelle. Sa merveilleuse sympathie pour les mai- Ires les plus divers, la magie oratoire île sa vii'tuosité et le cosmopolitisme de sa longue carrière firent de lui l'un des plus magnifiques serviteurs de l'art musical au xix" siècle.

Liszt enfant vit la main de Beethoven se poser sur sa tète'. En 1S30 il se trouva mêlé à l'ébullition romantique et sociale de Paris. Dix-huit ans plus lard il tenta de reprendre à Weimar, au profit de la musique, les traditions vivantes de Gœthe et de Schiller. Il vécut assez pour ajouter une page aux hardies variations publiées parles maiti'es de la jeu ne école russe-, et il s'éteignit sur la colline franconienne, à Bayieuth, au pied du temple dont il avait été le premier consécrateur-*.

Quel que soit l'aspect sous lequel on envisage ce pionnier de génie, dans la production originale comme dans l'interprélalion, il garde avant tout le caractère d'un transcripteur. Sous ses doigts il interprète en les vivifiant les pensées des autres musiciens; sous sa plume il transpose les visions des lilléiateurs ou des peintres qu'il admiie, et il dote l'harmonie et l'instrumentation d'un bon nombre de formules nouvelles. Sa culture lai'gement étendue, ses facultés d'assimilation, son impressionnabilité lare lui confèrent à la fois des avantages et des faiblesses. Il leur doit sa spontanéité triomphale de virtuose, son vérisme décoratif de pemtre orchestral, et d'autre part son asservissement à des compositions étrangères ou a des procédés d'illustration eïlra-mijsicaux.

Venu au monde en un moment d'apogée instrumentale, Liszt élai-git dans de vastes proportions les royaumes du piano et de l'orchestre, mais il s'attacha surtout à leur grandeur temporelle; il accrut leur réalisme sonore jusqu'à un point où les vrais Iranscripteurs d'idéal, 1 audacieux Chopin, le rude Wagner lui-même, refusèrent de le suivre.

A l'âge de 16 ans, Liszt possède un mécanisme " dépassant en puissance et en maîtrise tout ce que j'ai entendu auparavant », déclare Moscheles'*, témoin aussi impartial que compétent. Il est déjà le roi des pianistes, et comme tel il a vite épuisé le répertoire laissé par ses devanciers; il faut des formules nouvelles à l'étalage éblouissant de sa technique. Dans une recherche qui, sans s'écarter de la mode ni de

1. Il fut même, à lige de t3aDS, l'un des collaborateurs de 1/1 /4um (/e variations publié par Diabclli.

i. /"arap/nasej composées par Borodioe, LiadofT, Rirasky-KorsakolT, Cesar-Cui, Sclierbalclieff.

3. Au sortir d'uuc représentation de Tristan et Yseidt, à laquelle il venait d'assister dans la loge de sa ûUe, M"»"» Cosima Wagner.

*. Au» Sfoscheles Leàeti (Notes sur la vie de Moscheles), Leipzig, 18Î2.

l'ellet, se rehausse d'intelligente compréhension, ill se mêle à la foule des arrangeurs, et tout de suite i'I les surpasse en verve et en ingéniosité. Aristocrate intellectuel dédaigneux des opinions moyennes, il nr. se contente pas de paraphraser brillamment Sponlini, Mozart, Pagauini, Uossini , il s'éprend avec un juvénile enthousiasme des hardiesses novatrices de Berlioz, et il inaugure avec la ^i/mphonit: fantaxtir/ue l'ère de ses transcriptions les plus sincères, celles qui imposèrent à la masse du public le respect de Bach, de Beethoven, de Schubert et de beaucoup d'autres maîtres".

C'est en 183.Ï que Liszt aborda la composition originale. Ses trois Apparitions, ses premières Années de pèlerinage, ses llarmnnies poétiques, datent de celte époque. A part quelques tournures harmoniques et quelques modulations assez neuves, ces pièces attestent plus d'ambition que de caractère. Elles ne font point époque dans l'histoire de la musique, comme le Carnaval de Schumann ou les douze études de Chopin, qui avaient déjà vu le jour. Elles se balancent entre le type du Lied et celui de l'exercice de vélocité. Cependant Liszt avait rompu avec la vie factice de la capitale; il huvait, avec son amie la comtesse d'Agoult", la pureté des souffies alpestres.

Les An7iées de pèlerinage suisse prétendent nous décrire tout un cycle d'impressions paysagistes : des sites historiques, des eaux chantantes, de frais pâturages et des volées de cloches citadines. Beaucoup d'intentions, des trémolos dramatiques, des octaves pompeuses, des arpèges solennels, des gammes perlées et quelques petits thèmes bien propres : pas de vraie musique.

Les Années de pèlerinage italien, écrites deux ans plus tard, sont d'une qualité un peu supérieure. Ici, sur la terre fortunée des gestes et du langage harmonieux, ce n'est plus la nature, c'est Raphaël, Michel-Ange, le Dante et Pétrarque qui sont pris pour modèles. Les Sonnets de Pétrarque sont encore une sorte de transcription, puisque Liszt avait commencé par en prosodier les mélodies sur les textes du poète''. Le Pcitseroso est un prélude qui rappelle la Marche funèbre de Beethoven, le Doppelgiinger' de Schubert, et annonce le Wa.nderer de Wagner. La Vanlasia quasi Sonata est un médiocre échantillon de la forme sonate et témoigne déjà d'un goût outrancier pour les grandes mêlées sonores et les écartélements d'écriture.

Les douze Études transcendantes sont plus intéressantes. Elles portent maintenant dans l'édition allemande des titres qui furent ajoutés après coup : c'est dire qu'elles ne répondaient sans doute pas à une préoccupation imitative, et cela, joint au prodigieux instinct de Liszt virtuose, leur permet de prendre rang dans la littérature du piano". Toutefois, à l'opposé de Chopin, dont s'impose le souvenir, on rencontre dans ce recueil maint passage d'insipidité mélodique où la beauté s'elface devant l'effet, original au seul point de vue des doigts. De même, dans sa transcription des Caprices de Paganini, où Liszt se trouve en concurrence avec Schumann, il ne met pas en relief comme ce dernier les mérites poéliques dit modèle original.

5. En 1876, Liszt écrivait encore une transcription do lu Danse nittcabre de Saiot-Sat--ns.

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