Le double
9. 11 est curieux de comparer ces études avec leur ébauche primitive publiée en 1827 et restée dans le commerce de l'édition.
ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSforE ET DICTIOySAinE Pr COX^ERVATOrnE
Ces éludes, avec des transcriptions nombreuses d'après Mozart, Beethoven, Schubert, Rossini , forment le répertoire avec lequel Liszt va s'offrir aux ovations des Autrichiens et de ses compatriotes hongrois. Dans un accès d'effervescence, les citoyens de Pesth lui olfrenl un sabre d'honneur, « vigoureusement brandi autrefois pour la défense de notre patrie, et remis à cette heure entre des mains faibles et pacifiques », leur dit Liszt, qui, pour se tirer d'affaire honorablement, se croit obligé de prononcer un élégant discours... français! A Leipzig, la réception est un peu compassée, malgré les fraternels elforts de Mendelssohnetde Schumann. Les doctes habitants de la vieille cité musicale ne peuvent comprendre qu'on ose leur jouer candidement une réduction de la Symphonie pastorale à la place même où l'orchestre a coutume d'en déchaîner l'orage. Mais il suffit au virtuose de rendre la bride à son propre galop chromatique^ pour chasser toute idée de mystification.
Le séjour de Liszt en Allemagne lui est certainement profitable, en retrempant ses énergies aux sources de la musique polyphonique. Il n'échappe pas à la fièvre de Bach, que Mendelssohnn avait suscitée. C'est en 1845 que Schumann écrit ses fugues sur le nom de Bach. Trois ans auparavant Liszt paye son tribut sous la forme la mieux appropriée à ses moyens : il transcrit pour le piano six faguen d'orgue et contribue ainsi à rendre populaires des pièces qui sont, aux yeux d'une oligarchie éclairée, ce que l'art musical a produit de plus gigantesque. Nul pianiste avant Liszt n'eût été capable d'adapter avec une telle maîtrise et une telle entente de la conformation digitale des œuvres composées, ne l'oublions pas, pour un double manuel en sus d'un clavier de pédales 2.
Les programmes des treize récitals donnés à Berlin en 1842 démontrent l'intelligenle évolution du virtuose. A côté des fameux arrangements d'opéra que la mode réclama dans toute l'Europe, de 1830 à 1850, et auxquels Liszt devait le plus clair de sa notoriété, les œuvres originales de Bach, Handel, Scarlatti, Beethoven, Weber et Chopin figuraient en bonne place et dévoilaient au recueillement des auditoires la plus profonde nature d'interprète qui se soit jamais manifestée au monde.
A l'époque où nous sommes parvenus, Liszt revient aux compositions individuelles, et dans ce sens également il faut lui donner acte d'un sérieux progrés. Stimulé peut-être par l'exemple de Mendeissohn et de Schumann, qu'il a surpris dans le feu de leurs créations pour la voix^, Liszt, établi à INonnenwerth, dans un îlot qu'embrassent les eaux du Rhin, s'adonne à son tour à l'étude des poètes lyriques allemands, et pour caractériser musicalement Gœthe, Schiller, Heine, Rellstab, etc., il invente des accents touchants et variés dont la force et l'origiualié sont indéniables.
Parmi ses cinquante-quatre lieder ' il y en a au moins une quinzaine qui méritent de figurer au répertoire des concerts de nos jours. Lors de ses premières pérégrinations en Suisse et en Italie, le grand virtuose