Op. 86, 128 et
IS. Propos recueillis par le compositeur René Lcnormaud, qui fui un ami de la vieillesse de Heller.
EXCVCLOPÉniE DE LA MUSIQUE ET DICTWXXAinE DU COXSERVÀTOIRE
cile. » Et il se plaignait avec raison de cette prévention. Les préludes, par exemple, nous olfrenl, à côté de passages d'une diction émue et simple à l'excès, des ruissellements de notes et des emporlements qui ■demandent une réelle maîtrise dans la clarté et dans la vigueur pour produire tout leur elFet. Certaines pièces exigent un mouvement des plus rapides, un jeu plein d'air et de lumière tour à toui' incisif et langoureux. Heller écrivait en virtuose, ayant luimême approfondi toutes les ressources de son instrument. Il ne maniait pas comme Schumann d'opulents contrepoinls, ni comme Chopin des harmonies fastueuses et des phrases d'une grande envolée; mais il avait d'infaillibles moj'ens pour exprimer la grâce, l'élégance, la fougue et la tendresse de son cœur souriant, aristocratique et solitaire.
Les préhidrs et les autres recueils lyriques me semblent donner, à l'autre bout du siècle, une i-éplique éloquente aux effusions répandues par Schubert dans la floraison mélodique de ses lieder. Ces deux maîtres modestes fuirent les promiscuités de la foule et menèrent avec noblesse une vie sans éclat, pour exalter en eux le goût de la rêverie et de la sincérité; aussi trouvèrent-ils souvent des accents d'un charme pareil. Cependant Heller, moins confiant en ses forces et moins provoqué par son milieu, ne voulut jamais aborder que le piano'. L'exemple de son intime ami Berlioz ne put l'inciter à l'élude de l'instrumentalion ; mais dans les dernières années de sa vie il exprima h diverses reprises le regret d'avoir rencontré trop lard Damcke, remarquable théoricien dont l'enseignement, pensait-il, lui eût été, sous ce rapport, si profitable au temps de sa jeunesse^.
On a beaucoup parlé des termes élogieux dans lesquels Schumann, déjà vieilli', s'exprima sur le compte de Brahms. On a trop oublié les lignes admiratives qu'il consacra à Heller dés l'année 1836 pour appeler sur lui l'attention de l'Allemagne musicale. A la lecture des premières études, il s'écria :
« Quelle prodigalité d'idées l'auteur entasse dans une forme aussi concise! 11 y a là assez de matériaux pour construire des sonates et des concertos entiers*. » Le même article contient l'appréciation suivante :
u Cette succession variée de pièces de caractère semble un journal intime... J'y vois des observations diverses, entremêlées de sarcasmes, et aussi, de tendres souvenirs. «
Ce que Schumann percevait dans les premières œuvres de Heller-' n'était que la promesse des fleurs. Les fruits vinrent plus tard : ce furent les pièces lyriques dont j'ai donné plus haut la nomenclature.
Prenez le recueil intitulé D«us les bois. Quelle musique d'aucune école sut mieux extérioriser une âme candide et vierge de toute influence factice? Comme Heller sait nous dire sa joie de respirer les arômes des feuilles; comme il sait nous faire voir la pénombre inquiétante où l'on peid son chemin, ses stations méditatives devant la tleur sauvage ou la fuite de l'écureuil, ou encore la montée, dans un halo de légende, des frappantes figures du Frcischiitz : Caspard, Agathe et Max!
Dans les Nuits blanckcs Heller revient à la description d'états intérieurs, comme dans ses Préludes.
1. Il dùbula dans la composilion par des Lieder qui ne paraissent pas avoir eli publias.