RICHARD -WAGNER
Le tableau de l'évolution de la musique allemande pendant la période dont nous allons parler pourrait, à la grande rigueur, se résumer dans une analyse de l'œuvre de Richard Wagner. Sans doute l'auteur de la Tétralogie, si grande que soit la place occupée pendant cinquante ans par sa personnalité foisonnante et tumultueuse comme par son œuvre d'une richesse et d'une variété incomparables, n'a pas été le musicien unique du Deutschland. Il y a eu en dehors de Wagner, à côté de lui, parfois même, dans une certaine mesure, en opposition avec lui, des hommes d'une haute valeur tels que Raff, Bruckner et Brahms. On ne saurait faire abstraction de musiciens ayant été en possession d'une pareille maîtrise et ayant su l'affirmer dans les conditions les plus difficiles. Mais à une certaine hauteur l'admiration du public reste indivisible; son enthousiasme peut être plus ou moins vivace, tant qu'il dure il ne comporte aucun partage proprement dit, et, d'ailleurs, même le plus remarqué des contemporains de Wagner, Brahms, que l'on a pu comprendre dans la trilogie des trois B., entre Bach et Beethoven, n'en est pas moins un continuateur de l'école classique, un représentant de celte tradition avec laquelle Wagner avait si audacieusement et si viclorieusement rompu.
Il n'en est pas de même pour Wagner. Offrant le phénomène sans précédent de la triple supériorité du théoricien, du poète et du musicien résumés en une seule personne, non seulement il a complètement accaparé son temps grâce à un ensemble de manifestations dont le caractère original et l'importance esthétique n'ont pas laissé un seul instant l'opinion indilTérente ; mais s'il n'est pas ou plutôt s'il ne saurait être, comme on l'a prétendu. Ut musicien de l'avenir, rien ne demeurant inerte dans le monde intellectuel, il est toujours le musicien du présent. Son rayonnement continue à tout absorber, et s'il subsiste des réputations légitimes, il n'y a pas de gloire mondiale dans l'auréole de cette gloire.
La vie de Ricliard Wagner.
Itichard Wagner naquit à Leipzig le IX mai 1813. Il avait si.^ mois quand mourut son père Frédéric, fils d'un employé, employé lui-même et grel'fier du tribunal, mais qui avait le goût du théâtre et s'entourait de professionnels de la scène, tout en jouant de petits rôles dans des représentations d'amateurs. Sa veuve ne tarda pas à se remarier avec Ludovig Geyeret vint habiter Dresde. » Mon beau-père, aécrit Wagner dans son esquisse autobiographique arrêtée, en 1842, était
acteur et peintre; il a aussi écrit quelques comédies; l'une d'elles, k Massacre des Innocents, a eu du succès ; avec lui sa famille se retira à Dresde. 11 voulait que je devinsse peintre; mais j'avais fort peu de dispositions pour le dessin.
CI Mon beau-père mourut aussi prématurément; j'avais alors sept ans. Peu de temps avant sa mort j'avais appris à jouer sur le piano Ub'iinmer Trni iind Rcdliclitielt et le Jungfernkranz, alors dans toute sa nouveauté. La veille de sa mort, il me fit jouer ces deux morceaux dans la pièce voisine de sa chambre; je l'entendis alors dire à ma mère d'une voix faible :
« — Aurait-il par hasard du talent pour la musique?
« Le lendemain malin, lorsqu'il fut mort, noire mère entra dans la chambre des enfants et me dit :
« — Il voulait faire quelque chose de toi.
« Je me ressouviens de m'être longtemps imaginé qu'on ferait quelque chose de moi. »
Ce ne fut cependant pas un encouragement musical que le jeune Richard-Wilhem Wagner trouva ii la Kreuzschule de Dresde quand il y commença ses études. Le répétiteur chargé de lui donner des leçons de piano lui déclara qu'on ne ferail rien de lui après l'avoir entendu étudier en cachette l'ouverture de Frcyscitutz : « 11 avait raison, dit Wagner, je n'ai de ma vie appris à jouer du piano, mais je ne jouais alors que pour moi et rien que des ouvertures, avec le doigté le plus épouvantable. Il m'était impossible de jouer proprement un passage, et j'avais une grande aversion pour tous les traits. De Mozart je n'aimais que l'ouverture de la 7,aiiberflocte. Don Juan me déplaisait parce qu'il y avait sous la musique un texte italien; il me semblait puéril. »
Au demeurant, point de vocation bien prononcée pour la musique. L'enfant préférait la poésie, et tout de suile le pathétique l'attira. Drames et tragédies, il remplissait de ses manuscrits la maison maternelle et les pupitres de l'école de la Croix. Il avait onze ans à cette époque. Alors il voulut être poète; il esquissa des tragédies grecques; il apprit aussi l'anglais dans le seul but de bien connaître Shakespeare; il traduisit même, mélriquement, le monologue de Roméo.
« J'abandonnai bientôt l'anglais, écrit-il, mais Shakespeare resta mon prototype ; j'esquissai une grande tragédie, qui réunissait a peu près llamlct et le Ttoi Li'ar; le plan était exlraordinaii'ement grandiose; quarante-deux personnes mouraient dans le cours de la pièce, et je me vis dans la nécessité, au dénouement, d'en faire revenir la plupart sous forme de fantômes, car tous mes personnages étaient morts avant le dernier acte. Cette pièce m'occupa pendant deux ans.
HISTOIRE DE LA MUSIQUE
« Je quittai Dresde et la Kreu/.scluile sur ces entrefaites, et vins à Leipzig. A la NiUolaiscliule de cette ville, on me mit en troisième, bien que j'eusse déjà terminé ma seconde à la Kreu/.schule; cette circonstance m'aigrit tellement que dès lors tout mon amour pour les études philologiques m'abandonna. Je devins paresseu.K et négligent; seule ma grande tragédie me tenait encore au cœur. Tandis que je l'achevais, j'entendis pour la première fois, aux concerts du fiawaiidliaus de Leipzig, de la musique de Beethoven; son impression sur moi fut toute-puissante. Je me familiarisai aussi avec Mo/art, principalement avec son Requiem. La musique de Beethoven (écrite) pour Egmont m'enthousiasma tellement que pour tout au monde je n'auiais plus voulu laisser ma tragédie parachevée sortir du chantier que parée d'une musique analogue. •>
C'était la grande révélation. Elle devait se compliquer d'une crise d'hallucination mystique résultant de graves difficullés matérielles. « J'eus de grands combats à soutenir, écrit encore Wagner, car les miens ne pouvaient regarder mon penchant pour la musique que comme une passion passagère, d'autant plus qu'il n'était pas juslilié par les études préparatoires, et surtout par une habileté quelconque sur aucun instrument.
« J'étais alors dans ma seizième année, et j'avais des tendances au mysticisme le plus fou, puisées surtout dans la lecture de llolTmann : le jour, dans un demi-sommeil, j'avais des visions dans lesquelles la note fondamentale, la tierce et la quinte m'apparaissaienl en personne et m'expliquaient leur grande importance; ce que j'écrivais était un tissu d'absurdités. Enlin, mon éducation fut confiée à un bon musicien : le pauvre homme eut grand mal avec moi; il lui fallait m'expliquer que ce que je prenais pour des êtres el des puissances étranges étaient des intervalles et des accords. Qui pouvait plus attrister les miens que de constater que je me montrais négligent et désordonné dans cette étude? Mon maître secouait la tète, et les choses se passaient comme si, môme en cela, on ne pouvait tirer de moi rien de bon. Mon goût pour l'étude faiblissait de plus en plus, et je préférais écrire des ouvertures pour grand orchestre, dont l'une fut exécutée une fois au théâtre de Leipzig.
« Cette ouverture fut le point culminant de mes absurdités. J'avais voulu l'écrire, pour en faciliter l'intelligence à qui voudrait l'étudier, avec trois encres différentes, rouge pour instruments à coides, verte pour les bois, et noire pour les cuivres. La neuvième symphonie de Beethoven ne devait être qu'une sonate de Pleyel en comparaison de celte ouverture merveilleusement combinée. A l'exécution, un coup de timbales fortissimo et qui revenait régulièrement toutes les quatre mesures tout le long de l'ouverture me fit surtout du tort. Devant la persévérance du timbalier le public passa de la surprise au début à un mécontentement non caché, puis à une hilarité qui m'affligea profondénienl. »
En 1833, Wagner se tourna vers la scène. Son frère Albert était alors employé au théâtre municipal de Wiuzbourg à la fois comme comédien et chanteur et comme régisseur. Il écrivit un opéra en trois actes, Les Fées, pastiche de Weber, puis, vers 183o, la Novice de Païenne, pastiche d'Auber. L'œuvre était plus vivante que les Fées, mais ne fut exécutée qu'une seule fois, à Magdebourg, où le compositeur avait pris possession, en 183i, du poste de capellmeister. Gas-
perini rapporte que toutes les fatalités s'acharnèrent contre ce malheureux ouvrage. La compagnie théâtrale était en dissolution; par alfcction pour leur chef d'orchestre, les chanteurs consentirent à rester gratuitement quelques jours encore à Magdebourg, et étudièrent son opéra au pas de course, sans d'ailleurs y épargner leur peine. « Néanmoins, dit Wagner, je ne pus empêcher qu'ils ne sussent leurs lôles qu'à moitié. La représentation fut comme un mauvais rêve; personne ne pouvait se faire, de mon œuvre, la plus légère idée! » Au dedans, au dehors, des obstacles de toute nature : un mauvais orches- Ire, une interprétation insuffisante. Quelques heures avant la représentation, il était question de changer l'afliche.
On se résolut cependant à tenter l'aventure jusqu'au bout. On n'avait pas compté sur une scène de ménage qui faillit tourner au tragique. Le mari de la première chanteuse, furieux de la voir s'associeitrop complaisamment, dans un duo, aux tierces amoureuses du premier ténor, assena sur la jeune femme, qui rentrait dans la coulisse, un coup de poing si formidable que la malheureuse tomba évanouie. On fut obligé d'interrompre la pièce; on s'empressa autour (le la victime, qu'on croyait morte. Probablement elle était accoutumée à ces sortes d'aventures, car, au bout d'une demi-heure, elle put reprendre son rôle. Mais le drame domestique, dont la salle avait appris les moindres détails, lit grand tort à la pièce de Wagner, et la Novice de Païenne s'acheva au milieu de l'indifférence générale.
Pour la première fois, Wagner s'était trouvé en lutte avec cette « guigne » qui devait aigrir ses prédispositions fielleuses. Cependant, en 1836,11 avait une apparence de revanche. 11 était nommé chef d'orchestre cl Kœnigsberg et il épousait la diva du théâtre. Mais il souffrait cruellement. Il lui fallait conduire des œuvres niaises et insipides contre lesquelles se soulevait toute sa conscience d'artiste, se soumettre aux ridicules caprices du chanteur à la mode, essuyer ses points d'orgue et ses roulades, transposer, tronquer, bouleverser les partitions. 11 eut les mêmes déceptions à Riga, où il avait accepté la place de maître de chapelle. « L'esprit qui présidait à nos représentations d'opéra me remplissait de dégoût...; tandis que je dirigeais l'exécution musicale de nos opéras, une tristesse rongeante m'étreignait le cœur, » dit-il de ce séjour à Riga. Enfin, il se décida à partir pour Paris, qui lui semblait, à cette date, la ville des gloires rapides et de l'hospitalité généreuse. D'ailleurs à Riga il avait composé le poème de Rienzi ainsi que la musique des deux premiers actes, et depuis longtemps il était en correspondance avec Scribe. Ici se place une scène intéressante par son caractère réaliste.
La traversée de Riga à Boulogne-sur-Mer fut difficile. Le navire où Wagner et sa femme avaient pris passage fut jeté par un ouragan sur la côte de Norvège. Au plus fort de la tourmente, le jeune maître s'obstina à rester sur le pont, tout entier aux cris de la manœuvre, aux colères de la mer, aux sifflements du vent.
Quand, plus tard, il écrivit l'ouverture du Vaisseau Fantôme, il se souvint de la mort qu'il avait vue de près, des rugissements de la vague, de la voix sinistre du vent dans les cordages... 11 le disait du moins, et il trouvait là un des plus puissants arguments de sa théorie de l'accommodation du compositeur aux' milieux.
ËXr.YCLOPÉDJE DE LA MVSIOIE ET Dir.TIOXXAIfiE DU COXSEnVATOinE
Wagner sauvé des Ilots fit sa première visite à Meyerbeer. Le confrère « arrivé » fut plein de bonne j,'ràce : il donna des lettres de recommandation au nouveau venu pour Anténor Jollv, Léon PiUet, Habeneck, Sclilesinger. L'accueil fut excellent, mais trompeur. Au bout d'un mois \Yagner croit s'apercevoir que quand il parle de son opéra à Léon Pillet, quand il lui détaille les merveilles de son Hienzi, le directeur de l'Académie royale de musique enveloppe sa phrase laudative d'épithètes plus réservées; que quand il insiste et demande une audition à jour fixe, son interlocuteur recule visiblement et redouble d'aménités oratoires pour éviter un engagement formel. Il arrive avec sa ponctualité germa[iique à des rendez-vous auxquels ceux qui l'ont convié oublient trop souvent de se rendre; partout enfin, il rencontre des gens qui multiplient les politesses et les protestations à mesure qu'ils lui échappent davantage. Un beau jour, il soupçonne qu'il fait fausse route, et que toutes ces prévenances ne sont que comédie. Bientôt le doute n'est plus permis; il est plus seul, plus abandonné que jamais, plus loin de l'Opéra, plus loin de la fortune que le jour où il a mis le pied sur le pavé de Paris.
Cependant le directeur de la Renaissance, Anténor JoUy, consent à monter Hienzi. Wagner quitte à la bâte la triste rue de la Tonnellerie où il était descendu. Il acliéte des meubles et s'établit triomphalement rue du Helder. Le jour même où son emménagement finissait, le théâtre de la Renaissance faisait faillite.
Pris au dépourvu, Wagner vécut d'expédients. Il écrivit des articles pour la Gazette musicale de Schlesinger, des réductions pour piano de la Favorite et de la Rciyie de Chi/pre, mit en musique un vaudeville de Dumanoir, intitulé la Descente de ta CoartiUe, vendit .'iOO francs à Pillet le poème du Vaisseau Fantôme qui fut sifflé, bien que Paul Fouclier l'eût agrémenté de ses vers et Dietsch de sa musique.
A cette période se rapportent les pages intitulées : Un Musicien allemand à Pai'is, dans le premier volume de la collection complète des CEuvres de Wagner. « J'y ai exposé, dit-il, sous le voile d'une liction parfois humorislique, ma propre histoire à Paris, où il s'en fallut de bien peu que je ne mourusse de faim, comme le héros de mon conte. Ce que j'ai voulu y faire entendre, d'ailleurs, c'est un cri de révolte contre la condition de l'art et des artistes à notre époque. » Après trois ans de séjour à Paris, il lui élait pleinement démontré qu'il n'avait rien à attendre de la France, et il pensait à rentrer en Allemagne dès qu'on aurait décidé à Dresde du sort de son Hienzi, qu'il y avait envoyé. Mais pour entreprendi'C ce voyage, il fallait de l'argent, beaucoup d'argent! Il se remit à composer des valses, des galops, à écrire des articles.
Grâce à l'intervention toute-puissante de M™= Schrceder, Hienzi est reçu à Dresde, et on appelle l'auteur. Il s'adresse à Sclilesinger, sa providence dans les heures de crise; de nouveau il arrange, il transcrit, il fourrage frénétiquement, à tort et à travers, dans les partitions; c'est le Guiltanro, c'est la Heine de Chypre qu'il réduit cette fois pour le piano. Enfin il est libre, il part!
Tout à coup, une éclaircie dans ce ciel morose. Hienzi triomphant à Dresde, Wagner était nommé chef .d'orchestre du grand théâtre et capelmeister de la maison du roi.
Le 3 janvier 1843, Wagner donnait au public le
Vaisseau Fantôme, applaudi à Dresde, mal reçu à Berlin. Il se confinait alors dans le théâtre de Dresde et faisait entendre les principales œuvres de Gluck, « restaurées » ou dénaturées, comme on voudra, car en Allemagne même l'opinion n'a jamais été fixée sur ce point délicat. Le 21 octobre 1843, la représentation du Tannli^'user était un nouveau triomphe, très vif et fort court. En pleines répétitions du Lohen- (jrin éclata la révolution de 1848. Wagner, fort peu soucieux de ses obligations personnelles envers la maison royale, se jetadan*^ le mouvement socialiste avec Kochly le philologue, Seraper l'architecte, celui qui avait construit le théâtre de Dresde, et tant d'autres qu'il ne retrouva pas plus tard sur la terre d'exil. Le compositeur oubliait son llijmne â Frédéric le liien-Aimé. L'indépendance du cœur est le privilège des grands hommes.
Ici se place une des périodes les plus fiévreuses de l'existence de Richard Wagner. Exilé en Suisse, il y écrivit le poème des Niebelungen et acheva Tristan et Iscull. En même temps, le Jean-Jacques Rousseau, l'homme de lettres à la fois aigri et ivre de chimères, se dégageait de plus en plus sous l'iiitluence de la lecture de Schopenhauer. Tour à tour il publiait l'Aj't et la Hévoliition, ['Œuvre d'art de l'avenir, enfin Opéra et Drame, où il s'expliquait avec une superbe assurance : <i Je prétends, disait-il, prouver ici la « possi- « bilité » et la « nécessité » d'un système de création artistique dans l'ordre de la musique et de la poésie, ce supérieur » au système universellement adopté aujourd'hui, et je le prouverai, non plus en termes généraux, comme dans {'Œuvre d'art de l'avenir, mais en pénétrant dans le détail de mon sujet. »
Nous entrons maintenant dans la tragi-comédie de la représentation et de la chute de Tannhseuser.
Observons avec Gasperini que Wagner blessait sans ménagement, dés les premières pages de son grand ouvrage, Opéra et Drame, un homme dont l'Europe entière avait accueilli les œuvres avec enthousiasme. On eût dit, à lire superficiellement ces pages irritées, que Wagner n'avait pris la plume que pour satisfaire â un besoin immodéré de polémique et de dénigrement. Les amis de Meyerbeer — ils étaient nombreux — relevèrent le défi, et la presse allemande retentit d'invectives, de récriminations, de violences, contre le fougueux écrivain.
Cependant la réputation du compositeur se répandit dans l'Europe entière; il acquérait la précieuse amitié de Listz, qui faisait exécuter à W eimarle Vaisseau Fantôme, Tannhxuser et Lohcntjrin, et Wagner pouvait lui écrire : u Je te proclame, sans ambages, l'auteur de ma situation actuelle et de l'avenir qu'elle semble me permettre d'entrevoir. Tu es bien le premier qui m'aies fait éprouver la volupté qu'il y a à être entièrement, absolument compris; je semble m'étre comme résolu en toi; pas une libre de mon être, pas une palpitation de mon cœur, qui aient échappé à ta sympathie. »
Mentionnons encore parmi les wagnériens de la première heure, dont la foi fut si précieuse pour le compositeur, Théodore Lihlig et Hans de Bulow.
Pendant ce temps Wagner cheminait, comme il l'a dit, « vers un monde nouveau » : le plan de la tétralogie est achevé en novembre 1831, le poème en décembre 1852; un an après, la partition du Hlieingold est presque terminée; la Valkijrie prend deux ans (la dernière portée de la partition était écrite au printemps de 1856); le premier et le second acte de Sicijf'ried sout déjà entièrement esquissés. Puis,
HISTOIRE DE l..\ MUSIQUE
ALLEMAGNE Ho.f
de l'été de 1837 à celui de 1859, \Vaj,'ner écrit, poème et imisique, Trutan cl hciilt. Dans l'impossibilité de retoiirnei- en Allemagne, dont le tenitoiie lui est toujours interdit, et encouragé paf la laveur croissante que ses opéras .y rencontienl, il médite de tenter de nouveau la fortune en l'iance; dés le commencement de ISo',', il aiiivait à Paris où il devait rester jusqu'en 1862. Ici se place le cruel incident des représentations de Tanithxuser à l'Opéra de la rue Le Peletier les 13, 18 et 24 mars 1861. Mais nous devons mentionner auparavant le concert donné au Théâtre Italien par Wagner en 1860 sur le modèle de ceux qu'il avait dirigés à Zurich. Trois concerts .successirs de huitaine en huitaine avaient èlé organisés à l'avance; voici quel était textuellement le programme de la première soirée :