‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 297 sur 297 · ŒUVRES MUSICALES · texte numérisé non relu

ŒUVRES MUSICALES

Sonate, quatuor et trio, 1829.

Ouverture avec cymbales, en si bémol majeur, 1830.

Sonate pour piano, en si bémol majeur, 1831.

Polonaise pour piano â quatre mains, en ré majeur,

Fantais'ie pour p'iano, en fa dièse mineur, 1831 (inédite).

Ouverture de concert, en rè mineur, donnée au Gewandhaus de Leipzig, le 23 février 1832.

/\'- Symphonie de Beetlioven, arrangée pour jjwjjo (( deux mains, 1831.

Ouverture de concert, en ut majeur, avec grande fugue finale, 1831. — Donnée en 1832, dans les Concerts d'Euterpe.

Se|)t compositions sur le Faust de Goethe, 1832 :

Chant des soldats. — Paysans sous le tillettl. — Chanson de Brandor. — Chanson de Méphislophélés {la puce).

— Chanson de Méphistophélèa. — Clianl de Marguerite.

— Mélodrame de Marguerite.

' Ouverture pour la tragédie le Roi Enzio, 3 février

Symplionie en ut majeur, mars 1882, jouée à Prague dans l'été de 1832.

Symphonie en mi majeur, élé 1834. Fragmenl.

Cantate de nouvelle année, décembre 1834, jouée le soir de la saint Sylvestre 1831-1835, à Magdebourg.

Ouverture pour la pièce d'Apel, Colomb, 1833, jouée à Magdebourg en 1833.

Ouverture, Polonia, 1836.

Ouverture, Kule Britaiinia, jouée à Kœnigsberg, en mars 1837.

Romance en sol majeur, te.ete de Hollci, août 1837.

Hymne populaire pour l'accession au trône du czar Nicolas, novembre 1837.

EXCVCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOXiVAriiE OU COXSERVATOirtE

Le Sapin, lied à la manière livonienne (en mi bémol mineur], 1838.

Les Deux Grenadiers, lied de H. Heine, texte français, 1839.

Trois romances, 1839-1840 : Dors: mon enfant (texte de Victor Hugo), Attente (texte de Victor Hugo), .1/iqnonne (texte de Uonsafd).

Ouverture de concert : Faust, 1839-1840.

Musique pour le vaudevUle de Dumanoir la Descente de laCourtille, 1840.

Cantate pour la fête d'inauguration de la statue du roi Frédéric-Aui/uste, 1843.

L'Agape des Apôtres, scène biblique pour clioiur d'iiommes et grand orcliestre, 1843.

Hommage de ses fidèles èi Frédéric-Aufiiisle le Bienaimé, pour chœur d'hommes et orcliestie, 1844.

Musique funèbre pour la translation des restes de C. M. de Wcber en terre allemande^ d'après des motifs d'Enri/unthe, 1844.

Au tombeau de Weber, chœur d'hommes chanté après les obsèques (texte de Wagner), 1844.

Sonate d'album, en mi bémol majeur, 1833.

Cinq poèmes : l'Ange, décembre 1857; Douleurs, décembre 1837; Hères, décembre 18-37; licstc tranquille, février 1838; Dans la serre, juin 1838.

Feuillet d'album, en la bémol majeur, Ankunft bei dem Sehwarzen Schwanen, 1860.

Feuillet d'album, en ut majeur, 1861.

Marche d'hommage (dédiée au roi Louis II de Bavière'i, 1864.

tdi/lle de Siegfried, pour petit orchestre, 1870.

Murclic impériale, pour grand orchestre et chœur,

Feuillet d'album en mi bémol majeur, 1873.

Grande marche de fêle, pour l'ouverture du ccntena'ire de la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis d'Amérique, 1876.

Stabat Mater de Pnlestrina, annoté pour l'exécution, nu commencement de 1848. — Première exécution, 8 mars 1848.

Iphigénie en Aulide de Gluck, remaniée avec version noucclle, 1846, première exécution le 2-2 février 1847.

Don Juan de Mozart, arec une version en partie nouvelle et un nouvel arrangement, 1850.

OiUVRES DRAM.^TIQUES

Sertie et Ariette, jouée au Théâtre royal de Leipzig le 22 avril 1832.

Les ÎSoccs, opéra en trois actes, texte composé en 1832; composition commencée en décembre 1832.

Allegro pour l'ariette cl'Auhry dans le Vampire de Marschner, texte et niusique de Wagner, septembre 1833.

L'Heureuse Famille des ours, opérette comique en deux actes, texte écrit et composition commencée au commencement de 1838 (fragment).

Frédéric Barbcrousse, drame (sans musique), 1848.

./('si(s de Nazareth, 1848 (projet complet publié par Breitkopf).

Wieland le Forgeron, 1849 (projet complet imprimé dans le volume III des œuvres complètes).

Les Vainqueurs, 1836 (esquisse publiée dans Projeli, Pensées et Fragments').

Les Fées, texte et musique, 1833.

La Défense d'aimer, première représentation, à Magdebourg, le 29 mars 1836.

llienzi, le dernier des tribuns, première représentation, Dresde, 20 octobre 1842.

Le Vaisseau Fantôme, première représentation à Dresde, le 2 janvier 1843.

Tannhxuser et la guerre des Chanteurs sur la Wurtbourg, première représentation à Dresde, le 19 oclobre 1843.

io/tc/igrùi, première représentation à Weimar, sous la direction de Liszt, le 28 août 1S30.

Les Maîtres Chanteurs de Xurembcrg, première représentation, Munich, 21 juin 1868.

L'Anneau du Sibelung, première représentation à Bayreulh, du 13 au 17 août 1876.

Tristan cl Iseult . première représentation à Munich, le 10 juin 1863.

Parsifal, première représentation à Bayreuth, le 26 juillet 1882.

Los eoulciiiporains de Wagner.

Johannès Brahms. — Des contemporains de Wagner aujourd'hui disparus, mais très distingués dans l'art où le maître de Bayreuth conserve une si éclatante prééminence, le plus remarquable fut sansconteste Johannès Brahms, né ii Hambourg en 1833, mort à Vienne en 1897. Il passait déjà, dés 1847, pour un grand pianiste, et en 1833 Schumaun le saluait comme l'élu au berceau duquel les grâces et les héros semblaient avoir veillé : n Son nom est Johannès Brahms, il vient de Hambourg. Au piano, il nous découvrit de merveilleuses régions, nous faisant pénétrer avec lui dans le domaine de l'idéal. Son jeui, empreint de génie, changeait le piano en un orchestre dé voix douloureuses et triomphantes. C'étaient des sonates on perçait la symphonie, des Lieder dont la poésie se révélait, des pièces pour pianounissant un caractère démoniaque à la forme la plusséduisante, puis des Sonates pour piano et violon,, des quatuors pour instruments à cordes, et chacune de ces créations si différentes l'une de l'autre qu'elles paraissaient s'échapper d'autant de sources différentes.» Et le chantre de Manfred ajoutait : « Quand il inclinera sa baguette magique vers de grandes œuvres, quand l'orchestre et les chœurs lui prêteront leurs puissantes voix, plus d'un secret du monde de l'Idéal nous sera révélé. »

Cette prédiction devait se réaliser, mais à la suited'un long et tenace ell'ort. La carrière de Johannès Brahms fut toute de labeur. Fils d'un excellent contrebassiste de Hambourg et ayant reçu de solides leçons de Cossel et de Marxsen, directement formé à l'école do Bach et de Beethoven, familier avec Joachim et Liszt, remarqué et (t lancé » grâce à la recommandation chaleureuse de Schumaun, il lui fallut cependant travailler pendant bien des années avant de conquérir quelque chose de plus que la grande notoriété. Ces années furent du reste bien remplies, soit chez le prince de Lippe-Delmold, dont il fut maître de chapelle en 1834, soit en Suisse, où il fit plusieurs voyages, soit à Vienne, où il fixa sa rési^dence en 1862 et où il revint en 1869, sans esprit de départ cette fois, après diveis séjours à lleidelberg,. à Hambourg, à Zurich, à Baden-Baden.

Ce fut d'ailleurs à Vienne que Brahms fil exécuter l'œuvre qui devait l'imposer à l'admiration dupublic : le lieiiu'iem allemand. L'œuvre est uniqueen effet, d'un sentiment large et pénétrant, d'une incomparable noblesse et d'ailleurs d'un style traditionnaliste.

Le critique allemand Hermann Seilers écrivait dans une étude sur Brahms : « Seul parmi les ar-

MISTOrRE DE LA MUSIQUE

ALLEMAGNE u:3

listes de ce siècle, Brahms a des points de ressemblance avec lieethoven, aussi bien par son style que par les formes qu'il donne à ses créations et par sa facture. I^rahms, éj^al a. ce ^rand maître par les dons innés, s'est engagé dans la même voie pour atteindre l'idéal auquel aspire tout véritable artiste. » C'est précisément une sorte de réincarnation beethovenienne que la critique française a reconnue à son tour dans le Rciiuicm. Cette musique, a écrit M. Camille Bellaiguc,» apparaît très pure, très pieuse, à la fois puissante et douce. Volontairement isolée, contemporaine et indépendante de la réforme wagnô" rienne, on dirait qu'elle l'ignore ou la dédaigne- Elle ne proteste pas; elle atteste seulement qu'en dehors d'un mouvement en apparence irrésistible, au-dessus d'un Ilot qui menaçait de tout engloutir, quelque chose de grand a pu naître et demeure. Le Rcqui'un allemand, c'est un sommet très haut, très fier, et non sulmiergé. » Et il conclut que rien ne s'y rencontre qu'on ne trouve déjà dans Iteetlioven : « Sî Wagner peut, d'un certain point de vue, être regardé comme lliérilier sous bénélîce d'inventaire -de Beethoven, sous des angles beaucoup plus nombreux il se révèle son inconscient mais irréconcidiable contradicteur. Pour son disciple, ou son successeur lie litre d'héritier est si lourd!), Iteethoven eût plutôt reconnu parmi nous un Saint-Saéns, un -Brahms parmi ses compatriotes. Dans l'osuvre que nous étudions aujourd'hui, rien ne se rencontre qu'on ne trouve chez Beethoven. Entre l'auteur de Ja Messe solennelle et celui du Requiem allemand, la différence est de degré, mais non pas de nature. Les noies sublimes de l'un donnent chez l'autre leurs harmoniques. Wagner est un grand novateur, Brahms est un gardien auguste, et l'analyse de son œuvre fera mieux, sentir que d'abstraites définitions iout ce que, de la forme classique, son génie moderne a pu tirer encore de vie impérissable et d'é- •ternelle beauté. »

On ne saurait mieux dire, d'une façon générale. Quant au détail, constatons avec Hugo Uiemanii que ia rythmique de Brahms peut être considérée ajuste titre comme la continuation de celle de Beethoven autant qu'elle s'éloigne de la manière de Schumann ^rythme marqué, maintenu pendant toute la durée d'un morceau qui, naturellement, ne peut être que de dimensions restreintes) et recherche de nouveau la *:ariété organique et le raffinement de la figuration dans le travail thématique. Keconnaissons d'ailleurs avec Hugues Imbert, qui fut un des meilleurs scoliastes de Brahms, que, tout en respectant les ■traditions classiques, le musicien de Hambourg a introduit dans ses u'uvres des effets harmoniques si nouveaux qu'on peut le classer parmi les audacieux. « 11 n'y a pas jusqu'aux accompagnements de ses Lieder qui, tout en se tenant rapprochés de ceux imaginés par Schumann, ne s'écartent des sentiers iattus. Au-dessous du texte habilement traduit, il a placé une maquette musicale d'une ingéniosité et d'une liberté extraordinaires. »

En outre du /iei/fa't'm allemand signalons les Symphonies, les deux sextuors en si bémol et en sol, les quintettes, le concerto en l'é, la cantate de Rinaldo, un Ave Maria pour voix de femmes et orchestre ou orgue, les valses, les danses hongroises, deux rhapsodies, les œuvres chorales religieuses et profanes, les deux sérénades pour orchestre, les Lieder. Cette musique, essentiellement et excellemment musicale, est de plus une musique durable et dont la

réputation ira sans doute en s'accroissant dans l'avenir. Biahms est, comme Bach, un des rares grands compositeurs qui n'aient jamais écrit pour le théâtre.

JoachimRaff. — Uaff (.loseph-Joachim), néeu IS2-2, à Lachini, au bord du lac de /.inich, mort en 1882, fut aussi un compositeur de léelle valeur. Ses débuts se firent sons les auspices de Mendelssolui. Fils d'organiste, le manque de ressources l'avait contraint à se faire maitre d'école, mais l'appui de Memlelssohn, à qui il avait soumis ses premiers essais, l'aida à publier chez Breitkopf et Hœrtel des morceaux de piano immédiatement remarqués. Ce fut la délivrance; Half dit adieu à l'enseignement primaire en se promettant de ne jamais reprendre la férule, et il devait se tenir parole en dépit des épreuves à traverser. En effet, après une tournée de concerts où il accompagna List/., la mort de Mendeissohn lui enleva la plus précieuse de ses protections effectives au moment où elle lui était encore indispensable.

De même le contre-coup de la révolution do 1848 et les troubles populaires de Sluttgard mirent à néant les préparatifs déjà faits au théâtre de la Cour pour la représentation de son opéra Kônig-Alfred. Il lui restait heureusement l'appui de Liszt, qui eut toujours une âme si fraternelle pour les confrères. Il le suivit à Weimar, où se concentrait alors l'école néo-allemande, et liôniii- Alfred y fut représenté, mais n'obtint qu'un succès d'estime. Ayant épousé l'actrice Doris Genast, il se fixa, de 18j6 à 1877, à Wiesbaden, où il écrivit la plus grande partie de son œuvre, puis devint directeur du Conservatoire Hoch de Francfort, ville où il se (ixa et demeura jusqu'à sa mort.

Pianiste et violoniste, il a écrit huit grandes symphonies (la troisième, Dam la forêt, est la plus connue), deux suites d'orchestre, des concertos de violon, de violoncelle, de piano, un ottetto, un quintette, etc. Sa musique ne révèle pas toujours une grande puissance d'invention; elle est parfois obscure ou précieuse, ce qui, sans doute, a empêché le compositeur de réussir au théâtre où, après Kôniij Alfred, il a donné de la musique, de même pour Bernard de Weimar (1838), Dame Kobold (1870), Bcnedetto Marcello et Samson. Esprit orné. Hall avait pris une part active à la rédaction de la CœciUa et de la Sourelle Gazette ainsi que de V Annuaire de Weimar, auquel il a fourni un travail sur la place occiipie par les Allriiiands dans Vldslolre de la musique. Partisan du mouvement wagnérien, Ralf l'a soutenu dans ses articles et dans une brochure intitulée la Question, de Waqner.

Ferdinand Hiller, né à Francfort en 1811, mort à Cologne en 1885, auteur de Romdde { 1839), de Tranin in der Christnacht (184a), de Konradin (1847), de Der AdvûlMt (1854). de Der Katakomben (1862), de Der Déserteur {[86a), de plusieurs oratorios, de compositions diverses atteignant le chiffre de deux cents, musicographe averti dont les feuilletons parus dans la Gazette de Cologne ont été réunis en volume. 11 offre cette double particularité : 1° d'avoirfait un premier séjour de sept ans à Paris de 1828 à I83o, période pendant laquelle il fut quelque temps professeur à l'institut Choron et se fit une grande réputation comme pianiste; 2" d'avoir dirigé de l8ol à 1832 notre Opéra Italien.

Hugo Wolff (1860-1897

• Hugo Wolff, dont la re-

ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSEIiVATOIRE

nommée est restée considérable et stir lequel a été écrite toute une bibliothèque par les musicographes d'outre-Rhin, naquit le d3 mars 1860 à Windischfiraz, en Styrie. Quatrième lils d'un corroyenr qui faisait, en famille, delà musique de chambre, jouant du violon, de la guitare, du piano, il dut cependant vaincre la résistance paternelle pour entrer au conservatoire de Vienne en 187o. Il n'arriva pas à s'y acclimater, fut renvoyé pour indiscipline et dut compléter lui-même son éducation musicale, tout en gagnant le pain quotidien. Instruit par l'étude directe des textes, il trouva aussi un précieux réconfort dans l'amitié d'Antoine Bruckner, symphoniste abondant et modeste, de Motte et d'Adalbert de Goldschmidt. Ce dernier lui obtint en 1881 une place de second kapellmeister an théâtre de Salzbourg. Il n'y resta pas longtemps à faire répéter des chœurs d'opérette, revint à Vienne, y devint en 1884 critique d'un journal sportif et mondain, le Salottbiatt. où il combattit assez violemment les Italiens, et dont l'entourage exerçait en effet une inlluence ultra-réactionnaire dans le domaine musical. Entre temps il composait un poème symphonique sur PcnthésUéc de Kleist, composé en 1883.

La production effective de Hugo Wolff date de 1887, époque où son ami Eckstein fit éditer ses premiers recueils de Lieder. Vinrent ensuite (1888-1889) 53 lieder sur les poèmes d'Edouai'd Morike, une autre suite sur les poèmes de Gœthe (le Gœtlie-Liedcrbiich, bl lieder), le Spanisches-Liederbuch (44 lieder sur des poésies espagnoles). — 1890, Altcn-Weifen, un cycle de lieder sur divers motifs du poète suisse Gottfried Keller et le commencement de \'ltalisnisches Liedei-buch, au total deux cents morceaux d'une robuste personnalité, écrits en deux ans avec une ardeur frénétique.

Des symptômes morbides allaient se révéler tout à coup. M. Romain Rolland, qui a témoigné à la mémoire du compositeur styrien une sympathie émue, cite ce passage caractéristique d'une lettre désespérée écrite par Wolff à Oskar Grohe en mai 1891 : « ... De composer je n'ai plus la moindre idée ! Dieu sait comment cela linira! Priez pour ma pauvre àme!

« ... Depuis quatre mois, je souffre d'un marasme d'esprit qui me donne, très sérieusement, la pensée de fuir ce monde pour toujours... Seul doit vivre qui véritablement vit. Je suis depuis longtemps déjà im mort. Si c'était seulement une mort apparente! Mais je suis mort et enterré; la force de gouverner mon corps me prouve seule que je vis, que je semble vivre. Puisse la matière suivre bientôt l'esprit qui s'en est allél C'est mon intime, c'est mon unique vœu. Depuis quinze jours, j'habite à Traunkirchen, la perle du ïraunsee... Tous les agréments que peut souhaiter un homme sont réunis pour me préparer un heureux sort... Le repos, la solitude, la plus belle nature, l'air le plus rafraîchissant. Bref, tout ce qui peut être au gré d'un ermite de ma sorte. Et pourtanl, pourtant, mon ami, je suis la plus misérable créatui'e de cette terre. Tout respire autour de moi le bonheur et la paix, tout s'agite, et palpite, et fait ce qu'il doit faire... Seul, moi, à Dieu!... Seul, je vis comme une hôte sourde et stupide. A peine si la lecture me distrait encore un peu! Dans mon désespoir, je m'y jette. Pour la composition, c'est fini : je ne peux même plus me figurer ce que c'est qu'une harmonie et une mélodie, et je commence presque à douter que les compositions qui perlent mon nom soient vraiment de moi. Bon Dieu ! à quoi

bon tout ce bruit... à quoi bon ces magnifiques projets, si c'était pour en arriver à cette misère ! »

Wollf composait cependant V6 lieder italiens à la fin de cette même année; puis venait une interruption de quatre ans. En mars 189b, il composait la partition d'un Corrcrjidor tiré par M™" Rosa Mayreder d'une nouvelle espagnole de Pedro de Alarcon. La pièce tomba. Mais Wollf n'était nullement découragé; en 1896 il écrivait les 22 morceaux de la seconde série italienne, puis le commencement d'autres lieder sur des poésies de Michel-Ange traduites en allemand par \Valter Robert Tornovo. En 1897 il abordait furieusement la musique d'un nouvel opéra. Au milieu de ce travail il était terrassé par un premier accès de folie; on l'internait jusqu'en janvier 1898 dans la maison de santé du docteur Svetlin; il semblait entrer en convalescence, mais au retour d'un voyage il fallait le transporter dans une maison de fous, à Vienne; la paralysie générale se déclarait en 1899, et le malheureux musicien ne faisait que se survivre jusqu'au 16 février 1903, où il était enlevé par une péripneumonie.

Pendant cette longue etafl'reuse agonie, la renommée du compositeur avait grandi; ses lieder étaient devenus populaires, et après sa mort se fondèrent partout des Ilugo-Wolffcereine. Mais la série qui a gardé la plus grande vogue, celle qui figure sur les pianos des plus pauvres maisons de Souabe, à côté des œuvres de Schubert, c'est la première publiée : 33 Gedichte von Ediiard Morike Komponiert fur eine singst wul Klavicr. Suivant la très juste observation de M. Romain Rolland, tous ces lieder sont caractérisés par l'application à la musique lyrique des principes établis par Wagner dans le domaine dramatique. « Il ne s'agit pas ici d'une imitation de Wagner. On retrouve çà et là, chez WolIT, des formules wag-nériennes (non moins d'ailleurs que des réminiscences évidentes de Berlioz) : c'est là la marque inévitable du temps, et chaque grand artiste, à son tour, contribue à enrichir la langue courante de tous. Mais le wagnérisme profond de Wollf ne consiste pas en ces ressemblances inconscientes; il est dans sa volonté de faire de la poésie le principe de la musique. « Montre avant tout, écrivait-il à Humperdinck en 1899, montre la poésie comme la source de ma musique. «

Friedrich Lux, organiste, chef d'orchestre et compositeur, né à Rubla en 1820, mort à Mayence en 1895, a laissé de nombreux lieder et trois opéras. Mentionnons encore Albert, dont la carrière eut des débuts romanesques à Weisheimer; le critique et musicien Ehlert, qui a dirigé à Florence la Société de chant Socicta Clierubini et a écrit des morceaux pour piano, des lieder et des chu'urs; les symphonistes Grimm, Jadassohn, Anton Bruckner, dont on a pu comparer l'orchestration à celle de Wagner, Adolf Jeusen, né à Kœnigsberg en 1837, mort à Bade en 1879, a composé des lieder très nombreux, tantôt par simples séries numérotées, tantôt en groupement de cycles (notamment Doloroxa d'après les Larmex de Chamisso) et un EroliUon (recueil pour piano dont les sept pièces sont mises sous l'invocation do noms antiques, Eros, Electre, Galatée. Le grand pianiste Reinecke a été peut-être moins célèbre comme compositeur que comme virtuose, comme éditeur des œuvres de clavier de Rach et comme directeur demusique d'abord à Breslau, puis au Gewandhaus. Signalons aussi Franz Doppler, né à Lembcrg en.

HISTOIRE DE LA MUSIQUE

1821, mort ù Baden en 1883, qui fit représenter plusieurs opéras au théâtre de Pertli, et à Vienne un opéra allemand, Judith; Karl August Fischer, né à Ebersdorf en 1828, mort à Dresde en 1892, auteur de quatre symphonies pour orgue et orchestre, de trois concertos pour orgue et de l'opéra Loreleij; Ernest Frank, né à Munich en 1847, mort à Oherdiibling en 1889, chef d'orchestre et compositeur, a écrit divers opéras : Adam de la Halle (1880), Hero (1884), Der Slunn (1887); Heinrich Frankenberger, né à Wiinibach en 1824, mort àSouderchauren en 1885, auteur de trois opéras : Die Hochzcut zii Venedig, Vineta, Der Giinstling: Robert Franz, né à Halle en 18)5, mort dans la même ville en 1892, auteur de 250 lieder et céjèbre par sa très adroite revision des œuvres de Bach et de llaeiidel; Willheni Fritze, né à Brème en 1842, mortà Stiittgard en 1881, auteur des oratorios Fingivl et David; Karl Grammann, né à Lubeclc en 1844, mort à Dresde en 1897, auteur de trois opéras, Melusine (1875), Tliusnclder (1881), Das Andreaglist (1882) ;LudoTigGrûnberger, pianiste compositeur, né à Prague en 1829, mort dans la même ville en 1896, auteur de nombreux morceaux de piano, d'une Noi'dische Suite et d'une Humoresque pour orchestre; Franz Holstein, né à Brunswick en 1826, mort à Leipzig en 1878, a composé trois opéras très représentés : Der Haideschacht (1868), Der Erbe von Morley (1872), Die Hochlander (1876); voici également l'organiste Homeyer (1833-1891), auteur de Cantus Gregorianus; August Eorn, né à Freiburg en 182.'i, mort à Leipzig en 1893, auteur d'un opéra Die Nachbarn (1875); Joseph Huber, né en 1837, mort en 18S6, auteur de deux opéras. Die Rose von Libanon et Irène; Martin Rœder, né à Berlin en 1851, mort à Boston en 1895, auteur de deux mystères, Santa Maria et Maria Magdalena, et trois opéras, Pietro Candiano IV, Judith et Vera.

Groupons enfin de notoires disparus : Woldemar Bargiel, le demi-frère de Clara Schumann (1828- 18971; Franz Behr (1837-1898); Karl Bendl (1838-1897); Emile Breslaur (1836-1890); Hans de Bulow, également célèbre comme pianiste, chef d'orchestre et compositeur (1830-1894); Alexandre Dorn, pianiste et compositeur (1833-1901); les trois compositeurs tchèques Antoine Dvorak ( 1841-1904) ; Suretana (1 824- 1884) ; Zdenko Fibich ( 1 850- 1 900) ; Henri Ehrlich ( 1822- 1899); Félix Dreyschock (1860-1906); Franz Erkel (1810-1893); Siegmund Goldschmidt (1815-1877); Herzogenberg (1843-1900); Henri Hoffmann (1842- 1902);FrédéricKiel(1821-i88o);Kirchner (1823-1903); Kleinmichel (1846-1901); Klughardt (1847-1902); Kôhler (1820-1886); Krause (1834-1892); Krug (1820-

1880); Kullak(1823-1862);KistIer (1848-1900); Loerchhorn (1819-1903); Meinardus (1827-1896); Merkel (1827-1883); Gustave Malher, Ernest Pauer(iS26- 1905); Rheinberger (1839-1901); Schachner (1821- 1896); Schad (1823-1898); Stark (1831-1884); Vierling (1820-1901); Volkmann (1815-1883); 'Wilmers (1821-1878); WolIenhaupt(l827-18G3); Franz Wiillner (1832-1902); Julius Zellner (1832-1900).

Il convient de ne pas oublier la séduisante et spirituelle musique de danse en honneur à Vienne, ainsi que l'opérette viennoise, qui est en quelque façon une application de cette musique de danse à l'art théâtral. De tout temps, le public autrichien a vivement goûté la musique gaie, parfois même parodique, comme celle d'Adolphe Millier, avec sa Dame Noire, son Barbie)' de Sievcring, son Petit Othello, son Robert le Diantre. Mentionnons aussi les danses alertes, rythmées, dans le genre que Lanner mit en valeur avec tant de relief et de richesse inventive. Dans la même série figure le fécond et élégant Joseph Gung'L On sait enfin quels succès furent remportés par deux dynasties, celle des Strauss, d'abord Jean le père, né en 1804, puis le fils, Jean (deuxième du nom), l'auteur de la Reine Indigo, de Cugliostro, de la Chauve-Souris (devenue dans l'adaptation française la Tzigane), et celle des Fahrbach.

En ce qui concerne l'opérette, observons que c'est en Allemagne, à Cologne, qu'était né Jacques Offenbach, parent d'un « hazan » de la synagogue qui s'est signalé par des travaux analogues à ceux de M. Naumbourg, l'auteur de la curieuse collection désignée sous le nom de Semirot Israël. Mais, par sa carrière, Olfenbach appartient à la France. Son rival vraiment allemand aura été Franz von Suppé, né à Spalattro, en Dalmatie, en 1820, mort à Vienne en 1895. Suppé s'est essayé dans la composition grave; il a écrit une Messe, un Requiem, une symphonie, des ouvertures, mais c'est à son bagage d'opérateur léger: Fatinitza, Trieoche et Cacolet, Boccace, la Dame de Pique et autres opérettes dont plusieurs ont été traduites et portées sur notre scène, qu'il aura dû sa véritable renommée. Gustave-Adolphe Hœrtel, né à Leipzig en 1836, mort à Hambourg en 1876, a également composé trois opérettes.

Karl Milloccker, né à Vienne en 1842, chef d'orchestre et compositeur du théâtre « An derWien», a écrit un grand nombre d'opérettes, et un non moins grand nombre de vaudevilles. Mais sa réputation, considérable en Allemagne, n'a pas eu de rayonnement par delà les frontières.

Camille LE SENNE, 1913.

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