‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 9 sur 297 · IZ2I · texte numérisé non relu

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La fraîcheUL' de riiispiralion inélo(li<|ue et la simjilicilé des moyens harmonii|ues d'accoiiipayiieinenl ^e révcleiit encore plus nellemeul dans les chansonnettes religieuses. Celle (jui suit est, par exemple, d'une clarté mélodique et d'une quadrature absolument remarquables. Elle remonte au .xiv° siècle et il été composée premièrement sur des jiaroles pro- Canes auxquelles on a substitué, dans la suite, des paroles écrites par le H. (iiovanni Coloniliini, Sieniiois. La partie du soprano de cette chansonnette est

très intéressante et par la clarté de son dessin et par sa quadrature ; et non moins intéressante est laparlio de la basse, qui marcjue nettement la tonalité de l'a majeur parle retour fréquent de la dominante et de la sous-dominante. Cette partie, assez raidr dans ses mouvements, montre encore une fois l'intention que le compositeur (ou l'harmonisaleur) avait do donner la plus i,'rande importance à la voix aiguë, c'est-à-dire à la mi'bidie principale, aux dépens des voix accompai-'nantes (ex. : n" (il.

iiisTorni; nie i..\ mvstque

CANTUS

TENOR

BASSUS

(La valeur des notes est réduite de moitié)

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A la même catégorie que la précédente appartient le sï(a)n6y(<o suivant, dont les paroles sont, toulefois, profanes. Dans ce petit morceau, il est à remarquer que la mélodie du soprano se développe d'une ma-

nière tout à fait indépendante sur les deux autres voix. Celles-ci ne sont qu'un modeste soutien de la voix plus haute et n'ont aucune signification mélodique (ex. : n°7) '.

CANTIS

TENOR

BASSUS

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1. On trouve un Irî-s ^raud nombre de laud't et de cliansonnctles ] Venise, 156!. - Voir aussi Ku^c iia L?vi, Liri a mitica italiana religieuses dans le livre du P. Soralino Haz/i : Libro primo ildle laadi rior-encc, l'JUa. spirituali da dicersi eccel. dïvoti autori anltchi e modei'ni composte... \

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ESCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET niCTIOX.VAlRE DU CO.VSEnVATnmE

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Ce qui a été dit à propos des cliants religieux populaires italiens du x\ « siècle peut être dit en regard des chants profanes de la même époque. Les strambotti, les sonetli, les frottole, les canzonette, IcsvUlanelle, ne sont que des pièces de musique pour une voix seule avec accompagnement de trois autres voix secondaires; et, comme dans les latidi, la partie principale est posée dans la région plus élevée du quatuor vocal; ainsi dans la chanson profane le soprano est toujours chargé de conduire l'ensemble des voix. Cela parait contraire aux lois musicales de l'époque qui voulaient que le guide et le conducteur des voix fussent au centre de l'harmonie, en cette partie qu'on appelait justement ténor. Mais l'instinct musical populaire italien ne pouvait se soumettre à cette loi. En posant la mélodie dominante au milieu du concert vocal, le caractère de la cantilène ne pouvait être marqué avec une suffisante évidence, et la clarté de la composition devait en souffrir nécessairement. Aussi cet usage, qui était adopté par les écoles étrangères, ne pouvait être admis dans les compositions populaires italiennes, et les compositeurs de frottole et de chansonnettes s'empressèrent de confier la partie principale à la voix qui ressortait le plus distinctement de l'ensemble. Le concert vocal employé pour la composition des petites pièces populaires italiennes du xv« siècle se composa donc d'un soprano qui chantait la mélodie dominante, et de deux ou trois autres voix qui soutenaient la première.

Il est encore à remarquer que bien souvent les voix secondaires avaient des passages si peu commodes à être exécutés qu'on arrive à se demander comment on pouvait les chanter justement. Dans ces passages et, généralement, dans tout le développement de leur mélodie, les voix d'accompagnement s'entrelacent, se croisent, se heurtent, descendant des notes les plus élevées de leur gamme aux plus graves sans aucun égard pour l'extension naturelle des voix humaines; et tandis que ïaltus et le ténor dialoguent entre eux, faisant résonner les sons les plus variés de leurs registres, la basse marche par bonds de quarte et de quinte, procédant brusquement au moyen de passages rigides qui sont contraires aux lois du chant et qui n'ont aucune affinité avec la manière de développer le mouvement vocal à cette époque. D'autre part, ces parties accompagnantes n'ont pas toujours une expression mélodique bien marquée ; souvent même elles ne renferment que des notes de remplissage. Le caractère de leur cantilène est donc indécis, leur allure change avec facilité, étant tantôt expressive, tantôt insignifiante; et tandis qu'elles développent leurs contrepoints, le soprano chante avec mollesse, dessinant l'idée musicale principale avec une ampleur

remarquable. Une différence peut, cependant, se noter entre les trois voix d'accompagnement : le ténor a, quelquefois, lui aussi, une partie prédominante; son langage a parfois l'ampleur et la grâce de celui du soprano; mais le privilège dont il jouit ne dure que quelques mesures; bientôt son rôle rentre dans les limites usuelles qui sont celles d'une partie de contrepoint plus ou moins élégamment lleuri.

Les exemples suivants dé-montreront l'exactitude de ce qui est dit. Ils sont tirés d'un manuscrit du xv siècle et de plusieurs petits volumes de musique publiés entre Loto et 1520. Le manuscrit est à la Bibliothèque Nationale de Florence (fonds Panciatichi, n° 27), les volumes sont à la Bibliothèque Marucelliane de Florence. Dans ceux-ci et dans le manuscrit se rencontrent très souvent les mêmes noms d'auteurs; ce sont les noms des musiciens qui jouissaient alors, dans la foule des dilettantes, de la plus grande popularité et qui suivaient le chemin tracé par les compositeurs de baltafe et de madriali du siècle précédent. Ce sont : liarlolomeo Tromboncino et Marchetlo Cara, deux compositeurs d'une valeur véritable et qui furent, peut-être, les plus estimés de leur temps (fin du xv" siècle) en Italie ; et puis : Jacobo Fogliano, Nicolo Pifaro, Atisaiius, Andréa Antico da Monlona, Alessandro Mantoiano. Michael Vicentino, Jean Thomas Majo, Piero da Lodi, Hiuronimo del Lauro, Filippo de Luprano. Leur musique est, comme celle de leurs prédécesseurs, de la petite musique; ils n'ont écrit que de courts morceaux dont le nom varie suivant la forme et le caractère de la poésie ; le développement musical est bref, car la même mélodie se répète à chaque strophe, et presque toujours la strophe n'a que quatre vers. Mais dans ces petits slrambotli et sonelti et frottole quel parfum de gentillesse! La mélodie du soprano s'y détache avec grâce, tandis que ïallus et le ténor, dessillés d'une main légère, enrichissent l'harmonie par de nombreux passages élégants; et, au grave, la basse soutient le poids du concert, marchant d'un pas lourd et donnant i'i l'ensemble une base solide et continue i|ui rappelle assez souvent les mouvements de la basse continue, <lont les écrivains des sièclee xvii et xviii firent si grand usage.

Telle est la petite pièce suivante de Durtolomeo ï'rw«6oHCJ/i() (l'anciaticlii, 27, c. III, v). Le soprano y chante une mélodie très claire <iu"on suit facilement malgré les mouvements un peu abondants de l'altus et du ténor. Ceux-ci, et surtout le premier, se déveloii|ient avec richesse, montant souvent au-dessus du soprano: mais leur cantilène a tout autre caractère que celle de la voix princijiale; aussi cette dernière perce aisément à travers le dessin des parties centrales. La basse n'a aucun sens niélodi(iue et sert seulement de fondement à l'Iiarmonie (v. ex. 8).

Ilisroinii DE LA MUSIQUE

CANTUS

ALTUS

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D'une allure très franche et d'une clarté singu- 'lière est aussi la frottola suivante, qui se trouve dans Je Primo Libro des Canzoni, Sonetli. Slrambotli et Frottûle, à la page 46 '. L'auteur, dont on ne connaît ni la patrie ni la famille, est Nicolo Pifaro S. (Senensis?).

l. Impressutn SaeQÎs Per PeU'Uiu Saniboncllum XcapoUlanum, Anno ■ Incarnalioais Domini MDXV.

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Dans cette petite pièce, la voix du soprano a, comme toujours, la prédominance absolue. Les autres voix sont aussi moins intéressantes et, quoique traitées avec une élégance remarquable, n'ont qu'un rôle secondaire. Le tout est d'une grâce et d'une légèreté exquises, surtout si la frottola est chantée « allegretto )> et « pianissimo » (v. ex. 9).

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