‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 95 sur 297 · III. — Rossiiii à Vicniie, à Paris et ù Londres · texte numérisé non relu

III. — Rossiiii à Vicniie, à Paris et ù Londres

(isaa-iH*J4).

Avant Semirninide, Rossini avait composé une cantate, Lu licoïioscenzii, qu'il lit exécuter pour la soirée à son bénéfice le 17 décembre 1821 au S. Carlo, et un opéra sérieux, Zi'hnirn, que lui avait commandé la direction du tliéitre impérial devienne, maisciui fut représenté pour la première fois, en guise de répétition, au S. Carlo, le soir du 20 décembre 1821, avec un i;rand succès. Cet opéra eut le même succès k Vienne, lorsque, au mois d'avril de l'année suivante, il fut exécuté sous la direction de l'auteur. <c Quels chanteurs! Quelles voLk! » écrivait de Vienne à sa femme le grand philosophe Hegel. — « (iràce, volubilité, vigueui\ sentiment, tout y est. Rubini, Donzelli, Tamburini, Lablache, M"" Fedor! Je n'aurais jamais cru qu'on chantât ainsi sur la terre !... Je comprends bien maintenant pourquoi à Iterliu nous nous montrons si hostiles envers la musique de Uossini : c'est parce qu'elle est faite pour des gosiers ilalieus... Cette musique doit être chantée comme chantent les Italiens, et alors aucune autre ne peut la surpasser. »

Dans Zclmira Rossini s'engagea dans une manière différente de celle de ces premiers ouvrages, manière qui s'accentua davantage dans la Seinirainide et dont iiuillduine Tell sera le résultat. U y omit plusieurs traits caractéristiques de son premier style, tels que, par e.xemple, le crescendo et plusieurs moyens de modulation dont il avait fait usage jusqu'à satiété; tandis que de nouvelles combinaisons d'harmonie ou d'instrumentation, et surtout de nouveaux principes d'expression dramatique, germaient dans sa tète, principes qui prendront plus tard leur complet développement.

L'accueil fait par le peuple et par la cour viennois au grand compositeur fut on ne peut plus enthousiaste. Il était accompagné de la célèbre Colbrand, qu'il avait épousée quelques semaines auparavant. Son voyage de noces parut celui d'un prince du sang au milieu de ses sujets les plus affectionnés et les plus fidèles : des visites de très hauts personnages; des audiences demandées par des artistes, des gens de lettres, des célébrités politiques; de somptueux festins offerts par l'élite de l'aristocratie viennoise, des invitations aux diners de gala chez le prince de .Metternich; des ovations de tout un peuple au théâtre et dans les rues. Kn vain une partie de la presse locale, dirigée par Ch.-M. Weber, jalouse du triomphe d'un Italien, reprochait au public d'oublier un Haydn et un Mozart et de tomber aux pieds de ce corrupteur de l'art. Tous les soirs où l'affiche annonçait la représentation d'un opéra de Rossini, le théâtre se remplissait de spectateurs et retentissait d'applaudissements enthousiastes. « Hier au soir — c'est le même Hegel qui parle — j'entendis le Barbicre pour la troisième fois en peu de jours. 11 faut bien que mon goût soit terriblement dépravé, puisque je trouve ce Figaro de Rossini cent fois préférable à celui de Mozart. »

Pendant son séjour à Vienne, Rossini alla visiter Beethoven. Le récit que fit le Pesarese lui-même de cette visite est intéressant'. Il avait déjà entendu à

1. Le récit est rapporté tidèieraent par Michotte (lu Visite de I{. Watjner à Rossini, Paris, Fischbaclier, 1906, pages -5-33). Schindier, l"un des biograplies de Beethoven, affirme errorjêment que celui-ci refusa de recevoir le jeune compositeur. D'autres (V. par ex. Dauriac, Uossini, l'aris, Laurens [lyOô], p. 55) soutiennent que les deux célè-

iMilan quelques quatuors du grand symphoniste et en avait reçu une profoinle impression. Lorsqu'il eut assisté â Vienne à l'exécution de Vllériiiiiue, il ne put résister au désir très vif de voir ce génie extraordinaire et de lui parler. Carpani, l'auteur connu des llin/ilinc et des llossintiinc,se chargea de faire la présentation. La visite ne fut pas longue, pour celte raison que Reelhoven était alors complètement sourd. Carpani traduisait et écrivait à mesure qu'ils parlaient. Le compositeur allemand félicita Rossini de •<on Biirbierc et lui conseilla de ne plus écrire que des opéras bouffes, parce qu'il était d'avis que les Italiens ne pouvaient se montrer excellents qu'en ce genre. Quand le Pesarese voulut lui exprimer sa propre admiration pour ses ouvrages immortels ri sa propre reconnaissance de lui avoir permis de la lui exprimer de vive voix, le pauvre vieillard répond\i: u Oh! un infelice! » Il lui adressa ensuite quelques questions sur la préparation de la Zclmira. et enfin, après lui avoir souliaité une bonne interprétalion et l'heureux succès de cet opéra, il le salua en lui recommandant surtout de faire beaucoup « du Barbiere ». Rossini, aftligé de l'abandon ou était laissé le très grand artiste, employa tous ses moyens pour pousser la haute société viennoise à soulager cette existence difficile, mais il n'y réussit pas.

Vers la fin de juillet de 1822, Rossini était déjà revenu à Bologne. Pendant qu'il jouissait d'un repos bien mérité dans la villa de Castenaso (sur le territoire de Bologne), propriété de sa femme, il reçut du prince de Metternich l'invitation de se rendre à Vérone, où alors étaient assemblés en congrès les geôliers des peuples européens, qui, entre leurs délibérations liberticidcs, aimaient à être réjouis par les joyeuses mélodies de Rossini. Le maître accepta l'invitation, et composa pour cette occasion quatre cantates : U rero oinaggio, donné dans le théâtre Philharmonique de cette ville, le 3 décembre 1822, L'uu- (jurio f'cllce, Lu Sucra Alleunza et II Bardo, toutes trois exécutées en particulier; en outre, il dirigea le concert offert par I\Ietternich aux plénipotentiaires.

Le succès obtenu par Rossini à Vienne donna envie à d'autres impresarii étrangers d'engager le célèbre compositeur. Celui-ci accepta les propositions que lui fil le directeur du théâtre italien de Londres d'un double engagement, pour lui comme compositeur, et pour sa femme comme ■prima donna; et au mois d'octobre 182.3 il quittait pour la seconde fois l'Italie.

Pour aller à Londres il fallait passer par Paris. Lorsque Rossini arriva dans cette ville, le soir du '.) novembre, tout le Paris dilettante, peuple et noblesse, se mit en mouvement pour lui faire fête-. On donna en son honneur à l'Opéra-Comique une r.;présentation spéciale du Barbiere, à laquelle assista le maître, accueilli avec enthousiasme; un concert dans le palais de la duchesse de Berry, où il se fit applaudir non seulement comme compositeur, mais aussi comme chanteur exquis ; un dîner chez M. Paër, directeur de musique à l'Opéra italien qu'on voulait faire passer pour un adversaire du Pesarese; un somptueux banquet, auquel prirent part cent cinquante persoinies, parmi lesquelles toutes les célébrités artistiques et littéraires alors présentes dans la capitale de la France.

bres maîtres se vii-ent, mais qu'ils ne se parlèrent pas. Cela aussi est faux.

2. Ceux qui désirent connaître d'autres notices détaillées sur ce premier séjour de Rossini à Paris peuvent lire l'intéressant volumo de .M. JullieD.i^an's dilettante (Paris, Firmiu-Didot et C", tSSij, p.67-8G.

ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQfE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIRE

L'accueil que Rossini reçut à Londres ne fut pas moins enthousiaste, autant de la part de la cour que de la population. Selon l'engagement stipulé avec l,i direction de ce théâtre italien, il devait diriger en personne la représentation de quelques-uns de ses vieux opéras et en écrire un nouveau, La fi g lia deW aria, de genre fantastique. Cependant de novembre 1823 à juin 1824 il fit paraître sur la scène // Turin in Italiu, VOtello, la Sfiniramide et La donna del Lagn, composa une cantate, Il pianto délie Muse per tu morte di lord hijron, qui fut exécutée dans un conceiL le 26 juin 1824'; mais à cause de la faillite de Fimpresario du théâtre, déclarée dans les premiers jours de juillet, il laissa à moitié la composition de l'opéra La figlia deW aria, qu'il avait d'ailleurs écrite lenti'ment et à contre-cœur, car le sujet lui était antipathique. 11 retourna à Paris pour prendre le chemin de l'Italie 2.

IV. — Opéras écrîls A Paris [du « Voyage à Reims » à « Gnillannic Tell « (1 8S5-1 8S9)]. Le prétendii silenee rossliiien.

Mais à Paris, le ministre de la maison royale lui offrit la direction de la musique du théâtre Italien, qu'il accepta avec les appointements annuels de 25.000 francs. Avant de s'établir dans la capitale de la France, voulant arranger ses intérêts en Italie, il partit le 22 septembre 1824 pour Bologne. Il séjourna un mois dans cette ville, et le 2 novembre il était de nouveau à Paris pour prendre possession de ses fonctions.

Le premier ouvrage qu'il écrivit à Paris fut une opérette boulle en un acte, // viaggio a Reims a L'albergo del giglio d'oro, qu'on lui commanda à l'occnsion du sacre de Charles X. Exécutée sur la scène du théâtre Italien en présence du roi et de la cour, eu juin 1825^, cet acte, qui dura trois heures et qiie le manque d'action fit paraître encore plus long, fut jugé un peu sévèrement par la critique parisienne. Il contenait pourtant des morceaux d'un travail exquis, que l'auteur inséra ensuite dans Le Comte Onj. On loua surtout un morceau d'ensemble à quatorze parties réelles. « On ne peut rien imaginer — écrivait l'Etoile — de plus majestueux que cette masse d'harmonie qui procède sans bruit et avec une clarté admirable. »

Après quelques représentations, Rossini retira la partition.

La réussite de ce premier ouvrage fut cependant salutaire pour lui; il comprit qu'il avait affaire à un public très différent du public italien et s'apprèla à transformer son stj'le. Cela ne put naturellement s'effectuer que par degrés, et après une certaine préparation, à laquelle ne tut pas étrangère l'audition des symphonies de lieethoven et des opéras de Spontini et de Weber, qu'il n'avait pas entendus jusqu'alors. Ainsi, avant de commencer un nouvel opéra,

1. Cantate pour ténor et cIiLBur avec accornpaf^'nement crorchestre.

2. Il ne séjourna donc pas cviq muis à Londres, comme l'écrivent tous les biographes, mais davantage.

3. L'exécution fut parfaite. Y ciianlferent la Pasta, la Mombelli, la Schiasselti, la Cintiet l'Amigo; Donzelli, liordogni, Zucchelli, Levasseur, Pellegrini, Graziani.

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