i" volume des lettres de Schumanu
11. Chopin, a Nolianl, s'anntsail a tirer a plomb sur du papier à musique, puis il ajoutait des queues aux trous criblant les portées... de fusil. Je liens l'anecdote d'Kdouard Cadul, a qui George Sand l'avait racontée.
— à de la musique à programme! Il n'en est rien cependant. .Scliumann nous apprend lui-même"' que jamais, dans son œuvre instruni>ntale, il ne mettait les paroles ou les scènes en musique : c'était la musique qu'il mettait en paroles. Autrement dit, il ne lui donnait de titres ou de sens précis qu'après coup, après avoir obéi à une logique impérieuse et secrète, à lui particulière, qui lui faisait classer, avec une science consommée du contraste et de l'antithèse, ses thèmes, lumineux et serrés comme des aphorismes, vifs comme des épigrammes, suggestifs comme des peintures. Ajoutons que plusieurs des compositions de Schuniann, notamment ce Varnaval, étaient construites sur des acrostiches. Ce jeu avait déjà souri à Bach, prenant comme sujet de fugue les lettres de son nom. Qu'importe au génie de puiser des notes au hasard, comme des boules de loto"? A peine transcrites sur le papier, elles prennent d'éloquentes iullexions, un tour qui nous subjugue'-. Quoi qu'il en soit, ces ingénieuses analogies de thèmes et certains rappels de motifs contribuent certainement à donner au langage de Schumann une unité plus vivante que celle qui rampe dans tant de froides et scolasliques sonates de l'école allemande.
Aux diverses époques de sa vie, Scliumann revient à ce genre de fantaisies dont il fut le génial inventeur. Ses Inlennt'zzi'^, ses Fantasiesti'wkc''', sesûai'îdsbùtullcr''^, l'Acdies'/us"^, la BlumenslUrk", etc., sont généralement des morceaux pleins de fragments d'un assemblage imprévu, comme la mosaïque chan^ieante et colorée d'un kaléidoscope. Kt quelle diversité de sentiment s'y exprime! Dans l'admirable Pièce /kiirie un motif tendre et pressant reparait sans cesse avec l'insistance d'un personnage vaiiant ses supplications pour toucher notre cœur. La première Novcllcttc semble peindre les joyeux vouloirs et les espérances incertaines... L'Arabesque fait un heureux usage des arpèges brisés aux deux mains que Mendeissohii avait employés dans sa première romance sans paroles. Nulle part autant que dans cette pièce on ne s'avise aussi clairement de l'aflinité subtile, métaphysique, unissant des motifs en appaience étrangers.
Le Cttrnavaldt: Vienne", \)\e\n de vie et de couleur, se voit troublé par la malicieuse intrusion de la M.\n- SEiLL.MSE, que le gouvernement autrichien avait prohibée comme séditieuse... Et les Kindergrcncn! Qui ne connaît ces célèbres pièces pour les enfants? En les écoulant ne nous sentons-nous pas ramenés tout à coup en arrière, dans la maison familiale, au temps où les événements les plus futiles inquiétaient ou captivaient nos âmes tendres ''■"?...
A ci^ité de ces croquis, quelles interprétations de la nature! Dans la première des jSnrhtitiicke-" nous percevons des pas fuitifs, des feuillages qui bougent
1-. Le carnaval est construit sur les 4 notes la, niï'[?, rfo, si ;. c'est. àdire A, S, C. H, qui sont le nom d'un village et reproduisent i-n même temps les principiles lettres du nom de Scliumann. Voyez aussi les Variations sur ABEGG, le Kinder album : pièce sur Gade, les fugues sur le nom de Bach, le canon an AUxis, etc.