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Tu es le repos

ESCyr.LOPÉniE de la MVSIQUE et DICTJOXXAIHE DU COSSEllVATOIRE

reux est excellente et produirait le meilleur elTet si Schumaiin avait eu le moindre souci de registre!pour deux voix déterminées; mais son génie ne se prête jamais à ces considérations pratiques ; il s'émancipa trop souvent da joug des tessitures, et cela explique un peu les lenteurs avec lesquelles une minorité intellectuelle conquit une popularité à ses lieder, qui n'avaient pas accès — il y a peu d'années encore — chez les professeurs de chant les mieux patentés.

Le romantisme sylvestre de KichemlorfT est parliculièrement cher à la muse de Schumann. La suite qui commence parle génial In der Freinde^ n'a sans doute pas été, plus que Llebesfriihling', écrite en vue d'une exécution successive et intégrale de ses douze numéros. Cependant elle est haignée d'un bout à l'autre d'une atmosphère identique. Une âme y évolue aux deux pôles de la joie et de la douleur à travers une irisation de nuances romantiques. Aux solitudes boisées où chasse la Loreley, parmi la hantise des cors farouches, dans les jardins exotiques et pâles de lune, les ruines médiévales, les vallons où passent des cavaliers fanlasiiques sur la rougeur du crépuscule, nous ressentons pêle-mêle des tristesses d'exil, de mystérieuses terreurs, des fascinations du souvenir, des frissons de légendes ou des pressentiments de bonheur indéfini. La frêle obsession de l'amour se mêle à ces impressions composites; et quand par trois fois' nous nous retrouvons parmi les confuses clartés nocturnes, il semble que nous perdions tout contact avec le pondérable pour nous volatiliserdans l'âme de la nature.

La conscience de la solidarité, de l'affinité universelle des êtres et des choses, reste au fond de la pensée de Schumann, angélise ses accents, religiose ses accords. Il ne peut rien imaginer qui ne se dénoue dans la sympathie ou le pardon. Il invente la rédemption de Manired et commente celle de Faust; il nous montre le rachat de la Péri, la purification de Geneviève et la métempsycose de la rose. C'est encore le même sentiment qui se fait Jour dans les deux célèbres cycles mélodiques' intitulés ïniaenliehe und Leben'' et Dichti'iiiebe'^.

Le premier est la pénétrante analyse d'un caractère féminin aux prises avec les fortes émotions des accordailles, de la maternité, du veuvage : toute sa destinée d'amour. Le poème un peu bourgeois de Chamisso prend de la grandeur sous les sonorités discrètes ou fastueuses qui l'embellissent, et surtout qui soulignent et développent ses meilleures intentions''.

Avec Dichterliebe le ton se diversifie et s'élève encore. Les poésies choisies par le musicien dans l'Intermezzo de Heine, et assemblées selon un ordre délibéré, construisent un véritable drame subjectif qui nous fait assister à la délivrance d'une âme mascu-

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