Amour de poète
7. X'oyez, a l.i conclusion du cycle, l'éloquent rappel du motif initial. J'ai choisi à dessein le titre Destinée d'amour pour la traduction que j'ai publiée de ce recueil.
8. J'ai tenté d'en donner l'interprétation dans le W tome de mou Edition mithodique et critique du lied de Schumann.
line déçue et torturée par l'amour. Ici l'art du commentaire est à son comble. Il suffit, pour s'en rendre compte, d'examiner les épilogues symphoniques des mélodies XII et XVI où surgit, avec une signification parallèle, le même thème rédempteur^ Ainsi Schumann imagine, pour nombre de ses lieder, des continuations instrumentales qui prolongent nos vilirations émotives après que le chanteur s'est tu. Telle est sa transfiguration des textes qu'il emploie : au lieu d'en donner totijours une expression plastique et souple, comme l'avait fait Schubert, il ciée de toutes pièces une poésie sonore, une force idéale et jumelle qui plane de conserve avec la poésie du verbe et souvent la dépasse.
Un autre procédé caractéristique du génie inventif de Schumann est le choix symbolique d'une image, la plus nette, celle qui se dégage le mieux du texte, pour calquer sur elle le rythme, le dessin général de sa musique, et façonner ainsi une merveilleuse ressemblance de visage à travers laquelle se lit la plus subtile parenté intellectuelle. Rappelez-vous, à l'appui de mon dire, le balancement intermittent des bras feuillus du noyer, le lluide glissement des ondes autour du lotus, le cinglant assaut des rafales dans la Joi'' de la nuit de tnnpète'', l'enroulement limpide de la mélodie de l'anneau dans Fraucnlùhe, les gothiques surplombs de ha Rhein, in schonen Strome^"... Les exemples sont légion.
On le voit, tous les traits du lied contemporain se trouvent, non pas en germe, mais sûrement épanouis dans celui de Schumann. Il a créé la mentalité moderne du Lied, tel que nous le comprenons, avec sa possibilité de concentrer dans un chant bref tout un raacrocosme d'émotions, de visions et de sentiments. Et il n'a pas été dépassé. Chaque fois qu'un épigone téméraire se hasarde sur le même terrain poétique que Schumann, il court grand risque d'être anéanti par la plus élémentaire comparaison".
Du milieu du siècle dernier le lied de Schumann se lève et délie encore les âges à venir. Cela n'est pas seulement dû au raffinement intellectuel, à la merveilleuse qualité d'âme et d'oreille du compositeur de Stillc Thrancn'-, mais à ce fait qu'il plonge par de fortes racines dans le fécond humus, le plantureux teri-oir de sa race, et cela doime à son lied — même à toute sa musique — une sorte de ferveur liturgique'-', qui nous impose le recueillement, comme si nous sentions soudain bruire sur nos têtes les ramures d'une antique forêt.
La tournure particulière au Volksthiimliches Lied apparaît fréquemment dans la mélodie de Schumann. Tantôt il l'expose brièvement", tantôt il létale dans certaines ballades'-. Cette dernière forme lui a dicté quelques heureuses inspirations, dont la plus connue est son émouvant tableau des DeuxOrcnadiefs"^ ; mais il faut donner eu général la préséance aux liederplus courts, d'une oiiginalité plus saisissante.
ît. Lust des Sturmnaclit,
lu. Dans le Rhin, le beau fleuve (Dicliterliche, n" Ij).
11. Voyez, par exemple, les mômes textes traités par Liszt, Franz, Brahms, WoltV. Jensen, e tutti quruiti.