C. La flûte double à tuyaux parallèles
D. La Ilùte double à tuyaux formant un angle.
De ces quatre espèces, les trois premières sont d'origine égyptienne et ont été en usage dès les temps les plus reculés; la quatrième espèce a été introduite de l'Asie au commencement du Nouvel Empire.
A. La flûte proprement dite. — La flûte proprement dite, c'est-à-dire sans sifflet ni anche, différait de la flûte dont nous nous servons de nos jours. Au lieu d'être bouchée à une extrémité et d'être percée d'une ouverture latérale servant à y insuffler l'air, elle se composait d'un simple tube ouvert aux deux bouts. Pour en tirer des sons, le flûtiste devait appliquer le bord d'une extrémité contre ses lèvres et souffler obliquement, en dedans, vers la paroi opposée. Le courant d'air, brisé par le rebord de l'instrument et renvoyé d'incidence en réflexion, mettait ainsi tout le tuyau sonore en vibration. Les Arabes d'Egypte ont encore la même flûte, à laquelle ils donnent le nom de naî. Les anciens Égyptiens lui donnaient le
nom de|' j^ J ' ' — saïbil. Il est fort vraisemblable, a priori, que cet instrument, étant le plus simple de tous, fut le plus anciennement connu sur les bords du Nil.
Et, en effet, la plus ancienne représentation que l'on connaisse de cette flûte date du début de l'Époque archaïque. Elle se présente même à nous dans des conditions telles, que l'on s'est demandé longtemps ce qu'il en fallait penser.
Sur une palette de schiste découverte à Hiérakônpolis en Haute-Egypte, sont représentés un certain nombre d'animaux (fig. 38). Au milieu d'eux, à côté
1. Voir plusieurs représentations du tabt égyptien moderne dans J. GARonen Wilkinson, op. cil., t. I, p. 452, fig. 221.
2. Cf. V. LoRET, les Flûtes éyyptiennes antiques, Paris, Impr. Nat.,
Fig. 38. — La plus ancienne représentation de la flùle'.
d'un taureau sauvage, d'un bouquetin et d'une girafe, se tient un renard qui joue de la flûte. On a considéré cette représentation comme une fantaisie d'artiste, comme une scène d'ordre symbolique, ou magique, jusqu'au jour où M. J. Paris, examinant de près la question, s'est avisé de remarquer que le prétendu renard avait une bien singulière conformation anatomique. Ses pattes, au lieu de se ployer avec l'articulation en arrière, comme celles de tous les quadrupèdes, étaient figurées avec les articulations ployées en avant, comme celles de l'homme. Là où l'on se serait attendu à trouver des jarrets, on cons-
1890, 73 p. (extr. du Journal asiatique, huitième série t. XIV, p. 111- 14i et 107-237).
3. Fig. 3S = J.-E. QciBEn, and F. W. Gbeen, Bierakonpolis, t. Il, LondoD, 1902, pi. xxviii.
HISTOIRE DE LA MUSIQVE
EGYPTE is
tatait la présence de genoux. D'aulie part, ce renard»! portait une ceinture! 1
Se souvenant que plusieurs auteurs classiques nous racontent que certains peu[iles africains, pour attirer les animaux à la chasse, se servent d'instrunienls de musique qui ont le don d'éveiller la curiosité des animaux sauvaires et de les faire s'approcher peu à peu de l'endroit d'où partent les sons mélodieux, M. J. Paris en conclut que, sur la palette d'HiérakOinpolis, il s'a^'it tout simplement d'une scène de chasse et que le soi-disant renard lliltiste n'est en réalité qu'un enfant revêtu d'une peau de renard. Les chasseurs africains, ajoutent les mêmes auteurs classiques, ont en effet l'habitude de sedéi,'uiser en animaux afin de ne pas effaroucher par leur vue le eihier convoité'.
L'explication est heureuse et iniiénieuse, et il est assez piquant de constater que la llùte apparaît pour la première fois dans l'histoire (4000 ans avant notre ère) comme instrument de chasse.
La flilte ordinaire est très fréquemment représentée sur les monuments égyptiens, surtout sous l'Ancien et le Moyen Empire. Ce sont presque toujours
Fiù. 39. — La flûte simplet
des hommes qui la jouent (fig. 39). Elle sert, souvent de concert avec la harpe, à accompagner des chants et des danses.
B. La flûte à anche double. — Cette llùte ne nous est pas encore connue par un document aussi archaïque que celui qui nous a révélé le plus ancien exemple de l'emploi de la flûte proprement dite. .Néanmoins, on la trouve figurée dés les premiers temps de l'Ancien Empire.
La flûte à anch' '
La flûte à anche double, répondant à notre hautbois, se composait d'un étroit tuyau de roseau dans une extrémité duquel on insérait un fragment de chaume de graminée en partie fendu dans le sens de la longueur. L'exécutant introduisait et pressait plus ou moins l'embouchure entre ses lèvres et, en souf-
1. J. Paris. Sur un emploi delà flûte comme engin de chasse à l'époque thinite (dans la Bévue érjyptoloqique, Paris, t. XII, 1907. p. 1-4).
2. Dutait d'un bas-relief d'Ancien Empire. Musée du Caire, n* d'entrée 28504 : E. Grébaot, le Musée égyptien, in-fol., t. I, Caire, 1S90-U'00.
pi. XXVI.
fiant, faisait vibrer les deux languettes lune contre l'autre. Pour obtenir adhérence complète entre l'embouchure de jiaille et le tube de roseau, en entourait la |iaille d'un enroulement de fil enduit de poix. Ce hautbois, auquel les Arabes donnent le nom de
zamr, portait, en ancien égyptien, le nom de / jK
,,^ mait.
On le trouve représenté presque aussi souvent que la flûte saihil, avec laquelle, même, il concerte quelquefois. Comme cette dernière, il servait à accompagner les danses et les chants (fig. 40 .
G. La flûte double à tuyaux parallèles. — La flûte double à tuyaux parallèles se composait de deux tubes de roseau étroitement attachés l'un à l'autre sur toute leur longueur. Chacun des tubes était muni de son embouchure propre. Comme il eût été impossible de souiller à la fois dans deux embouchures à anche double, les Egyptiens se servaient, pour cet instrument, d'anches simples ou anches battantes. La double flûte égyptienne était donc, en réalité, un clarinette double.
Pour chacun des deux tuyaux, l'embouchure était formée d'une étroite tiiie de roseau, loncue de 4 à 5 centimètres, dont une extrémité était formée par la cloison naturelle d'un nœud de la plante; l'extrémité ouverte s'insérait dans l'instrument. Uiï^ languette — longue de 2 à 3 centimètres, large de 2 à 3 millimètres — était découpée dans l'épaisseur du roseau formant embouchure et soigneusement élimée, afin qu'elle fût plus souple. Les deux embouchures étaient liées ensemble, étroitement soudées au moyen d'asphalte ou de poix, de sorte qu'elles formaient un tout bien homogène, dont les Égyptiens se servaient comme nos clarinettistes se servent du bec de leur clarinette.
J'avais pensé tout d'abord que cette flûte double portait un nom spécial, ûsi, et que ses deux tuyaux témoignaient d'une science harmonique avancée, puisqu'ils permettaient de jouer deux notes différentes à la fois. En réalité, je crois qu'il faut en rabattre. D'abord, le nom àsi se trouve, après mûr examen, désigner une espèce de plante, appartenant à la même famille que le Papyrus, et non pas un instrumentdemusique.
D'autre part, j'ai rencontré le nom de la flûte double à tuyaux parallèles inscrit au-dessus d'un personnage représenté en train de jouer de cet instrument ^fig. 41). Or, il se trouve que ce nom,
5^ I, maït, est le même que celui de la flûte simple à anche double, et l'on peut observer que le signe qui détermine le mot est très nettement la reproduction d'une flûte à deux tuyaux attachés ensemble. D'où l'on a presque le droit de conclure, a priori, que, pour les Égyptiens, cette flûte était la réunion de
Jikk"
■ La flûte double*.
3. Détail d'un bas-relief de Gizéh (IV* dynastie) : J. Gardseb WilkissoN, op. cit., t. 1. p. 437, fig. ii09.