La flnte double asLalique
tre parallèles et attachés l'un à l'autre, ces tuyaux étaient séparés et formaient un angle plus ou moins ouvert, dont le sommet était muni de la même embouchure à double anche battante qui servait à l'antique malt double. En elîet, bien qu'on n'ait encore retrouvé dans les tombeaux aucun spécimen d'embouchure de cette flûte asiatique, il estprésumable que cette embouchure ne devait se distinguer de celle de la flûtt mail parallèle que par l'écartement en angle aigu des deux fragments de roseau qui la composaient.
Dans la mail double , il pouvait y avoir jusqu'à dix trous, car il est facile, lorsque deux tuyaux assez étroits sontcontit'us sur toute leur longueur, de boucher avec un seul doigt deux trous correspondants Dans la double flûte asiatique, dont les tuyaux étaient séparés, il ne pouvait évidemment y avoir qu'un maximum de cinq trous par tuyau. Ces cinq trous étaient-ils percés exactement à la même place sur chacune des deux flûtes? Dans ce cas, l'instrument importé d'Asie était bien moins riche en notes que la vieille malt double égyptienne. Les Irous étaientils disposés de façon différente sur chacun des deux tuyaux? Alors l'instrument asiatique pouvait avoir le même nombre de notes que la double llùte égyptienne (et même une note de plusi, mais la sonorité en était moins forte et moins mordante.
Comme on n'a trouvé jusqu'ici aucune flûte double asiatique dans les tombeaux, il est diflicile de résoudre le problème. Et pourtant, en observant la position des mains sur les représentations de joueuses de double flûte à tuyaux en angle, on peut remarquer que, la plupart du temps, les deux mains ne sont pas placées à la même distance de l'embouchure; l'une est plus près des lèvres, l'autre est plus loin. Il est évident que, dans ce cas, les deux flûtes ne peuvent pas donner la même note, et l'on s'expliquerait alors, par la possibilité de jouer à la fois deux parties différentes sur un seul instrument, la grande vogue de la flûte asiatique à partir du .Nouvel Empire.
Mais la question est extrêmement grave, car il s'agit là de l'origine de la musique polyphonique, et, — n'osant me porter garant de l'exactitude que les peintres égyptiens ont pu donner dans ce cas à la position des mains sur les flûtes, — je dois me contenter d'attirer pour le moment l'attention sur l'importance du sujet et sur les moyens dont nous pouvons disposer pour en aborder l'étude.
La double flûte asiatique est jouée, non plus par des hommes, comme les trois autres flûles, mais par des femmes. Ce n'est pas alTaire d instrument spécial, mais bien question d'époque et de mode. La même remarque doit, en effet, s'appliquera tous les autres instruments, les instruments militaires mis à part. A partir de la WIII" dynastie, ce ne sont plus les
1. Peinlure dune tombe de Thèbcs (XVIIl» dvoaslie) : J. G«lto»ER WiLKjNso.N, op. cit., l. l, p. 440. fig. 213.
HISTOIRE DE LA MUSIQUE
luiiiiines qui jouent de la musique, inuis presque exclusivement les femmes. Ou ne voit, sur les basreliefs théliaius du Nouvel lînipire, que scènes gracieuses où des femmes, coquettement pannes de l'éléj-aat costume des contemporaines d'Aménopliis et de llamsùs, chantent, dansent et jouent de divers iiistrumeuls. Adieu les graves concerts et les danses mesurées d'autrefois. La musique s'est faite elTéminée et quelque peu perverse. L'Asie a déteint sur l'Kgypte ; on est tout à la joie de vivre à la veille des terribles désolations qui vont suivre de si près la mort du dernier des Uamsès.
2. Les flûtes conservées dans les musées. — Nous arrivons maintenant à la parlie la |ilus austère, mais cerfainement la plus pratiquement intéressante du sujet. Si l'on ne pouvait pailer des liâtes ésyptiennes que d'après les représentations, notre élude s'arrêterait ici et se bornerait en somme à bien peu de choses. Mais, heureusement, on a trouvé dans les tombes un grand nombre de llùtes, dont la plupart sont admirablement conservées, et j'ai pu, à force de patience, et surtout grâce à l'extrême amabilité qu'ont bien voulu mettre les savants conservateurs des diverses collections égyptiennes d'Europe à répondre à mes nombreuses questions, dresser la liste détaillée de toutes ces llùtes.
Je donne au complet la liste de ces flûtes, numérotées par ordre décroissant, c'est-à-dire en commençant par la plus loni;ue et en finissant par la plus aigué. Cette liste est un peu aride, j'en conviens, et bien hérissée de chiffres. .Mais que l'on songe que ces chiffres sont des notes, que, grâce à eux, un acouslicien, même sans voir les instruments, pourrait, par le calcul, en dresser à un comma près les échelles musicales, que d'autres pourraient, comme je l'ai fait, reproduire ces llùtes en fac-similé et les étudier à loisir au point de vue de l'exécution et de la sonorité, et l'on comprendra toute l'importance du moindre détail que j'ai noté.
Je désigne sous le nom A'emhouchure , bien que cette partie ne soit pas toujours nécessairement l'embouchure, l'extrémité de la flûte qui se trouve la plus éloisnée de la série des trous, et je nomme extrémité la partie opposée de l'instrument.
J'énumère les trous en considérant comme le premier celui qui se trouve le [dus éloigné de l'embouchure; les autres se rapprochent de plus en plus de l'embouchure.
Les distances sont mesurées entre les trous et l'embouchure, et prises au bord de ces trous qui est le [dus rapproché de l'embouchure.
Enfin, lorsque les diamètres, soit des tuyaux, soit des trous, ne sont pas les mêmes dans les deux sens, c'est-à-dire lorsque les tuyaux ne sont pas absolument cylindriques ou que les trous ne sont pas exactement circulaires, j'indique deux diamètres perpendiculaires. Le plus grand diamètre, pour les tuyaux, passe parle centre des trous; pour les trous, le plus grand diamètre est parallèle à l'axe de la flûte.
1. A. -M. MiGLiARiNi, /«rficafion succincte des monuments égyptiens du musée de FLorencej p. 56 : « Roseau avec des trous, pour en produire une flûte, n
i. Arundo Donax L., d'après l'inventaire manuscrit du musée.
3. i. RosELLiNi, Brève notizia degli oggetti di antichitâ egiziane ripurtati delta spedizioue toscana, p. 26, n» 15 : « Un piUero di cauna. »
4. Les flûtes du Louvre sont rangées dans l'armoire H de la Salie civile. Deux d'entre elles ont été découvertes dans un étui : a L'étui a flûte est un objet extrêmement rare; il est garni de deux flûtes en roseau; sa peinture montre la musicienne jouant des deux flûtes â la
Ainsi, « 0° trou, diam. 0,007o sur 0,0065; distance, 0,bOo », indique que le cinquième trou — le cinquième en partant de l'extrémité op|iosée à l'embouchure — est à 0"',bOD de cette embouchure, et qu'il a un diamètre de 0",007.ï dans le sens de l'axe de l'instrument, et un diamètre de 0"',006.'> dans le sens transversal.
1. Florence, n» 2688'. — Roseau rougeàtre^. Cinq trous. Long.,0">,69.'3. Diam. emb.,0'",017 sur 0™, 0163; diam. extr., 0",0183 surO"',Ulo8.
1er trou, diam., 0",006 sur 0,000; dislance, 0™,655. 2° — — 0™.007 sur 0,007; — 0°>,01. 30 0m,00S3 sur O.OOS; — 0n>..=>67. 4" — — Om,OOS sur 0,0075; — 0°',5.'!8. 5" — — Om, 0073 sur 0,0003; — 0™,305.
A chaque extrémité de l'instrument est enroulée fortement une étroite bandelette fixée par de la poix. Cette llûte a été rapportée d'Egypte par I. Uosellini'.
2. Louvre, inv. 1463; n" 597''. — Roseau. Quatre trous. LonL'., 0'°,6j9. Diam. emb., 0"',01b; diam. extr., 0'n,U18.
lo^trou, diam., 0,005; dislance 0,512.
Cette llùte, faite en un roseau dont les nœuds sont bien plus rapprochés que dans les autres instruments, — sept nœuds dans toute la lonû'ueur, — est brisée en partie entre le premier et le second trou.
3. TcKiN', 11° 1 =. — Roseau. Trois trous. Long., 0",o95. Diam., 0°>,01.
1" Irou, diam., 0,005 ; dislance, 0,522. 2° — — 0,001; — 0,4S2.
4. Turin, n° 2. — Roseau. Trois trous. Long., 0™,a8. Diam., O^-jOl.
1er [rou, diam., 0.000; dislance, 0,513. 2= — — — — 0.477.
5. TuRi.N, n» 3. — Roseau. Trois trous. Long., 0™,35. ' Diam. emb., 0°»,008; diam. extr. écrasé.
1er trou, diam., 0,006; dislance 0,487.
L'instrument est écrasé à l'endroit des trous, et une bande de roseau manque entre le premier et le troisième trou. Ces trous sont néanmoins reconnaissablés. Près de l'embouchure est enroulé un til de papyrus.
6. TuRi.\,n°4. — Roseau. Trois trous. Long., O^.SSS. Diam., 0°>,008.
1=' trou, diam., 0.005; dislance, 0,479. 2e — — — — 0,44.
fois. » (E. deRocgé, Notice sommaire des monuments égyptiens exposés dans les galeries du musée du Louvre, p. 87.) Il existe aujourd'hui, au .Musée du Louvre, douze flûtes, dont trois cassées. Du temps de Cbampotlion, le musée u'lu possédait qu'une seule : >< M. -'.t. — Roseau percé en forme de flûte. » (F. Champollion, JSotice descriptive des monumens éfjyptiens du Musée Charles X, p. 99.) Cf. A. Ls.xom, Examen des nouvelles salles du Louvre^ Paris, 18i8. p. 142.
5. P.-C. OftCcaTi, Catalogo iltustrato dei monumenti egîzii del R. Museo di Torino, Sale ai guarto piano, p. 170 : » Dodici flaulini. Sclte lianno Ire fori ; due ne haono quattro, due altri sei. ed uno olto. »
IS
Une pallie du roseau manque entre le second et le troisième trou. Vers le milieu de l'instrument est enroulé un fil de papyrus.
7. LofVRE, N. 1447. — Roseau roueeâtre. Trois trous. Long., O^joSS. Diam. emb., 0",Û06; diam. extr., 0">,005.
1" trou, diam., 0,007 ; distance, 0,47. 2e — — 0,006; — 0,433. 3e 0,008; — 0,393.
Cette flûte a été brisée par places et réparée au moyen de fils enduits de pois.
8. Loi'vRE, sans numéro. — Roseau rouçeâfre. Trois trous. Long., 0°>,b27. Diam. emb., 0°',009; diam. extr., O^jOOS.
l" trou, diam., 0.007; dislance, 0,472.
Deux nœuds se trouvent compris dans la longueur du roseau, l'un entre l'embouchure et les trous, l'autre à l'extrémité. Autour de ces nœuds sont enroulés des fils enduits de poix.
9. TrniN, n" 5. — Roseau. Quatre trous. Long., 0''',d2. Diam., O^.OOG.
l" Irou, diam., 0,004; distance, 0,465.
Cette flûte, prise à l'extrémité de la tige du roseau, forme une courbe assez prononcée.
10. Turin, n° 6. — Roseau. Trois trous. Long,, 0™,oi8. Diam. emb., 0",007; diam. extr. écrasé.
l" trou, diam., 0,0045; distance, 0,47.
Ce roseau est courbé en plusieurs sens. Il s'est fendu et a été raccommodé au moyen de papyrus à l'embouchure et vers les trous.
H. Turin, n" 7. — Roseau. Trois trous. Long., 0'>',48. Diam., 0,007.
1er irou, diam., 0,005; distance, 0,427. 2e — — — — 0,396.
12. TuniN, Q" 8. — Roseau. Quatre trous. Long., û°',4o. Diam. emb., 0°',00o; diam. extr., 0'°,004.
1er irou, diam., 0,004; distance, 0,401.
13. British Muséum, n" 638,t'. — Roseau rouge. Quatre trous. Long., 0°,4i. Diam, emb., 0™,014; diam. extr., 0°',017.
1. . N» 6385. Pari of a wooden flule, seba. i. ([S. Birch,] St/nopsis of tlie contents of Ihe Brithh ilusnim, Deparlmenl of oriental antiquities : firsl nnd second Ef/ijptiau rooms, p. 51.)
S. Le Musée de Leyde possède sept flûtes, dont une cassée. Elles ont été découvertes dans un étui a finies qui renfermait on oulre cinq roseaui non percés et trois fragments de paille (C. Leemans, Description raisonne'e des monumens èijypti,-ns du Musée d'antiquités des Pays- Bas, à Leide, p. 132). Ce catalogue indique, sous !e n' I. 491, une petite flûte octogone à cinq trous, .en. serpentine. M. W. Plcyte ma
1er trou, diam., 0,006; distance, 0,397. 2» — — 0,006; — 0.302.