CHAPITRE VI
La danse- Le rhythme ne règle pas seulement l'élément sonore; car, ainsi que le dit l'auteur chinois', » la musique par rapport à l'oreille est son, par rapport à l'œil est alti-
tude ». Quand donc nous employons le mot musique dans le sens vulgaire, nous négligeons une partie essentielle du concept chinois; c'est ce qui ressort des passages suivants. » La poésie exprime l'idée; léchant
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ËXCrCLOPÉDIE DE LA MI'SIQLE ET DICTIOSSAIRE DV CONSEnVATOIIiE
module les sons; la danse anime les altitudes; ces trois termes ont leur principe dans le cœur de l'homme, et c'est plus taid que les instruments de musique leur prêtent secours'. » « Tous degrés musicaux ou notes ont leur origine dans le cceur de l'homme. Les émotions du co'ur humain, ce sont les ohjets qui les font être ce qu'elles sont; lorsque [le cœur] affecté par les objets est ému, il donne une forme [à son émotion] par les sons. Les sons en se répondant les uns aux autres produisent des modulations (changements); les modulations réalisant une règle, c'est ce qu'on appelle les degrés (notes). Les notes étant agencées de manière à réjouir, et si l'on y ajoute les boucliers, les haches, les plumes, les queues de yak-, c'est ce qu'on appelle yb, musique orchestique. » « Or musique est joie : c'est ce que la nature humaine ne peut éviter^. Celui qui est joyeux l'exprime par les sons et les notes, le manifeste par les gestes et les attitudes : telle est la règle constante de l'homme. Les sons et les notes, les gestes et les attitudes, en cela s'épuise [l'expression] des changements qui surviennent dans les dispositions naturelles. L'homme donc ne peut s'abstenir dejoie, la joie ne peut rester sans expression extérieure; si elle se manifeste sans règle, le désordre est inévitable. Les anciens rois, détestant le désordre, ont fixé les sons des J'ù et des Soiuj pour donner une règle. Ils ont fait que les sons suflisenl à réjouir sans être licencieux ; ils ont l'ait que les paroles suffisent à régler [la société] sans mettre obstacle [à l'activité] ; ils ont fait que les strophes et les divisions [des chants], que l'abondance ou la simplicité [du style], que la discrétion ou la plénitude ;^des sons], que l'exécution rhythmée du chœur] suflisentà émouvoir dans l'homme seulement le meilleur de son cœur; ils n'ont pas permis que le relâchement du cœur, la perversité de l'inspiration soient admis. Ainsi les anciens rois ont fixé les principes de la musique''. » « Ainsi quand on entend les sons des Yà et des Sùng, les volontés et les pensées s'élargissent; quand on tient les boucliers et les haches, quand on apprend à baisser et lever [la tète], à courber et redresser Ile corps], le maintien devient digne; quand on va aux places marquées [pour les figurants], quand on s'accoi'de avec l'exécution rhythmée, les rangs sont correctement gardés, les mouvements en avant, en arriére sont bien composés. La musique est en effet la norme du Ciel et de la Terre, le principe de l'équilibre et de l'harmonie; les sentiments humains ne sauraient échapper à son intluence''. >>
Ainsi, pour agir sur l'homme moral, la musique
1 . N» s, J'ù Ai. — .N° 13. tome II, p. 79. — N" 34, lir. 24, f. 25 ï°. — N'° 3S, tome III, p. 266. Je clinisis ici la leçon du Yo ki, qui me semble parfaitement logique et pUis conforme à un autre texte que voici (N° 8, To ki. — NMd, tome II, p. 113. — .N"34,liv.24, If. 36 v",37 r". — .N" 33, tome III, p. 286) ; « Le chant consisle en paroles, c'est-à-dire en paroles prolongées. Ouand l'homme éprouve de la joie, il Icxprime par la parole ; la parole ne suflisant pas. il prolonge la parole ; la prolongation de la l)aroIe no suflisant pas, il y ajoute un clireur; le chœur ne suffisant pas, inconsciemmeut les niarns fout des gestes, les pieds frappent le sol. » Le mot tln'ni, soupirer, doit s'expliquer ici d'aprt.'S une opposition dont on trouve des exemples ; Ichhùng. entonner uu chant, thàn, i-épondrc en chœur. On remarquera que n" 15, tome II, p. 79. suit textuellement Choii kînij, n" 14, p. 29, y<Jn(j, chanter, moduler, répondant seulemenl hyôny, prolonger ([). 121 et p. 1 24, note 3) ; t'i ki, n° 13, tome II, p. 113 emploie au contraire tcltJulug, prolonger, qui est s\nonyme de^on^.
2. N° 8, l'ii ki. — N» 1 3, lome 1 1, p. 45. — .\» 34, liv. 24, "f. 3 v°. — N° 35, tome m, p. 238. On trouve aiusi dès l'antiquité les mêmes instruments tenus par les danseurs cl les mêmes mouvements exécutés en chœur. — Comparer n° S l'ii ki.\— y,' 13, tome II, p. 39. — X» 34, liv. 24, f. 1 1 r". — N*" 33, tome H I, p. -l-'ii' : i, Aiusi les cloches 1 etc. et les tambours 44 etc., les chalumeaux 89 et les pierres sonores 23 etc., les plumes et les fliites yô 74, les boucliers et les haches sont les instruments de la musique orchestique ; [les divers gestes], courber et redresser [le corpsj, baisser
s'adresse à l'être humain tout entier, à l'oreille it à l'œil du spectateur par les sons et les gestes, à l'oreille et au corps de l'exécutant encore par les sons et les gestes, à l'esprit des uns et des atilres par la poésie'. L'art antique, et partiellement subsistant, des Chinois rappelle celui de la Grèce ancienne. Mais comment l'action des danseurs se combine- t-elle avec la musique vocale et instrumentale"? C'est encore le prince Tsai-yu qui indique quelques règles de cette union.
Le danseur'' est debout face au nord au milieu d'un carré orienté et divisé par les diagonales en
Position dxi danseur.
quatre secteurs (position 0) tel il se présente avant le début du morceau, pose préparatoire, ivéi tcltwàn chi. Au premier coup des pierres et des claquettes il se met en mouvement. Le chef marque la mesure par des coups de claquettes tchhông-toû 32 qui dirigent également les musiciens; chaque coup coïncide avec l'un des caractères fri de la formule a) (pp. 124 et 123); pendant une note de chant il y a donc 8 frappés, 4 pour le temps tort, 4 pour le temps faible. Chaque frappé commande une pose différente qui symbolise soit une vertu, soit la relation avec l'un des chefs sociaux.
Ces huit poses représentent la première figure ou évolution supérieure, cliànij tchuàn (colonne marquée sup.); suivent les évolutions inférieure, lojà <c/u(''hi, extérieure, H'«i<c/iH'«n, intérieure, îi(/i tchicnn, qui se décomposent chacune dans le même nombre d'attitudes portant les mêmes noms; les poses de même nom sont partiellement analogues, différenciées surtout parce que le danseur se présente au spectateur sous quatre angles différents. En changeant d'attitude le figurant se déplace dans les quatie secteurs nord, sud, est, ouest, avançant d'ahoid soit le pied gauche, soit le pied droit, suivant des règles fixes. Après la dernière pose de la dernière figure, deux poses finales tcliwàn (inij chi (centre), Ichwi'in Icluing chi (centre) ramènent le danseur à la pose préparatoire. Le mot tchunn, tourner, désigne donc les mouvements essentiels de la danse antique', de même que yonçj, prolonger, exprime le caractère du chant des anciens; aussi, dit notre auteur, la danse i< consiste seulemenl dans les évolutions d'un ensemble ». Les quatre figures ont porté dans l'antiquité et sous les Thàng des noms plus expressifs
cl lever [la tétej, l'ordre délinl [des figurants], la lenteur ou la rapidité [des mouvements] sont ie dessin visible de la musique orchestique. »
3. Le sens de la musique est noté par l'étymologie grapbitiue de
quelques caractères, ii tcheoO, un tambour avec la main qui le frappe,
veut dire musique, fêle, joie; -S* /i', joie, de 1-1 klicoii. bouclie,
chants et iL ïc/icoi?, musique: h^ i/ô, /ù. représentant un tambour et des timbres montés sur un pied, signifie musique et plaisir.
4. N° S, l'i) ki. — N- 13, tome II, p. 106. — .N" 34, liv. 2t, f. 2S v°.
— N« 33, tome III, p. 270.
5. iN» S, Yù ki. — N» IS, tome II, p. 109. — N" 34, liv. 21, f. 29 r".
— .N» 3.Ï, tome III, p. 272.
6. N" 8, Wtn vnyig clii tsfiù. — N" 15, tome I, pp. 472,.473. ■■ La musique sert à régler l'intérieur, les rites servent à régler rextérieur; les rites et la musique agissent de concert sur l'intérieur et finit paraître leurs ctVets à l'extérieur, n C'est dire ceci : la musique agit directement sur l'esprit; les rites prescrivant des actes et des paroles fixes, ces manifestations extérieures tendent à créer des émotions, des sentiments corrélatifs; les sentiments suscités par la musique et par les rites s'expriment a leur tour par des actes.
7. N» 83, ff. 3 v», 0 r»; IT. S v> .a 104 r«. — X" 82 «), (T. I v à 36 r».