‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 4 sur 1158 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les anciens Égyptiens semblent n'avoir possédé aucun système de nutation musicale. Non seulement, en elTel, parmi les milliers de papyrus qui sont parvenus jusqu'à nous, on n'en a rencontré aucun qui contînt des signes musicaux ou qui fit quelque allusion à une écriture musicale, mais encore, sur les innombrables scènes de musique d'ensemble que nous ont conservées les monuments éiiyptiens, jamais on n'a relevé un seul exemple d'un chanteur ou d'un instrumentiste portant, soit à la main, soit attaché à son instrument, un rectangle quelconque de bois ou de papyrus que l'on put considérer comme une Il partie » écrite.

Si je débute par cette constatation désolante, c'est précisément parce que la première idée qui vient à la plupart des musiciens à qui l'on parle de la musique des anciens Égyptiens est de demander l'e.xécution, au piano, de quelque air pharagnique. Ces airs, dont les derniers échos sont éteints depuis vingt siècles au moins, il faut nous résigner à les ignorer à tout jamais. Certes, il n'est pas impossi- 'ble — le sous-sol de l'Egypte étant une inépuisable mine de surprises — que l'on découvre un jour quelque traité égyptien de musique, théorique ou pratique; mais je doute que l'on rencontre jamais un morceau de musique écrit en notation. Si les Egyptiens avaient connu la notation musicale, ils en auraient fait vraisemblablement un usage pratique, elles peintres ou sculpteurs pharaoniques, toujours si soucieux de rendre les moindres détails, n'auraient pas manqué de nous représenter, au moins une fois, un musicien lisant sa partie. Aucune figuration de ce genre n'ayant jamais été signalée, je crois pouvoir en conclure, sans hésitation, que les Égyptiens n'écrivaient pas leur musique.

Est-ce à dire que nous n'avons aucune chance de connaître un jour, à défaut d" œuvres musicales, du

Copyrirjhl by Cli. Delagrave, 1013.

moins le caractère ou, plus exactement, la tonalité de la musique égyptienne? Ici, la question chantre. Un traité théorique ou pratique, si l'on en découvrait un par hasard, pourrait nous fournir sur ce sujet de précieuses indications. En attendant, l'examen minutieux et patient des quarante ou cinquante llùtes égyptiennes qui ont été découvertes dans les tombes et qui sont conservées dans nos musées pourrait nous permettre de déterminer certaines gammes ou certains fragments de gammes.

Fétis, il y a quarante ans, a déjà tenté cette étude, d'après une llùte du Musée égyptien de Florence. J'ai continué les mêmes recherches, en décrivant une trentaine de flûtes égyptiennes antiques. D'autres, particulièrement M. Southgate, ont poursuivi l'examen de la question. Bien de précis, jusqu'ici, n'a été définitivement établi. Mais le problème est loin d'être insoluble, et il faudra bien que quelqu'un se décide un jour à le reprendre dans son ensemble. .Nous avons à notre disposition de nombreux instru- , ments, nous savons comment on les jouait. Celui qui voudra les faire reproduire tous en fac-similé (la chose est des plus aisées et des moins dispendieuses, la plupart de ces instruments étant en roseau), et qui les jouera de toutes les manières possibles, pourra facilement dresser un ample tableau de gammes plus ou moins complètes et, très probablement, en tirer quelques données certaines sur la tonalité égyptienne.

] Quoi qu'il en soit, l'étude de la musique égyp- I tienne doit se borner, pour l'instant, à l'étude des instruments de musique que connaissaient les anciens Egyptiens.

Tout restreint qu'il paraisse à première vue, le sujet ainsi réduit n'en est pas moins très vaste, si vaste même qu'il faudrait nu ou plusieurs volumes pour le traiter à fond. C'est, en effet, par milliers que nous sont parvenus des bas-reliefs et des peintures représentant des scènes musicales; c'est par

centaines que l'on a retrouvé, dans les tombes, des instruments de musique déposés auprès des momies; les textes hiéroglypiiiques et hiératiques font de très nombreuses allusions à la musique, aux musiciens, aux instruments. Un travail complet et exhaustif devrait, naturellement, tenir compte de tous ces documents, sans en négliger aucun.

Je n'ai, pour le moment, ni l'intention ni la possibilité matérielle d'entreprendre une telle besogne, sans désespérer néanmoins de pouvoir un jour la mener à bonne fin. Je me contenterai d'écrémer ici les notes très nombreuses que, depuis trente ans, je réunis patiemment sur le sujet. J'insisterai particulièrement sur les quelques points qu'il est permis de traiter dès maintenant d'une manière définitive, et surtout je m'efforcerai de conserver partout, autant que possible, l'ordre chronologique, de manière que cette revue des instruments de musique égyptiens puisse contenir en germe une histoire de la musique égyptienne.

C'est pourquoi, contrairement à la coutume courante, je commencerai par traiter des instruments de percussion, que l'on relègue d'ordinaire en dernier. Outre qu'il serait possible de démontrer, en théorie générale, que ce sont les instruments de percussion qui ont été les premiers inventés par l'homme, il se trouve qu'en fait ce sont les instruments de percussion qui apparaissent, à l'exclusion de tout autre, sur les monuments égyptiens les plus archaïques.

La flûte vient ensuite. La première llùte égyptienne figurée précède en effet, de plusieurs siècles, la première représentation d'un instrument à cordes. Est-ce simple hasard? Ne doit-on, de ce fait, tirer aucune conclusion"? Peu importe. Sans vouloir résoudre, ni même examiner la question de l'antériorité des instruments à vent par rapport aux instruments à cordes, j'étudie en second les instruments à vent, pour cette seule raison que les monuments égyptiens nous les font connaître chronologiquement avant les instruments à cordes.

Ceux-ci viennent en troisième lieu; et, enfin, je termine par l'orgue hydraulique. Logiquement, l'orgue eût dû être étudié dans la section des instruments à vent. Mais on connaît la date exacte de son invention par Ktêsibios, barbier d'Alexandrie, et ici la chronologie doit reprendre ses droits, d'autant plus que le sujet est assez intéressant pour constituer un chapitre spécial.

Comme cette question de chronologie présente, dans la disposition de mon travail, une certaine importance, je crois utile, avant d'aborder mon sujet, de donner au lecteur quelques indications générales concernant les diverses périodes de l'histoire d'Egypte.

Époque préhistorique (env. 5000-4000 avant notre ère). — A cette époque, le royaume d'Egypte n'est pas encore constitué. De nombreux clans et de nombreuses tribus, venus de la Libye, de l'Asie antérieure, du sud de l'Egypte, se mêlent, se combattent, se déplacent, nouent entre eux des alliances et finissent par former quatre grands groupements (Guêpe, Jonc, Cobra, Vautour), bientôt accouplés en deux royaumes (Guêpe -|- Jonc, Cobra -f Vautour).

Époque archaïque (r«-III° dynastie, env. 4000- 3b00). — Une nouvelle peuplade, venue de l'Asie par l'Arabie et la Somalie, descend vers le nord et pénètre en Haute-Egypte. Cette nouvelle race, admirablement douée, s'implante solidement dans le pays et se taille, aux dépens de ses voisins, un troisième royaume (Faucon). Après plusieurs siècles de luttes

et d'alliances successives entre les trois royaumes, le Faucon finit par l'emporter, et, les trois royaumes désormais unis sous un seul sceptre, la monarchie pharaonique est définitivement constituée sous le règne de Perabsen (dernier roi de la 11° dynastie). Ancien Empire (1V°-VP dynastie, env. .3300-3000).

— Pendant cette fraîche période de paix, d'organisation et de vitalité exubérante, l'Egypte connaît ses plus heureux jours, et les arts plastiques atteignent un niveau qu'ils ne dépasseront plus par la suite.

Moyen Empire (VII^-XVH» dyn., env. 3000-1000).

— Le royaume d'Egypte, tombé en quenouille, se désagrège en plusieurs principautés sans prestige. Pendant quelques générations (Xll" dyn.) l'Egypte est encore réunie en un seul royaume, mais la désunion reparaît, — encore à la suite du règne d'une femme,

— et, lors de l'invasion des Hyksôs, hordes barbares venues d'Asie, le pays est sans force pour leur résister et subit pendant plusieurs siècles la domination étrangère.

Nouvel Empire (XVIII'^-XX'' dyn., 1600-HOO). — Ahmès expulse les Hyksôs, et dès lors commence pour l'Egypte la période la plus brillante de son histoire. Les armées égyptiennes parcourent triomphalement • l'Asie antérieure, la Libye, la Nubie et l'Ethiopie. Sous Aménophis III (XVIII' dyn.), le plus fastueux de tous les pharaons, l'empire égyptien s'étend delà Mésopotamie à l'Abyssinie. Mais viennent les revers ; ' les Egyptiens sont forcés d'abandonner l'Asie petit à j petit, de redescendre la vallée du Nil, et c'est avec 1 la plus grande peine qu'ils arrivent à refouler plusieurs invasions de Libyens et d'Asiatiques.

Époque libyque (XXI«-XXV° dyn., MOO-700). — L'Egy|)te tombe au pouvoir du clergé, et c'est un grand prêtre d'Amon (dieu de Thèbes) qui monte sur le trône à la mort de Ramsès XII, le dernier souverain de la XX' dynastie. Le royaume ne tarde pas à se dissoudre sous ce nouveau régime, et l'on voit, successivement ou simultanément, régner plusieurs dynasties sans gloire à Thèbes, à Tanis, à Bubastis. Ces dynasties sont toutes, plus ou moins directement, d'origine libyque. Les Éthiopiens profitent de ces divisions, non seulement pour secouer le joug égyptien, mais encore pour envahir le pays et s'y établir pendant un siècle.

Époque saïte (XXVI" dyn., 700-d2.5). — Cette période, que l'on a pu appeler la Renaissance égyptienne, est comme la dernière flamme d'un feu mourant. Ce sont les dernières années de l'indépendance de l'Egypte, qui, depuis cette époque jusqu'à nos jours, n'a plus recouvré la liberté. Les Éthiopiens ont été refoulés vers le haut Nil, et Sais est désormais la capitale de l'Egypte. Sous les rois saïtes, l'art cherche à se retremperaux sources les plus anciennes et prend pour modèle les œuvres de l'Ancien Empire. Sous Amasis, des colonies grecques s'installent en Egypte, des voyageurs étrangers viennent admirer le pays; on est presque à la veille de la visite d'Hérodote.

Basse époque (XXV1I«-XXX» dyn., 523-332). — L'Egypte est conquise par Kambysès, roi des Perses, en 523, puis conquise sur les Perses, en 332, par Alexandre le Grand, qui fonde Alexandrie.

Epoque gréco-romaine (332 av. -393 apr. notre ère). • — Après la mort d'Alexandre, l'Egypte revient à Ptolémée, un de ses plus intimes compagnons, et reste au pouvoir des descendants de celui-ci jusqu'à la mort de Cléopàtre (30 av.), qui marque le commencement de la domination romaine, laquelle, en 395 apr., cède la place à la domination byzantine.

IIISTOIUE DE LA MUSIQUE

Quoiqu'elles soient bien brèves, j'espère que ces quelques notices historiques permettront au lecteur de se retrouver l'acilement dans les dédales de la chronologie égyptienne.

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