LES INSTRUMENTS DE PERCUSSION
Le crotale.
Les seuls documents qui nous permettent de nous faire quelque idée sur la façon dont vivaient les Éfjyptiens de l'Époque préhistorique sont des vases en terre crue, ornés de peintures rouges, que l'on a retrouvés en assez grand nombre dans les sépultures les plus anciennes. L'Égyptien, dès cette époque, n'imaginait pas de plus bel idéal que de continuer
dans l'autre monde, sans y rien changer, la vie qu'il avait meniie sur terre. Celait |)our fixer les détails de celle vie, alln qu'elle put se prolonger afirès la mort, bien exactement seniMable à elle-même, que l'on en dessinait les péripéties les plus attrayantes sur un vase desliné à accom paginer le mort dans sa tombe. Vers la fin de l'Kpoqne préhistorique, quand les tombes se tirent plus monumentales, ce ne fut plus sur des vases, trop fragiles et trop minuscules, mais bien sur les parois mêmes du caveau funéraire, soigneusement stuquées, que l'on représenta, en couleurs variées, les principales scènes de la vie d'un Égyptien.
À cette époque lointaine, l'existence était peu com- [iliquée. Sur un monticule, assez, élevé pour n'être jamais atteint par les eaux de l'inondation, quelques cabanes de roseaux abritaient les membres d'un même clan. Les poissons du Nil et les animaux du désert, gazelles, bouquetins, autruches, fournissaient les aliments nécessaires à ces populations primitives. La plus grande partie du temps se passait à chasser et à pêcher. A la fin de la journée, tout le monde rentré au village, les femmes et les jeunes filles dan-
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Fia. 1-6. — Danses au son des crotales'.
saient, tandis que les hommes les accompagnaient en battant des crotales. C'est à ces scènes de danse que les vases préhistoriques nous font assister le plus volontiers.
Comme on le voit d'après les représentations cidessus (fig. 1-6|, le mouvement des danseuses est presque toujours le même : elles se tiennent droites et élèvent tantôt les deux mains, tantôt une seule (fig. 3) au-dessus delà tète. Quelquefois (fig. 4) elles semblent balancer le torse de droite à gauche. Tantôt ce sont les hommes qui battent les crotales (fig. 1, 4, 5), mais parfois ce sont les danseuses ellesmêmes (fig. 3, b). Le type de la danseuse levant les bras n'était pas seulement peint sur des vases; on a retrouvé, dans une sépulture de Nagadah, une statuette de terre blanche à décorations noires qui,
l. Fig. 1 = D. Randall-Mac-Iver and C. Mace, El Amrnh and Abijdos, London, 19Û"2. pi. itiv D, 46. — Fig. 2 et 4 = J. de Morgan, Recherches sur les origines de V Egypte , Paris, 1896-1897, tome I, pi. i. — Fig. 3 et 5 = C. ToRB, Sur quelques prétendus navires égyptiens
quand elle était intacte, devait mesurer près de 40 centimètres, et cette statuette représente le même sujet (fig. 6).
Si les scènes que je viens de citer étaient isolées dans l'iconographie égyptienne, on aurait peut-être quelque droit de se demander si l'interprétation que j'en donne est bien exacte. Mais, sous l'Ancien Empire, des danseuses faisant ce même geste d'élever les deux bras au-dessus de la tête sont très fréquemment représentées dans les tombes. Le bas-relief suivant (fig. 7), qui appartient au Musée du Caire, laisse
d'autant moins de doute à. cet égard que le mot ° J i àb, écrit trois fois de suite au-dessus des cinq femmes élevant les bras, est un verbe qui signifie « danser >i.
(dans V Anthropologie, tome l.X, p. 34, fig. 3, 11-6). — Fig. 6 = W. M. Flinders Pétrie and J. -E. QaiBELL, iVa^at/a and Ballas, London, 1896, p. 45. et pi. Lix, 6.
2. Les caractères hiéroglyphiques figurant dans l'Encyclopédie nous ont été gracieusement communiqués par l'Imprimerie Nationale.
KAC) CLOPÉDiE DE LA MUSIQVE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIRE
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Fia. 7. — Danseuses sous l'Ancien Empire
Quant au crotale qui accompagne les danses et que les danseuses tiennent souvent ellesmêmes à la main, il est, des centaines de fois, sous des formes assez variées, représenté sur les monuments égyptiens de toutes les époques. Une petite scène de danse (fig. 8), em- ■^=~ pruntée à un bas-relief du Caire datant du Nou- FiG. 8. — Dnnseuses jouant vel Empire, donne aux des crotales". crotales presque exac-
tement la même forme qu'ils ont à l'Kpoque préhistorique. Comme aux temps primitifs, les crotales sont ici réunis deux par deux, et les danseuses en tiennent une paire en chaque main. L'instrument est de forme tout à fait simple. C'est un morceau de bois, ou peut-être d'ivoire, plus ou moins recourbé à l'extrémité. La partie que tient la main est ordinairement plus étroite que la partie opposée, sur laquelle on frappe les tii'es l'une contre l'autre.
Sur un has-relief de Thèbes (fig. 9) qui paraît dater du Moyen Empire et où les crotales sont également réunis par paires, la partie supérieure présente la forme d'une tète humaine. Ici, à l'inverse des représentations précédentes, c'est un homme qui danse, non sans quelque exubérance, et c'est une femme qui l'accompaL'ne.