LA IVIUSIQUE DANS L'INDE D APRÈS LA LITTÉRATURE ET L HISTOIRE
Prédilection constante des Hindous pour la musique. — Les Hindous ont eu, de tout temps, une prédilection marquée pour la musique et les arts scéniques. Le grand nombre d'ouvrages qu'ils ont écrits sur le sujet, les nombreux systèmes musicaux qui se sont successivement développés dans l'Inde, les légendes merveilleuses, les allusions fréquentes, les renseignements positifs même dont toute leur littérature est pleine, depuis les temps védiques jusqu'à notre époque, le montrent clairement.
Pouvoir attribué aux accents mélodieux. — N'ous retrouvons dans l'Inde ces légendes bien connues de la Grèce sur le pouvoir magique attribué aux accents mélodieux des premiers musiciens. Le dieu Krishna n'a rien à envier à ce sujet au divin Orphée ou à Apollon. 11 charme comme eux tous les êtres, il anime tous les objets de la nature. « En l'entendant (jouer de la fliite), le lotus, le jamrose, le pandanus et le tchampcà en ont tressailli dans leur cœur-... Les vaches qui entendaient résonner cette fliite demeuraient
i. Bhàgavata-Purdna, X' livre, trad. Th. Pavie, d'après un ms. tiindou'i, .^aVlH, p. 95.
ENCYCLOPÉDIE DE LA MrsiQUE ET DICriOySAlliE DV C.O.XSEnVATOJRE
toutes avec l'herbe entre les dents; — les petits veaux, bien heureux, restaient, la face réjouie, oubliant de boire le lait, iniraobil'es auprès de l'élable; — les gazelles et les autres animaux de la forêt restaient le cou tendu, et ses douces mélodies troublaient les ascètes et les sages. — Ils étaient fascinés aussi, les démons dont les desseins sont pervers ; les rivières se repliaient comme des serpents et suspendaient leur cours. — Détournés de leur vol, les oiseaux se penchaient près de lui, jaloux de ses accents, et, les yeux fermés, ils écoutaient les sons de la tlûte. — Les êtres inanimés devenaient plus brillants sous le soleil en entendant ce son de la flûte ; ils restaient immobiles, les êtres doués de mouvement, dontles allures sont si diverses'. »
On pourrait, il est vrai, faire uniquement honneur de ce ravissement de la nature entière à l'exécution parfaite du héros divin; mais non moins grand est le pouvoir de la musique considérée en elle-même, au dire des récits fabuleux qui se sont perpétués jusqu'à nos jours-.
11 est tel rtiga, ou mélodie, qu'on ne pouvait chanter sous peine d'èti'e enviionné de flammes. Au temps d'Akbar, on raconte que le chanteurKaïk-Gobaul, ou Nayuk-Gopàl, à qui l'empereur avait ordonné d'interpréter le dîpalia. fut consumé par le feu, bien qu'il se fût plongé jusqu'au cou dans la rivière Jumnà. Tel autre râga possédait la propriété d'obscurcir le soleil et de répandre sur la terre des ténèbres épaisses. On cite encore ce fait qu'une jeune tille sauva le Bengale de la famine en faisant tomber par ses chants une pluie bienfaisante sur ce pays dévasté par la sécheresse^. Les 7'iigas wi'javarâli el punàgatodi passaient pour avoir le pouvoir d'attirer les serpents et de leur faire quitter leurs retraites secrètes. On raconte à ce sujet l'histoire d'un certain prince de Mysore, qui put s'assurer de la réalité du fait, en gravissant une colline réputée très riche en serpents venimeux. Aux premiers accords, les serpents accoururent de tous côtés et formèrent un cercle autour des exécutants, dressant la tète et se balançant de-ci, de-là, fascinés par la musique. Puis, dés que les chants eurent cessé, ils s'enfuirent rapidement, sans essayer de faire du mal au prince et à son musicien*. D'autres râgas {ith-atiga et l;i(iinni),a.u contraire, sont plus spécialement appréciés delà gent ailée, il l'exclusion des mélodies d'une natui'e différente; car si, après les avoir exécutés, ou commence un autre chant, le charme cesse d'opérer ^
Ces histoires et ces fables ne méritent pas de nous arrêter plus longtemps; elles ne sont cependant pas tout à fait dépourvues d'intérêt, ne serait-ce que comme un indice de la puissance qu'exerça toujours la musique sur l'imagination des populations de l'Inde. L'Hindou va jusqu'à s'écrier dans son enthousiasme : K II n'est rien de supérieur au chant; — on ne voit rien au monde et pour les dieux même de plus agréa-