Voir N.-ç., I, 12, 18, et Samg.-ratn., I
Bbarata déclare, â plusieurs reprises, qu'il espose la théorie du g&ndharca, telle que l'enseigna ici-bas Nàrada (XXXIII, fin). Ailleurs, il se réfère à l'autorité du même Nàrada, ainsi que de Svàli, de Tumburu. etc. (.VXXIII, 2 et suiv. Conip. XXXVI, 70). Enfin, dans le dernier chapitre (XXXVI, 69), il laisse â l'un de ses cent fils, Kohala, le soin de continuer et compléter son ouvrage.
La plupart de ces ascètes ou gandharcas sont elTectivement donnés comme auteurs de traités sur le théâtre ou la musique, et, comme tels, les commentateurs leur attribuent, concurremment à Bharata, quelques citations (V. plus loin, p. 270).
Nàrada, chef des gaudharuas (avec Citraralha et Viçvâvasu), est un personnage védique (comme Tumburu. V. cii. III. p. 281). Il passe pour avoir été l'auteur non seulement d'un (jàndltaria-veda (Weber, Hist. oflnd. LU., 1882, p. 272 et note 318), mais d'une çikshd (M. Haug,
D'après la légende, la musique fut tout d'ahord un art essentiellement divin, pratii|ué dans le paradis irindra par les génies Gdiul/uirras et les nymphes /l;)»'(i)'(i.s, que lîralirnà lira des Védas et révéla à l'espèce humaine par l'intermédiaire de mtiîii.v ou d'ascèles. On en fait également honneur à .Sarasvall, déesse de l'éloquence et des arts.
Comme les trois autres, le Sdina-Vedd. « le livre des chants », eut ainsi une sorte d'annexé, un upaceJd', rédigé i l'usage de toutes les castes, et qui, du nom des musiciens célestes, fut appelé gân- (Iharva-veda.
Si l'on en croit la Mndhu-sùdana-sarasvall [Indische Sinilun, vol. I), c'était un véritahle Irallé {çdstra), consacré au chant, à la musique et à la danse, œuvre du muni Bharata, et son olijel est, entre autres choses, la poursuite de la faveur des dieux et de l'état extaliqiie appelé nirvikalpa. D'après d'autres telles, ce pseudo-Bliarata — personnage mythique tout comme les autres musiciens-ascètes ou les gandharvas des premiers âges, les Kàrada, 'l'unihuru, Iluhu, Viçvivasu, Vàyu, Svâli-, etc. — auquel la légende attribue la composition des pièces et la direction des représentations du paradis des dieux, exécutées sous ses ordres par les ijandharvas et les apsaras, aurait rédig(;, sous l'inspiration de lîrahmà et pour prendre la place de ce gdndhiirva-veda devenu inintelligible, un fraité sur les arts du théâtre. 11 aurait ainsi refondu dans un système particulier l'ancienne science des gandhnrvas (gândharva-i-idyd) et, selon une expression hindoue, l'aurait apportée du séjour des dieux sur la terre-'.
La vérité semble être que par le terme upaveda on désignait un ensemble d'ouvrages profanes, se rattachant à l'un ou l'autre des Védas par leur objet, et que ce gdndharva-veda n'est qu'une dénomination générale, sous laquelle se rangeaient les Traités de musique et d'arls scéniques'.
Le Nâtya-çâstra. — Parmi ces ouvrages, le plus anciennement connu est le Bhânitlya-ndlya-çnslra, sorte de compendium ou d'encyclopédie scénique en vers et en prose, traitant de tous les arts qui gravitent autour du théâtre. Comme la plupart des anciens çdslras, il a dû passer par une série de refontes ou, pour ainsi dire, d'édilions successives, corrigées et augmentées, antérieures aux commencements de l'ère chrétienne, époque à laquelle il existait très certainement sous sa forme actuelle. « La théorie de la danse, du chant, de la musique, de la gesticulation, et surtout de la mimique coordonnée avec l'analyse minutieuse des sentiments destinés à être exprimés par tous les signes naturels
Ueber das Wesen... der iced. Accents, p. 53 et suiv.; Kielhorn, Ind, Stndien, XIV, 160), dinn pariçishta iWeber, ouvr. cité, p. 153), d'une samhitd astronomique (p. 264i, d'un ouvrage de loi ismrili, p. 273, 326), etc.; on lui attribue enfin l'invention de la oinâ ou lutb hindou (Dowson, Class. Dicl. of Hindu MylhoL, 1SS3, p. 218, -2191.
En compagnie du muni Svàti, le chef des musiciens du paradis d'Indra, il prèle à Bharata le concours de sa science musicale, pour les représentations célestes (.V.-c, .X.XXVI. 70). C'est en se référant à Svàti, à Nàrada let d'après une variante à Tumburu), que Bharata (X.XXIH, 2 et suiv.) donne la théorie de ïacanaddha (classe des instruments de musique à percussion, tambours, etc., dont Svàti est l'inventeur, XXXIII, 4 et suiv.).
Ouant à Kohala. il est. selon le Medini-koça (et le Kuttanimata de Dàmodaragupta), l'auteur d'un traité sur le théâtre {nàtya-çàstra-pravaktar). Kucipati. dans son commentaire de V .Anargha-rhàgava (p. 7), lui attribue une détlnitiun de la nàndi, ou stance de bénédiction, appartenant au prélude du drame. Dans la pièce de théâtre Bàla-rûmâyana, Kohala dirige une troupe céleste qui vient dans le palais de Ràvana jouer un drame, le Svayamvara de Sità, composé par Bbarata (V. S. Lévi, Théâtre indien, p. "74).
*. \ oir chap. IV, p. 283.
Ei\cyr.LOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIRE
(sans oublier les jeux de physionomie, les inflexions de la voix, etc.) qui les caractérisent, y tient une place capitale, et s'y trouve traitée d'une façon qui témoigne d'une longue culture au sein d'une civilisation favorable à l'expansion des arts les plus délicats ' . »
Les chapitres qui traitent plus spécialement de la théorie musicale (chant, métrique, instrumentation) — en dehors des ch. IV et V consacrés aux préliminaires religieux de la représentation accompagnés de musique, de danse et de chant — sont les suivants :
Ch. XXVIII. — Ji'iti-lakshana « règle des;a/îs, ou types de cantilcnes sacrées "", il expose les éléments de la théorie musicale : oclaves, intervalles, notes, gammes, cantilènes, etc.
Ch. XXIX. — Tnlil-'lodijd-ridhàiia, « théorie des instruments à cordes », comprenant le luth vhiù, à 7 coi'des, et le luth ripaud, à 9 cordes. Il traite, en outre, des 33 ornements musicaux ialamkiiras); des 4 manières de disposer les paroles du chant, etc. (gîtis) ; des divers éléments de la composition et du jeu instrumental {dlnUu) ; des modes successifs de l'exécution instrumentale, avec ou sans égard au chant [tiitlrn, amigata, Of/kii); des 10 espèces de chants [ftakirgîta.^)^ intervenant dans le préambule [pïirvaraiifia) des pièces de théâtre, avec exemples, etc.
Ch. XXX. — Sushirii-'todya-inAhàtui, « théorie des instruments à vent ». Ce chapitre, très court, se borne à quelques particularités du jeu des flûtes, etc.
Ch. XXXI. — Tiila-vyanjakii, « théorie du rythme et de la mesure », à l'époque classique, selon les 4 manières (miirgas). Il expose les diverses espèces de rythmes, quaternaires, ternaires, etc., a façon de battre la mesure pour chacun d'eux , les éléments modificateurs de la mesure (/n!/iïs, yatis, punis), le rythme appliqué aux diverses sortes de chants, etc.
Ch. XXXII. — Ulintrù-vidhaiiu, n règle des chants dhriivds »; complément de la théorie du chant, exposée avec les détails que comporte l'exécution de chacune des formes de la mélodie, et l'indication des divers genres de mètres appropriés, etc.
Ch. XXXIII. — Vàdya-'d/tijiiija ou lihdiidu-vàdya, « exécution instrumentale) , sorte de traité complet du jeu des timbales et tambours, etc.
Cette œuvre maîtresse, d'une importance si grande pour l'étude de la musique classique, citée ou reproduite à tout propos par la littérature postérieure, a été longtemps considérée comme à jamais perdue pour la science. En 1827, le grand indianiste anglais, le révélateur, après sir William Jones, du système dramatique des Hindous, Horace Hayraan Wilson, pouvait en déplorer la disparition en ces termes : « Ses soutras, ou aphorismes, sont constamment cités parles commentateurs des diirérentes pièces: ils sont les principes sur lesquels sont basées les doctrines des auteurs plus modernes. Mais, autant qu'il est possible de s'en assurer, l'ouvrage de Bharata n'existe plus dans son entier^... » Heureusement, vers 1862, « un singulier hasard » fit tomber entre les mains de M. Fitz-Edward Hall un exemplaire du Ndtya-çdstra, concurremment avec lequel nous avons pu utiliser d'autres copies anciennes, pour une édition critique encore inachevée^.
i. P. Regnaud, Préface (p. VIII) à notre Edition critique du Traité de lîltarala sur le Théâtre {t. I, 18981, à laquelle nous renvoyons (/;itroduction, p. i-xxviij) pour plus de déLiils.
Voir aussi notre Contribution à l'étude de la musique hindoue {{B^H), renfermant le texte et un essai d'interprétation du XXVllIo chapitre de Bharata.
L'ouvr.nge entier a été récemment publié dans l'Inde, sous le litre : The Nàtyaçdstra of Bharata Muni, éd. by Pandit Çivadatta... and Kâçinâtli Paiidurang Parab, Bombay, Nirnaya-Sdi/ara Press, 1894.
2. Select Spécimens of the Théâtre of tlie Ilindus. Calcutta, 1827, 3 vol. in-S"; trad. A. Langlois, 1628, t. I, p. ivj.