‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 57 sur 1158 · LA MUSIQUE EN SYRO-PIIÉMCIE I · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE EN SYRO-PIIÉMCIE I

. ( Resserrée entre la mer et le désert, la Syrie a été de tout temps une voie de passage entre 1" Afrique et l'Asie. Dés le commencement du quatrième millénaire avant notre ère, elle faisait partie de l'immense empire fondé par Sargon d'Agadé. Elle fut envahie vers iiiOO par des peuplades sémitiques, qui, refoulées par la descente des Elamites en Chaldée, culbutèrent sans peine les nations à demi barbares que la tradition biblique leur oppose et pénétrèrent jusqu'en Egypte à la suite desHyksos. La Syrie ainsi bouleversée fut comme répartie entre trois grandes races : au nord les Hittites, les Cananéens au centre, au sud les ïérachiles.

Les Hittites n'étaient pas des Sémites; ils font partie de ces peuples de race et de langue ambiguës venus de l'Asie centrale. Ils semblent s'être constitués en nation civilisée quelque quinze ou seize siècles avant notre ère dans la Syrie du Nord; de là ils pénétrèrent en Asie Mineure. Leur empire ne tarda pas à devenir immense; au douzième siècle toute la Syrie et une partie de l'Asie Mineure reconnaissaient leur suprématie; leurs rois traitaient d'égal à égal avec les pharaons d'Egypte, et ils lurent l'âme de la vaste coalition qui mit ce pays à deux doigts de sa perte. Une invasion de peuplades égéennes porta un coup sensible à leur puissance, et le développement de l'Assyrie acheva de les ruiner; en 417 leur capitale fut détruite, et à l'époque perse son nom même était oublié.

Les Cananéens s'étaient divisés après l'invasion. Les uns se répandirent dans l'intérieur et devinrent ai;riculteurs ou pasteurs. Les autres se Axèrent le long des côtes, où les Grecs les connurent sous le nom de Phéniciens; pirates et marchands, ils parcoururent toute la Méditerranée, fondant çà et là des comptoirs. Vers l'an 800, leur puissance atteignit son apogée; une de leurs colonies, Carthage, prit à son tour un grand développement. Mais leurs luttes avec les rois d'Assur permirent aux Grecs et aux Etrusques de les supplanter peu à peu; la conquête d'Alexandre mit lin au rôle si important qu'ils avaient joué.

Les tribus térachites, nomades pasteurs et pillards, n'eurent jamais une bien grande part dans les affaires syriennes. L'une d'entre elles cependant, Israël, acquit une certaine importance vers le x^ siècle'.

Dès la plus haute antiquité, on constate en Syrie

l'intluence chaldéenne; celle de l'Egypte fut à peu près nulle; ce fut elle, au contraire, qui s'imprégna de sémitisme, à la suite des conquêtes des grands pharaons de la XVIII= dynastie (xvin^ s. av. .I.-C).

In pays beaucoup plus petit devait jouer un grand rôle dans le développement de la civilisation syrienne : l'ile de Chypre. Elle semble avoir été peuplée, au début du troisième millénaire avant notre ère, par une branche de ces tribus égéennes qui précédérent«dans la .Méditerranée les populations indo-européennes; elle reçut également des apports importants du sud de l'Asie Mineure. Il s'y développa une civilisation brillante qui eut une grande influence sur les Cananéo-Phéniciens dès le second millénaire. L'ébranlement qui atteignit le monde égéen au xi= siècle, laissa le champ libre aux entreprises de ces derniers, qui s'installèrent à Chypre. Vers la fin du vm° siècle, l'ile subit l'influence artistique de l'Assyrie, puis, cent ans plus tard, celle de l'Egypte. Mais l'élément hellénique ne cessa jamais d'y prédominer; en 41)8, les Chypriotes s'unirent aux Grecs d'Asie contre le grand roi de Suse ; à l'avènement d'.^lexandre, Chypre était complètement hellénisée -.

.Malgré son peu d'originalité, la civilisation syrienne fut très brillante. Dans les petites cours des roitelets de Syrie se déployait toute la magnificence du luxe oriental, mais avec plus de finesse et d'élégance qu'à Mnive, peut-être en raison de l'influence égéenne. Quand les Egyptiens pénétrèrent en ce pays, ils fuj rent éblouis et s'empressèrent d'imiter les peuples qu'ils avaient vaincus; au grand désespoir des gens sages, la mollesse et les mœurs dissolues s'introduisirent dans la vieille terre des pharaons. Pareille aventure arriva aux descendants d'Abraham : après avoir mené jusqu'au x" siècle la rude vie des nomades, ils se jetèrent sur Canaan, et leurs rois David et Salomon rivalisèrent avec les petits potentats de Syrie. Chez les Grecs on connaissait bien le goût des Chypriotes pour le plaisir, et si les poètes célébraient à l'envi le charme de vivre dans cette ile enchanteresse, les philosophes en présentaient les habitants comme de funestes exemples dont la jeunesse devait soigneusement se garder.

On connaît assez bien cette brillante civilisation syrienne. Les annales et les romans égyptiens, la correspondance diplomatique des pharaons, les

t . Voir -Maspero, Histoire ancienne des peuples fie l'Orient elassigue, t. 11 et m. passim; Pebrût et Chipiez, Histoire de l'Art dans l'antiquité, t. III et IV.

î:. L liisloire de Chypre a été récemment entièrement remaniée sous rimpulsion du savant allemand Olmefalsch Rictiler. Voir Dussaud. o/i. Renie de l'Ecole d'anthropologie, 1007, p. 143 sq ; A.-J. Reinach, ap. Revue des études ethnographiques, 1003, p. lOti sq.

F.scyc.i.opi.niE de la misiqce et nicTinwAmE nf coxsERVAroiRE

annales assyriennes, les récits de la Bible, ceux des Grecs et des Latins, offrent à l'historien une foule de renseignements précieux. En revanche, les monuments sont rares en Syrie même, et l'on est obligé d'avoir recours aux bas-reliefs égyptiens, assyriens et même latins ou grecs. Aussi est-il bien difficile de préciser la part de chaque peuple; il est vrai de dire qu'il ne devait pas y avoir de dilTérences bien tranchées entre eux, les relations fréquentes ayant assez vite amené une certaine unification.

Page 1