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9. « Ces danses paraissent insipides à la plupart des Européens. Il en fut de môme pour moi pendant le premier quart d'heure; mais, en pénétrant mieux le ilélail infini des gestes, des altitudes, des frémissements et des menus jeux de physionomie, je m'attachai peu à peu â ce spectacle avec un intérêt dont je ne me serais pas d'abord cru capable. C'est que, par de très petits mouvements, les lèvres ont mille faisons de sourire, les yeux de s'exprimer, les joues de bouger, le front de s'éclaircir, le cou de se raidir, la poitrine de se contracter, les bras de s'amollir, les paumes de se crisper, les pieds de^e déplacer, le corps

de se tordre. Il semble que les génér.ntions de danseuses, par leurs études traditionnelles, aient soumis plus de muscles à racliou directe de la volonté.

u Ce qui fait que. pour commencer, l'Européen ne se plaît pas à cet amusement, c'est qu'il n'a pas l'ieil assez exercé pour démêler les nuances de ces mouvements et leurs tressaillements successifs ; que, par manque d'éducation, sa vue reste grossière. Il faut de l'attention pour s'intéresser à cette mimique, être très près regardant pour en comprendre toutes les délicatesses, avoir une sensualité patiente et raflinée pour s'y passionner. Comment f<iire croire à la vivacité française qu'on peut éprouver un charme particulier à suivre pendant dix minutes la lenteur du mouvement progressif qu'il faut à de beaux yeux fermés pour se rouvrir?

" Mais une fois qu'on s'est initié et qu'on a pris goût, l'on comprend tout sans elTorl ; alors la fraîcheur d'éventail qu'entretiennent autour de vous ces corps toujours en mouvement vous berce; sous l'action de cette musique traînante sans grands écarts de tonalité, tout languit en vous, et l'on rêve les yeux ouverts devant des visions qu'on peut toucher, » (R. DE BoNMÉKES, ouvr. cUé, p. 328-329.)

Comp. Dans VInde du Sud il. p. 137-167, Ln Baijndrre de Tnnjore) de M. Maindron . a qui il fut donné d'avoir, par moments, »< la vision de l'Inde véritable, de celle Inde qu'on ne voit pas, de cette Inile fermée à l'Européen qui. s'il en a forcé les places et soumi» les nations, n'en peut que jiar surprise entrevoir un pauvre délail... »

insroiftic Di-: i.a mus/qve

CIIAI'ITIll-: Mil CARACTÈRES DE LA MUSIQUE DE L INDE

Jugement d'ensemble sur la musique de l'Inde.

— (Jiiel esl le laiaclèie de la [misique de l'Inde, que iiDiis venons d'élndicr à diU'éicntes époques de son liisloire? Quel jngemeiU peul-on poitcr snrhi lliéorie ninsli'alc do l'époque classique, qiiis'esl, connue nous l'avons vu, transmise sans grands cliangemeiits, à travers les traités des divers auteurs, jusqu'à nos jours'? Quelle impression peuvenl produire sur les esprits des Occidentaux les manilestalions de cet art original et liieii national, qui, depuis de si nombreux siècles, a servi et sert encore aux institulions religieuses et profanes, comme aux plaisirs et au délassement des innombrables populations auxi|uelles se sont étendus les bienfaits de la civilisation indienne?

Nécessité de faire abstraction de nos préférences actuelles. — Pour répondre, avec quelque chance de vérité et d'exaclitnde, à ces questions complexes et délicates, il convient tout d'abord de faire abstraction de nos idées parfois trop absolues en matière musicale, et de bien nous pénétrer de cette idée qu'il y a eu, qu'il y a et qu'il pourra y avoir encore, de par le monde, une musique dill'éreute de celle à laquelle nous sommes habitués aujourd'hui.

Les nombreux dialectes de la musique. — Comme on l'a dil', <' la gamme des sons parlés est variable selon les temps et les pays. Il en est de même des dialectes de la musique. Chaque civilisation a adopté une ou plusieurs gammes, constituées, selon son degré d'avancement, plus ou moins scientifiquement ou arbitrairement, en dehors desquelles tout lui semble barbare ou anormal. Cette impression est fausse. Il existe d'autres modes que notre gamme majeure, notre gam[ne mineure sous ses deux formes, el notre gamme chromatique enharmonisée par le système du tempérament-. Tous les vieux modes subsistent par cela même qu'ils ont existé et qu'ils ont eu leur raison d'être logique, tous les modes exotiques méritent d'être connus et étudiés. Et c'est peut-être dans un retour vers l'emploi de ces multiples tonalités mélodiques, d'une richesse expressive et piltores(|ue inépuisable, combinées et revivifiées par l'admirable teciinique harmonique de nos jours, embellies et parées des trésors de l'orchestration qui progressera encore, que réside l'avenir prochain de l'évolution musicale. »

Relativité des lois et des principes esthétiques.

— « Le sentiment de la musique, remarque Kétis ^, chez les nations comme chez les individus, est en raison de la conformation du cerveau... Les relations des sons n'affectent pas de la même manière les peuples de races dill'érentes; ce qui charme l'une déplaît à l'autre. » Un des musiciens les plus compétents de l'Inde, T. M. Venkataçesha Çastri, déclare que notre musique européenne, jouée sur le piano ou l'harmo-

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