A. I-a\igiiac, La Musitjiœ el tes Mtisiciens, p
2. On a sou\cnl, après HeimhoUz, fait juslcmcnl ressorlir les imperfoclions de la ^amme dile tempérée. « La musique fondée sur la ^amme tempérée doit être considérée comme une musique imparfaite, très inférieure à notre sensibilité et à nos aspirations musicales. Si nous la supposons et même si nous la trouvons belle, cela provient uniquement de ce que noire oreille a été systématiquement faussée dc|tuis renfance. » (BusEaNA el llti.MiioLTZ. le Son et La Musi(/ue, î' édit., p. 120.1
M L'oreille ne s'est liabiluce aux perpétuels à peu près do tempéra-
nium, parait discordante à ses compatriotes; accoutumés à la mélodie simple, ils sont déconcertés lorsqu'ils entendent plaquer sur le piano un accoid de cinq ou six noies*. Ue même, les tonalilés de la musique hindoue reposent sur des principes antipathiipies h notre sentiment. « Kn nierons-nous la réalité? Leur opposerons-nous notre gamme diatonique, affirmant qu'elle seule esl dans la nature'.' IJémontreronsnous notre proposition par des théories basées sur les longueurs proporliomielles des cordes et sur les harmoniipies des tubes sonores'? Qu'importe tout cela pour des peuples aulrement organisés, dont l'instinct musical s'est manifesié dans des conditions différenles, et qui ont all'ectionné ces iielits intervalles de son qui mettent notre oreille au supplice'?... 11 y a eu, il y a encore des peuples conformés d'une autre manière, lesquels n'ont pasélé pour cela privés des jouissances que procure la miisiiiue '. » Comme le faisait observer encore Helinhnllz, « ... les gammes, les modes et les modulations ont subi de nombreuses modilications, et cela non seulement chez les peuples incultes ou sauvages, mais même dans les périodes historiques et chez les nations où la civilisation humaine s'est épanouie dans toute sa tleur. — Il en résulte, et cette proposition n'est pas toujours prise en considération par les théoriciens et les historiens actuels de la musique, il en résulte, dis-je, que le système des gamineu, des modes el de leiir enchaînement harnioniqiie ne repose pas sur des lois naturelles invariables, innis qu'il est, au contraire, la conséquence de principes esthétiques qui ont varié arec le développement progressif de F humanité, et qui varti'roiit encore^.»
Éléments de différenciation des musiques hindoue et européenne. — Ce qui caractérise surtout la musique hindoue, par rapport à la nôtre, c'est :
1° L'emploi dans la trame mélodique, ou plus fréquemment dans les ornements introduits dans la mélodie, d'intervalles moindres que le demi-ton, à peu près analogues à notre quart de ton;
2" La genèse toute dill'érente de la gamme, et, par conséquent, la dilTérence de tonalité des échelles musicales-lypes tsliadja et madhyama], constituées par des intervalles ne correspondant pas exactement à ceux qui séparent les sept notes de noire gamme diatonique, soit majeure, soil mineure;
3 ' L'em ploi — à côté des deux formes de la gamme — de nombreuses échelles diatoniques, ou modes, où l'ingéniosité hindoue s'est donné libre carrière dans le choix des intervalles, pour varier le dessin mélodique;
4" La non identité delà tonique ou de l'initiale avec la note finale, etconséquemment la faculté de terminer la mélodie par une note autre que la tonique ;
0" L'absence de silences et de soupirs, au moins dans la notation classique, et l'habitude de finir sur un temps faible, généralement le dernier temps de la mesure, qui donne aux airs hindous une conclusion indécise et nous les fait paraître inachevés ;
6° La variété et la complexité du matériel rythmique;
7" L'absence de changements de Ion ou de modulalion, si ce n'est d'un mode à un autre, toutes les gammes commençant par la noie iniliale sa;
ment qu'au prix d'une partie de sa sensibilité naturelle, k (A. Laugel, La Voix. l'Oreille et la Musique, p. lo4.)