A. Laugel, ouvr, cité, p
tout de les écouter quand on les accompagne, car celte musi([tie primitive a horreur de l'accompagnement. Nos instminenls modernes l'entourent d'une dissonance perpétuelle". Mais qu'une voix pure, ayant reçu de la Irailiiion les vraies intonations de celte musique antique, se mette à suivre seule et librement les caprices de ces mélodies auxquelles ne doit répondre que l'écho, et vous sentirez se glisser en votre àme des émotions indélinissables; vous ne reconnaîtrez point les formules et les tours familiers auxquels vous êtes accoutumé, mais l'étrange allure, le mouvement tantôt franc et léger, tantôt mystique et indécis, de la mélodie vous procureront des [ilaisirs nouveaux. L'absence de tonalité, île celte forte unité musicale à laquelle la musique harmonique nous habitue, prèle aux mélodies un air d'indépendance qui n'est pas sans charmes : cette niiisique a l'air moins composée, pour ainsi dire, plus spontanée, plus vraie''. i>
Impressions et jugements des voyageurs et des Européens. — « Intonations fausses et inonolonie », en ces mots se résume le jugement de beaucoup de voyageurs et d'Kuropéens sur les productions musicales de l'Inde. Nous avons indiqué les raisons d'une pareille impression : quelques-unes des intonations hindoues surprennent en elTet et choquent notre oreille ; d'autre part, l'usage de petits intervalles, l'absence de temps vides, les répétitions fréquentes d'une même note, les terminaisons indécises, l'homophonie, le caractère rêveur, plaintif et mélancolique de la plupart des mélodies, expliquent le reproche de monotonie. Mais combien de voyageurs peuvent se flatter d'avoir entendu de la bonne musique interprétée par de bons exéculants hindous? La musique de l'Inde est mal connue, et par suile méconnue par les Occidentaux. Au lieu d'essayer de la comprendre, de s'en assimiler la tliéorie et d'en étudier le c.iractère original, les voyageurs arrivés, pour la plupart, dans le pays avec des idées préconçues, des théories toutes faites, la persuasion absolue de la supériorité incontestable de leur art en toutes ses parties, se bornent à quelques auditions de ?ia!((c/i.'> chez les bayadères, ou dans la maison d'un indigène opulent qui a loué, en leur honneur, une de ces compagnies d'artistes de bas étage ; ou bien ils se mêlent à la foule et saisissent au passage les piètres ballades des ambulants des rues, les exécutions sommaires que font entendre les musiciens professionnels des cortèges, des durbars, des noces et autres réjouissances populaires, dans quelques-unes des villes anglaises qu'ils ont traversées... — Comment cela suliîrait-il pour leur permettre de porter un jugement d'ensemble autorisé sur le plus délicat de tous les arts, dont l'appréciation variable est faite d'impressions fuyantes et multiples''? Dans l'Inde comme ailleurs, il y a des musiciens ambulants de peu de talent, à la voix éraillée, aux instruments discordants et imparfaits; mais elle a possédé à diverses époques et possède encore de véritables
7. " C'est comme si, remarquait déjà le cap. WiUard. en affirmant la réelle beauté de la musique de l'Inde, c'est comme si un Hindou, venu pour visiter l'Europe, qui n'aurait jamais eu l'occasion d'y entendre les productions les plus parfaites de la musique européenne. — qui n'aurait, par exemple, assisté ni aune représentation d'opéra, ni a un concert exécuté sous la direction d'un maître de talent, mais se serait borné à écouter les men.liauts aveugles et les racleurs ambulants, hôtes assidus des auberges et des tavernes, — s'avisait de déclarer la musique européenne exécrable. Il ne viendrait peut-être pas à la pensée de son auditoire de se dire que cet iuiligène avait bien pu, en effet, n'entendre qu'une musique que tout le monde ,à sa place aurait qualifiée d'exécrable; et l'opinion qu'on se ferait de lui serait qu'il manque complèlemenlde goût, » {Ouvr. cité. Préface, p. 5-6.)
ESr.YCLOPÉniE DE LA MISfOIE ET DlCTIOSXMIiE DV COS^EIiVATOIRE
arlislcs, comme le Rhebila du « Chariot de terre cuite' », comme Jiwan Chah, .Xalhiva Vadivelu, la cantatrice Shori et tant d'autres-. Pour se faire une opinion juste de la mélodie hindoue, il faudrait l'avoir entendu inlerpiéler par des musiciens dignes de ce nom.
Une des causes des appréciations défavorables émises par certains voyaf-'eurs sur la musique de l'Inde peut donc bien résider simplement dans une interprétation défectueuse d'oeuvres médiocres ou mauvaises de cette musique. D'aucuns, comme le Parisien Victor Jacqueraont, étaient, d'autre part, on ne peut plus mal préparés par leurtourniireeresprit, parl'abpolutisme de leur fxoùt, à admettre une musique si différente de celle des boulevards. Aussi ne faut-il pas trop s'étonner que, dans sa 'i\Av\\.ae\\s Correspondance avec sa famille et ses amis pendant son voi/age datis l'Inde, 1S2S-ISS2 (Paris, Lévy, 1869), il parle en termes méprisants de la musique qu'il y entendit : « La musique de l'Orient, s'écrie-t-il dans une de ses Lettres, est un des bruits les plus désagréables que je connaisse... » (S déc. 1831, I. Il, p. 148.) Dans une autre, il apprécie ainsi une séance de naiitch^ : Ceux-là congédiés, les danseuses firent leur entrée : elles cliantenl et dansent alternativement. Rien de si monotone que leur danse, si ce n'est leur chant. Celui-ci n'est pas sans art; et l'on dit que les éclats de voix qui percent par intervalles au travers d'un faible murmure plaintif qu'on entend à peine, plaisent d'une manière particulière à ceux qui ont oublié la mesure et la mélodie de la musique européenne. Je ne suis pas encore assez indien pour cela ; mais leur danse est déjà pour moi la plus gracieuse et la plus séduisante du monde. Les entrechats et les pirouettes de l'Opéra me semblent comme des gambades de sauvages de la mer du Sud et le stupide trépignement des nègres ; au reste, c'est dans le nord de l'IIindoustan que ces nautch-giris sont les plus célèbres. » (lomai 1830, t. I, p. iOi.) AWlears {Voyage dans l'Inde, 2= partie, t. I, p. 209|, il revient sur le même sujet : « Deux nautch-girIs chantèrent d'abord séparément, puis ensemble. L'un des musiciens, qui se tenaient debout derrière elles, jouait avec ses mains de deux petits tambours attachés à sa ceinture; l'autre tirait d'une sorte de petit violon à huit cordes des sons dignes d'accompagner le bruit ridicule de son compagnon. Le chant des bayadères est la plus insipide psalmodie; elles marmottaient plutôt qu'elles ne chantaient. La multiplicité des nasales sourdes de leur litanie et le rauque bourdonnement du tambour et du violon formaient ensemble un bruit assez semblable à la guimbarde. »
Mais il existe dans l'Inde une autre musique que ceUe des nautclis: il y cul même des voyageurs pour apprécier d'autre façon la pauvre musique qu'on y entend dans les rues. nM.G. \V. Johnson {The Siranger in lndia...,p. 218), après avoir parlé de deux femmes dont une jouait assez mal d'une sorte de guitare, dans les rues de Calcutta, ajoute que l'autre chanta le même air d'une voix douce, pleine de charme, dont il fut ému, quoiqu'il ne comprit pas un mot des paroles •. »
Dans un livre récent, plein de descriptions imagées