Voir cliap. 1, p. :iG
2. Ou trouvera, dans les ouvrages cités du cap. Willard, p. 12I-I22. et du cap. Day, p. loo-I56, des listes do musiciens ctlîrbrcs que l'Inde a connus ;\ diverses époques. — « \V. HatiiilLon liird, ù qui Ton est redevable d'une intéressante collection de int'-lodies, parle de plusieurs artistes des deux sexes, qu'il ne pouvait entcrflre sans émotion..., tels que Dillsok... qu'il entendit vers 1770, et la cantatrice Chanani, dont
et poétiques", M. André Chevrillon nous renseigne également sur la musique qu'il entendit dans l'Inde : ce n'est malheureusement que la musique de second ordre qu'il lui fut donné d'y entendre. Nous en extrayons les citations suivantes, dont la première concerne encore les nautch-girls : ic Ensuite nous allons chez les danseuses... Quelquefois elles font des bouquets, elles jouent avec leurs Heurs, ou bien l'une prend sa cithare, et la chambre obscure s'emplit du grattement rapide des cordes, gammes mineures d'un rythme insaisissable indéfitiiment ressassées, enroulées sur elles-mêmes, achevées sur des notes qui ne terminent pas, qui font attendre quelque chose au delà, musique étrange et monotone comme leur vie. Voici l'existence de toutes les femmes hindoues cloîtrées dans les zénanas... Le crin-crin de la cithare ne se lasse point de retourner la même phrase confuse et triste, les vêtements des danseuses chatoient, les étoffes s'enroulent et se déroulent, les pierreries scintillent, les bras se développent avec lenteur, les corps ondulent ou s'arrêtent soudain, immoliiles dans un long frisson, parcourus par une vibration imperceptible, les têtes se renversent pâmées, les poignets se tordent, les doigts se raidissent et tremblent; la cithare dévide toujours sa phrase mélancolique et grêle, et les heures s'enfuient''... » Ailleurs, c'est une musique de plein air, peut-être un nàhuhet : « Et voici que là-haut, sur une terrasse, tonnent profondément des coups de gongs, dont la vibration sourde passe en moi, et puis, une voix solitaire de trompette monte, nasillarde et stridente, dans le silence vaste, gammes mineures, simplifiées et rapides, d'un timbre aigre de musette, notes plaintives, prolongées, répétées avec insistance comme une douleur que l'on s'obstine à remuer, modulations inattendues, presque fausses, qui inquiètent, qui tourmentent, rythme bizarre, musique hindoue faite pour l'àme d'une humanité différente, si triste par son étrangeté que, sans la comprendre, on en frissonne... »
Il est cependant des Européens qui ont pu se faire une autre opinion de l'ait musical hindou, parce qu'ils avaient entendu, sans doute, des productions supérieures à celles qui traînent dans les nautchs, et des représentants plus autorisés de cet art que les troupes de bayadères. Parmi eux on peut citer le rédacteur musical de la revue anglaise r.A(/ieH<THm. qui, à l'occasion du compte rendu d'un ouvrage de MM. E. et \V. A. Rrown, de New-York (Musical Instruments and their Homes), apprécie et compare en ces termes la musique de l'Inde avec celle du Japon et du Siam'' : « Dans la péninsule indienne nous sommes réellement dans un autre monde. Nous passons d'une musique où dominent le bruit et une sèche exécution, à une musique vibrante de sentiment et de passion, et qui unit une exécution raffinée à l'organisation puissamment nerveuse qui fait l'artiste poète. Tel était un joueur de been {espèce de vinn ou luth) de Jeypore, qui se faisait entendre, mais qui, nous le craignons, n'a pas été beaucoup entendu, à une petite Exposition, 11 l'Inde à Londres », en iS86. Passer d'un de ces habiles joueurs de raniit siamois de « l'Exposition des Inventions >> de l'année précédente à cet homme,
les accents avaient un cliarme inexprimable. » (Fétis, ouvr. cité, l. Il, p. 205.)