Genèse, IV
ESCYC.LOPÈDIE DE LA MUSIQIE ET DIC.TIOXSAIRE DV CO.XSEIiVATOlllE
dans leur langue sous la forme kn-na-an-aur, qui pouvait se prononcer kinnaur'. C'est le seul instrument ù cordes que connaisse le Pentateiique, et il l'oppose tantùt aux tambours, tantôt aux llùtes-. Les Grecs connurent ce mot et le transcrivirent kinyra, qu'ils rapprochèrent de Àmi/TOS, plaintif; ils en conclurent que c'était un instrument à son triste ■*.
Les Septante traduisent parfois kinnor par kilhara ou psaltérion^; ce dernier terme est très vague, mais pour Suidas la kini/ra est une cithare''. Les kinnor du roi Salonion avaient été faites en bois de santal rapporté d'Ophir par les matelots d'Hiram, roi de Tyr'^.
Le kinnor, très répandu chez les Juifs, où il avait procuré ù David la faveur de Saiil ', était fort employé à Tyr*. Les Grecs le connaissaiejil déjà au iv= siècle avant notre ère, et Aristoxéne eu parlait dans un traité sur la musique'.
Les Juifs prêtaient à cet instrument un merveilleux effet thérapeutique : « Toutes les fois que l'esprit de Dieu était sur Saiil, David prenait son kinnor, et c'était un soulagement agréable pour Saul, car l'esprit mauvais s'écartait de lui'". »
Le phénix. — Les Grecs parlent souvent d'un ins- Irument à cordes qu'ils appellent phoinix ou phoinikion. Aristoxéne et Phillis de Délos en parlent comme d'un instrument ancien et le rangent parmi les peclis, magadis. snmbuqurs^'. liphoros, qui écrivit, vers la fin du V"! siècle avant notre ère, un livre « Sur les inventions », en attribuait la création aux Phéniciens'^. Il est vrai qu'un certain Sèmos de Délos, fort estimé d'Athénée, prétendait que c'était une erreur et que la nom de cet instrument venait de ce que ses montants étaient faits de bois de palmier, phoinix^^. Selon Hérodote, d'ailleurs, on employait à cet usage les cornes d'une antilope de Libye, l'oryx", animal de la taille d'un bœuf.
L'indication, que nous donnent ces deux auteurs, de l'existence dans le phénix de deux hras {pèchys, (inkôn) semblables à ceux de la cithare, fait présumer que cet instrument appartenait à ce type. Il était, en tout cas, assez connu des Grecs pour qu'Hérodote, voulant expliquer à ses lecteurs ce que c'est que l'oryx, ait écrit la phrase dont nous avons parlé. D'autre part. Aristote signale que « sur le phénix et dans la voix humaine la consonnance d'octave passe inaperçue et semble être un unisson; ce ne sont pas des sons homophones que l'on produit, mais des sons analogues à ceux qui se produisent à l'octave... le son parait être le même''' ». L'auteur désigne sans doute par les mots andreia phônc, la voix de l'homme type, le baryton. Le phénix serait par suite à l'oclave, probablement supérieure, de cette voix et devait être de petite taille.
Le nadjkhi. — Un papyrus égyptien parle .d'un instrument à cordes servant à accompagner le chant qu'il nomme nadjkhi^'K Ce mot n'est pas égyptien et
soph 12, U
in fine.
Papyrus Anastasi IV, pi. XII, I. 2.
Gfini'sc, loco cit.
Hesychios, snb voce.
Genèse, IV, 20; XX.'CI, 27.
Suh voce.
1 liais, X, 1 1 et I 2. Voir [). 34,
I Samuel, XVI.
Ezéckiei, XXVI, 13.
Fragm. histor. Gi'xc, II, 286.
. / Samuel, XVI, 23.
, Fraqm. histor. Grxc, II. 200; Phyllis, apud Atuéxée, Deipno-
., XIV. 030 6, III K.,p. 404.
Fraf/iu. histor. Grœc., IV, 400, 3.
llml.
IV, lOi.
semble d'origine sémitique. H se retrouve en hébreu sous la forme natsakh, qui a le sens de diriger la musique, jouer d'un instrument'". Sans doute faut-il y voir un instrument d'origine syrienne qui, à la suite des relations entre l'Egypte et la Syrie, s'introduisit dans la terre des pharaons avec son nom indigène.
L'vsTiiUMENTS A VENT. — Le giiigrus. — Vers la fin du V» siècle avant notre ère, les Grecs connaissaient déjà un instrument à vent d'origine phénicienne, le r/inijras". C'était une toute petite flûte n'ayant pas plus d'un spithame de long, c'est-à-dire 0'n,222. Elle avait un son aigu et plaintif et convenait parfaitement aux mélodies funèbres. Aristoxéne rangeait le gingras parmi les auloi pardienion, qui correspondent à notre soprano suraigu, mi^ à mi.,^"; elles étaient plus aiguës encore que les puellatorix romaines'^". Pollux avait entendu parler d'une toute petite tlùte égyptienne convenant au solo et appelée ginglarùs'-' ; ce doit être le même instrument.
Voici comment le poète Amphis, au iv"= siècle avant notre ère, racontait l'introduction en Grèce du gingras : » C'est une invention récente, qui n'a jamais encore paru au théâtre, mais qui a souvent été employée pendant les festins à Athènes... Je ne l'ai pas encore produite en public, car j'attends que la foule, prompte a. s'enflammer, s'en soit emparée-'^ ». Elle n'eut pas d'ailleurs un très grand succès. Le poète Axionicos, parlant de ses contemporains entichés des vers d'Euripide, dit que pour eux « ceux des autres poètes leur semblent des aiis de gingras, quelque chose de tout à fait pitoyable" ». Chez les Romains, le mot gingrio désignait le cri de l'oie-'*.
Dans son pays d'origine, au contraire, cet instrument jouissait d'une grande faveur, et il donna son nom à des airs de tlùte --■.
Pollux et Athénée rapportent que les Phéniciens appellent Adonis Gingrès, et pensent que le nom de la tlùte vient de ce surnom-''. Ce qu'il y a de très curieux, c'est que ce même dieu était invoqué à Perge, ville de Pamphylie, en Asie Mineure, sous le nom d'Abôbas-", qui semble venir de la même racine que Vamboub syrien.
L'amboub. — Les Assyriens possédaient une tlùte qu'ils appelaient imboubou-^; ce mot se retrouve en syriaque sous la forme aboitbah, anboubah, et en arabe vulgaire sous la forme ounboub, et désigne une flûte en roseau. Nous savons d'autre part qu'il existait à Rome des joueuses de tlùte d'origine syrienne appelées ambubalse^^, sans doute parce que leur instrument portait le nom d'ambuuh, car ce mot est dil'tîcilemenl explicable par le latin. Elles ne faisaient d'ailleurs les délices que du bas peuple, et les raffinés affichaient pour elles le plus vif mépris.
Les fliiles Syriennes. — En revanche, les Romains du temps de Térence {1'° moitié du u' siècle av. J.-C.)
Problèmes, XIX, 13.
Papyrus Anastasi JV, XII, 3.
Ge^emus, J/auflw6rterbucli. sub voce.
Athénée, IV, 174/'; Pou-tx, IV, 76; IIezïcbios, sub voce.
Fragm. histor. Grxc, II, 280.
SoLiNus, Polyhistor., V, 19.