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BATTUE DE L\ MESURE

141. Gevaert a fait cette remarque essentielle : « Les Hellènes et les Romains, très sensibles aux elTets du rythme, ne se faisaient pas faute, pour les renforcer, de recourir à des moyens que notre goût musical réprouverait. Leurs mélodies étant presque entièrement homophones, ils n'avaient i>as la possibilité de mettre en relief les divisions rythmiques par un accompagnement riche en combinaisons sonores. »

De là le heurt du pied contre le plancher de la scène pour marquer le moment initial du Posé, et sans doute aussi ses subdivisions (une percussion par temps'.'). On peut se demander même si, praliquement, le Levé n'était pas indiqué par un bruit, — un claquement de doigts, par exemple. \Vçstphal n'hésite pas à croire que le Levé lui-même était percuté par le pied. Chez les Homains, les « choreules ' », armés de sandales de fer, en arrivèrent parfois à elfondrer sous leurs chocs rythmiques le plancher de la scène. Voilà des « temps forls » faits pour réjouir nos théoriciens! Cependant, à y regarder de près, ces percussions-là n'ont rien de commun — à commencer par la place dans la mesure — avec celles qui triomphent en nos solfèges. Car elles ont cette banale fonction de rendre sensibles les divisions de la mesure, aussi bien dans sa région faible que dans sa région intense.

Ce qui d'ailleurs nous importe ici, c'est, non pas la pratique exacte de la battue, la décomposition possible des gestes principaux en gestes secondaires marquant les jalons intérieurs de la mesure, avec ou sans bruit, mais la théorie de la battue, théorie qui estlerellet de l'organisme rythmique lui-même.

Les théoriciens disent :

Toute mesure, de quelque longueur qu'elle soit, est rendue sensible aux yeux de l'exécutant par deux gestes du chef d'orchestre laccompagnés ou non de bruits indicateurs-i. De ces deux gestes, correspondant au l'osé et au Levé, l'un prend la forme d'un abaissement du pied ou de la main, l'autre la forme d'un relèvement. Suivant que la mesure est thétique ou non, le Posé est initial ou non.

Pans les mesures courtes ces deux gestes suffisent toujours : dipodies dactyliques, anapestiques, trochaïques, iambiques.

Quand les ioniques ou les péons sont érigés en mesures et battus comme tels, on a, nécessairement:

du mètre en ses temps constitutifs. Exemple

Tripodie péonique : -

' ' * r f tz

Penlapodie «ip /S— r -^^^^-^ — ^a^ péonique: '11' f* ^ f T f T T ? ^

11 n'y a pas de mesure à quatre temps, — théoriquement du moins. Les mouvements secondaires de la battue sont réservés aux mesures dont la division interne se fait par rapport double ou par rapport hémiole; la mesure à quatre temps organise son Posé et son Levé suivant le rapport simple et ne comporte, quelle que soit son étendue, que les gestes mutenui correspondant à la division fondamentale. Par conséquent, lorsque sera employée ici la rubrique 12 8, il faudra la considérer comme un 2 2 dans lequel chaque blanche se diviserait en deux fois trois unités.

On peut supposer que dans la plupart des cas le ■pdié et le levé [p, I) du temps sont absorbés et abolis par le Posé elle Levé (P. L.| du mètre.

Le posé et le levé subsistent dans les monopodies, c'est-à-dire dans les pieds isolés érigés en mètres.

Il est à peu près certain que dans certains rythmes modulants (204i la décomposition des temps euxmêmes se soit imposée au chef d'orchestre, et que sur les gestes indicateurs des divisions de la mesure se soient gretfés les gestes indicateurs des divisions du temps; de même que dans un odan'io nous décomposons souvent un 2 4, ou un 6 8, ou un t) 8, etc., en ses croches constitutives.

142. Cette division de la mesure en Posé et Levé est essentielle. Plusieurs monuments nous montrent de quelle manière la séméiographie l'indiquait.

L'.\nonyme fournit des anapestes traités en mesures siitiples et dans lesquels des points marquent la partie intense :

11 nous renseigne également sur la manière de spécifier le Posé dans la mesure composée iambique. Quand l'iambe est pur, la noire seule reçoit le point :

'n^^fr

lie sorte que le pose du second temps sert de signal au Posé de la mesure 3.

L'inscription de Traites confirme cette manière graphique et la complète : lorsque l'iambe est résolu, les 3 croches sont alTectées de points :

(lu Posé. (Cf. ce qui a été dit dans le X. B. ;'i la fin de l'avertissement.) 11 vaut mieux donc renoncer â l'emploi du mot ictus, ear la chose qu'il représente est singulieretuent imprécise lorsqu'il s'agit des mesures antithétiques.

3. Il est évident que dans ce cas la diiréreucc de durée entre la croche et 1,1 noire, beaucoup plus (pie leur ditrércnce d'Intensité, marque le rythme : croche et noire font partie du Posé. Le ievè du second temps devient l'unité initiale de la région iatcnse.

IIISTOIIIIC /)!■:, LA MISInllE

Kiiliii, le papynis Uainor prùsente des poinls qui comblent s'aiipliiniLT, ilaiis la mesure dochniiaipie, aux unités 1 et t :

Ils marquent ioi sans lioute le jalonueinent pratique de ces tortueuses mesuivs. 11 s'agit d'un chu'ur. Pour obtenir la simultanéité dans l'émission vocale et dans les gestes de tous les elioreules, la mesure est « décomposée » en ses divers éléments et les points paraissent correspondre ci des signaux indicateurs, multipliés avec intention. L'iambe ici est « tiiétique ».

Une joueuse d'autos double, sans pliorbeia, paraît lire sur un dyptique caché entre ses j;cnoux la « partie » qu'elle exécute. — CratiTO à ligures rouges, peint vers 450. Publié par Lenormant et de Witte, EHIe eénimoiiraphiqHe, LXXIX. CoHeclioii Lamherg , ii Vienne.

LE POSÉ (la TIIÉSIS)

143. On comprend maintenant pourquoi le mot <| Posé » parait devoir être substitué au mot c Frappé ». On frappe une unité initiale, plus intense que celles qui suivent. On pose une série d'unités d'égale intensité entre elles.

11 ne nous reste des Anciens aucune explication sur la nature du renforcement soutenu appliqué aux uni-

tés du Posé. Mais il est permis de tirer, de l'organisnie même de leurs mesures, des notions qui nous aclieminent vers le mécanisme de leur balancement rvtlimiqu(! et vers la répaililion de leur (i poids ».

Il est clairement révélé, par l'usage des points, que l'intensité de la mesure s"ap[ilique non à Viclus (141) du l'osé, mais au l'osé dans son ensemble. Il est si^r aiLssi que le geste indicateur du l'osé pouvait .s'accompagner d'un bruit quelconque du pied ou de la main, mais que ce signal, tout pratique, était un artilicc étranger à la musique et même, on peut le dire, contraire à la nature des clioses. Aussi bien, en admettant que les choreutes du drame eussent besoin d'être guidés dans leui's évolutions et dans leurs chants par des percussions plus ou moins brutales, il est bien diflicile de croire que les iirotagimistes chargés de détailler les niagniliques monodies d'Kschyle, de Sophocle et d'Kuripide, fussent guidés par de pareils signaux.

On peut attribuer, métaphoriquement, une certaine « pesanteur » aux mesures antiques et supposer ((ue cette pesanteur, inégalement répartie entre les deux régions qui se parlagent le mètre, alourdit très légèrement l'une d'elles au détriment de l'autre. Cet alourdissement devait se traduire par un renforcement sans rudesse, par un appui délicat et soutenu de la voix, accompagné dans certains cas d'un minime élargissement du tempo, abstraction faite de la catégorie orchestique réservée plus haut (12";) et qui a besoin d'ictus percutés. Mais cette légère dill'érence d'intensité n'est même plus nécessaire la où les pieds impurs (1:î1| interviennent pour signaler, par contraste, le Posé; et il semble bien que dans un très grand nombre de cas le mécanisme des « substituts » ait été préféré à tout autre, pour déterminer les deux régions essentielles de la mesure.

Le lecteur qui serait désireux d'entrer plus avant dans l'esprit d'une pareille rythmique, où le Posé et le Levé, le Levé et le Posé alternent dans un variable balancement, pourra aisément, en battant lui-même des mesures thétiques et des mesures antithétiques, se familiariseï' avec leurs allures propres. Le Levé initial est, pour nos habitudes, quelque peu troublant, mais très vite on suit les Anciens dans les leurs, et il parait natm'elde «poser », à la retombée d'un Levé; ce qui, après tout, est logique. S'il arrive, dans les pages qui suivent, que soit employé le mot ictus, il désignera le simple mouvement vers le bas, initial, du Posé; il n'impliquera pas nécessairement un choc. Cf. (141).

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