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MI^MBRE DR I- INSTITUT

FiG. 1.

Pordosili'ne (pelite

île près de cello

de Lesbos), iV siècle

av. J.-C.

Diam., 0,014.

La Lyre paraît être le plus ancien des instruments de musique à cordes pincées. Son invention, comme on sait, était attribuée à .Mercure, et, pendant des siècles, elle semble avoir été l'objet, chez les Grecs, d'une prédilection remarquable.

Primilivemenl, la Lyre était formée de la partie dorsale d'une écaille de tortue, dont la cavité était recouverte d'une peau tendue, faisant office de table d'harmonie; de chaque côté de ce résonateur s'élevaient deux cornes de chèvre ou d'antilope, supportant une traverse de bois appelée joug; les cordes, fixées à la partie inférieure de l'écaillé, allaient s'attacher sur la traverse à des rouleaux de cuir ou d'étolfe, dont la rotation, entravée par le frottement sur le bois, permettait de tendre les cordes et de les amener au diapason voulu (fig. 1).

Plus tard, on remplaça les cornes d'animaux par des montants de bois, en leur conservant leur courbe gracieuse, dont la forme s'allongea peu à peu en s'éloignant du type primitif.

Le système des rouleaux ne permettait pas de tendre fortement les cordes et de leur donner une grande sonorité; c'est pourquoi l'on imagina l'emploi des chevilles ; mais ceschevilles dilféraient de celles usitées de nos jours. Au lieu d'être placées perpendiculairement à la traverse, elles l'étaient normalement, dans la ligne de prolongement des cordes (fig. 2).

Une statuette en bronze du Musée de Naples, malheureusement altérée par une restauration inintelligente, donnait autrefois un renseignement précieux sur ce mode de construction. On y voyait, au bras d'Apollon, une lyre dont les chevilles, de section carrée et de profil anguleux (fig. 3), éloignaient toute idée de rotation de la cheville et de torsion de la corde; elles étaient évidemment destinées à retenir fortement la corde tendue, nullement à la tendre et à l'accorder comme on peut le faire avec les chevilles que nous connaissons.

Ces chevilles, disposées normalement au joug, sur la ligne de prolongement des cordes, ont donné naissance, dans les lyres d'ornement modernes, à ces ba-

FlG. 2.

Calymna,

IV' s. av. J.-C,

argent,

un des types

les plus anciens.

Diam., 0,021.

Fig. 3.

Cheville

en bois de

section carrée

et tle profil

anguleux.

guettes rigides qui traversent le joug et se prolongent dans l'espace.

Les chevilles sont souvent remplacées par un dispositif étrange, difficile à comprendre, que les statuaires ont traduit par une sorte de planchette accolée à la traverse, prise à tort pour un chevalet destiné à éloigner les cordes de la table d'harmonie. La réalité est tout autre : car les cordes ne passaient pas sur ce prétendu chevalet, mais en dessous.

Il s'agit, en réalité, d'appendices de nature inconnue, perpendiculaires à la traverse et terminés, dans les instruments perfectionnés, par ce qui parait être des boutons fixateurs llîg. 4;; quand le nombre des cordes (qui n'était que de trois dans le principe) s'augmenta progressivement, le nombre des appendices s'accrut de même; on dut même parfois les disposer en double rangée.

Les peintures antiques représentent fréquemment des personnages portant une lyre suspendue à leur épaule; la main gauche est déployée en éventail derrière les cordes; de la main droile l'instrumentiste tient un plectre \-l-r,y-po-i] attaché par un lien à la base de la lyre et avec lequel il se dispose à attaquer la partie inférieure des cordes. Le plectre, souvent en forme de feuille, se faisait en bois, ivoire ou toute autre matière dure.

On a beaucoup disserté sur celte façon de pratiquer la lyre; on a émis cette hypothèse : pendant que la main droite, armée du plectre, faisait entendre un chant, la main gauche, à l'aide de ses doigts, exécutait une broderie. Cette hypothèse est difficilement admissible, ce mode d'exécution étant usité sur des instruments munis d'un petit nombre de cordes.

C'est en Egypte que l'on trouve le mot de l'énigme : dans ce pays éminemment conservateur, la lyre existe encore; les branches ont perdu leur courbe gracieuse, une calebasse remplace l'élégante écaille de tortue;

■1. — SiiiTifi:in ait A/tntIo, 11971. Pompéi.

Scavi nuot'i, casa (ki Yelti.

jiisTnrni-: de i.a .ufs/or/?

GRÈCE r.S'.i

mais rinslrunient a conservo sa table d'harmonie faito d'une peau tendue, ses cordes lixées à des rouleaux sur la traverse, et même parfois le plectre, altaclic par un lien làclie à la base de la lyre. Uans ce cas, le musicien frotte vi^'oureusement lotilos les cordes, à l'aide du pleclrc, dans leur partie infiMieure, tandis que les doigts de la main j.'auche, écartés en éventail, cfllpurent les cordes qui ne doivent pas résonner. J'ai conslaté moi-même ce fait à Ismadia et au Caire. Celte façon de procéder semble foil iiuoniniode au premier abord; cependant les musiciens d'K^:yptt' paiaissent l'exercer avec facilité. Il est vrai qu'ils ne font entendre ainsi que quelques noies, toujours les mêmes, irulélininient répétées.

11 est bon de remarquer toutefois que les virtuoses de ce genre sont assez rares. Le plus souvent les lyristes n'ont pas de plectre et se servent de la lyre comme d'une harpe. Le résultat est le même, mais la sonorité est alors beaucoup plus faible. Pour que l'instrument puisse se faire entendre à distance, l'autre système est nécessaire.

Le résnilat artistique est plus que médiocre. En était-il de même chez les Grecs? C'est assez probable. Certaines personnes admettent dilTicileraent que les anciens, si appréciés dans la littérature et les arts plastiques, aient pu êlre de piètres musiciens. Nous avons pourtant sous les yeux un exemple analogue : nous pouvons constater la distance immense qui sépare les merveilles en différents genres que produisent la Chine et le .lapon, de la musique originaire des mêmes pays. La musique japonaise, en particulier, n'a pour nous aucun sens, et pourtant ele procède d'un système compliqué, et les Japonais en font grand cas. Ainsi, les modes nombreux dont se servaient les Grecs, les propriétés qu'ils leur attribuaient, Jie prouveraient nullement que cette musique, si nous

pouvions la connaître, fût capable d'exciter notre admiration.

On peut voir par la ligure H que le mode compliqué d'exécution dont nous avons parlé était encore usité sur la cithare, instrument relativement moderne, de construction supérieure, où le résonateur à peau tendue est remplacé par une caisse en bois. La sonorité en étant beaucoup plus grande, on était revenu au système des rouleaux, plus favorable à l'accord; mais celui des chevilles n'avait pas été abandonné pour cela.

Avant l'invention de la cithare, la lyre avait pris un grand développement, comme nous le montre la belle peinture du Musée de Naples connue sous le «om de ÏEdiication d'AcIdlle.

L'instrument représenté sur cette peinture est ■d'une grande beauté et d'une grande dimension :

Fia. 5. — Cilharisle.

l'extrcmilé inférieure descend au-dessous de la hanche du jeune homme et l'extrémité su|iéricure dépasse sa tête. Le corps est formé d'une grande écaille de tortue et de deux cornes d'antilope. A la base des cordes on distingue un clievaletdestinéà les éloigner de la table d'harmonie. Les cordes sont au nombre de onze; le plectre est usité, mais pour attaquer les cordes individuellement. Ces cordes sont d'une grande longueur (un mètre environ! : or, pendant que le jeune homme louche une corde avec les doigts de sa main gauche, à la moitié de sa hauteur, le Centaure touche la même corde avec le plectre |(ig. (il.

FiG. 6. — VÉiliiealion il'AcInlk.

Dans un mémoire sur les lyres, lu par moi en 1902 à la séance publique annuelle des Cinq Académies, j'avais signalé ce fait que je crois avoir observé pour la première fois. En cherchant l'explication de ce geste, j'avais émis l'hypothèse que la main gauche louchait la corde pour déterminer la note. Mais alors, pourquoi ce grand nombre de cordes? Il serait inutile et inexplicable.

Ces longues cordes devaient nécessairement produire des sons assez graves. N'est-il pas permis de supposer que le Centaure enseigne au jeune héros l'emploi des sons harmoniques, lesquels, résonnant à l'octave de sons naturels, auraient augmenté à l'aigu l'étendue de l'instrument? On sait que c'est en effleurant le milieu de la corde, alors qu'on la-pince dans une autre partie, que l'on produit sur la harpe les sons harmoniques; ils résonnent facilement sur les cordes qui atteignent une certaine longueur, et il n'y aurait rien d'étonnant à ce que les anciens les eussent connus et pratiqués.

ESCYCLOPEDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOWAIRE DU Cn.VSEnVATOinE

On voit au Musée de Naples une peinture étranee, représentant uneferame qui, de la niaingauche, pince les cordes d'une petite lyre, tandis que de la droite elle joue d'une autre lyre placée sur une table. Il s'agit là, selon toute apparence, d'un acte exceplionnel, d'une sorte de « tour de force »; car les trois personnages qui assistent à cette scène montrent sur leurs visages un étonnement qui confine à l'épouvante. C'est une excentricité et rien de plus.

En résumé, nous constatons :

Trois façons d'accorder la lyre :

i" Avec des rouleaux;

2° Avec des chevilles, la corde étant tendue à la main jusqu'à la note voulue et fixée fortement par la cheville immobile;

3° Avec le système des appendices rigides terminés par des boutons, système dont les peintures ne peuvent donner une idée suffisante et qui reste inexpliqué;

Et quatre façons de faire résonner l'instrument :

d° Avec les doigts;

2° Avec le plectre;

3° Avec les doigts et le plectre simultanément, le plectre attaquant plusieurs cordes à la fois, et les doigts effleurant celles qui ne doivent pas résonner;

4° Avec les doigts et le plectre simultanément par l'emploi des sons harmoniques, ce dernier mode d'exécution n'étant usité que sur des instruments de grande dimension.

La cithare, dérivée de la lyre, est un véritable objet

de lutherie, ne rappelant la forme de son ancêtre que d'une façon générale. Les montants font corps avec la caisse sonore. Les cordes tantôt sont fixées en dehors de la caisse, comme dans le modèle représenté ici, tantôt sont fixées à l'intérieur, d'où elles sortent par une large ouverture pour aller s'attacher sur le joug, soit par des rouleaux, soit par des chevilles. Ces instruments sont en général d'une grande beauté de forme; leur sonorité devait être assez puissante. Les lyres dont se servaient encore les Romains étaient des cithares; afin de pouvoir, dans le même morceau de musique, varier les modes, ils avaient imaginé de placer plusieurs instruments sur une table tournante que l'exécutant faisait pivoter pour passer d'un instrument à un autre.

Il y avait naguère au Musée d'Alexandrie (Egypte) une belle cithare romaine, très bien conservée, qui a disparu depuis. La traverse, dépourvue de chevilles, était oblique et gravée par places de rainures transversales destinées à s'opposer au glissement des rouleaux. Les cordes étaient donc de longueurs inégales, les plus graves se trouvant à la droite de l'exécutant. ' Le Musée de Berlin possède une cithare, probablement romaine, découverte en Egypte.

On est peu renseigné sur la nature des cordes de ces instruments. On croit généralement qu'elles étaient fabriquées avec des boyaux de mouton.

Lyres et cithares étaient parfois d'une grande richesse, recouvertes de lames d'or, d'ivoire, d'écaillé, ornées même de pierres précieuses.

Camille SAINT-SAENS, 1912.

MOYEN AGE

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