LES ORIGINES
Les origines du chant des Églises d'Orient se confondent avec celles mêmes de la musique chrétienne Les mélopées d'Israël, conservées par les Juifs convertis à la foi au Christ, voilà le premier fonds. Làdessus, l'art grec apportera son appoint et mettra son empreinte.
Les textes anciens sur cette musique sont avant tout des textes purement historiques'. Après saint Paul exhortant les premiers chrétiens au chant des tehilUm. miziHor ou ser (hymnes, psaumes ou cantiquesl, saint Clément, le second successeur de saint Pierre, est obligé de réglementer l'exécution de ces chants, que des chrétiens trop zélés faisaient entendre même au milieu des banquels. L'original de celte lettre de saint Clément est perdu, mais nous en possédons une antique traduction syriaque : " Il ne faut pas, disait-il, que nous puissions être confondus avec les mimes, chanteurs et bouffons qui, pour une bouchée de pain ou une coupe de vin, s'en vont divertir les gens qui festoient. "
D'autres documents font mention d'un chant des chrétiens en temps même de persécution. L'un est le fameux rapport de Pline le Jeune à Trajan, sur les églises de Bythinie, où les chrétiens se réunissaient pour dire un encmen; l'autre est l'apologie d'Aristide, dont nous avons le texte syriaque. Par le contexte de
1. Cf. Oriijines du chant romain. Paris, Picard. 1007. Ouvrage couronaé par rAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres.
l'un et de l'autre de ces documents, les savants qui s'en sont spécialement occupés croient qu'il s'agit ici de l'hymne nommée depuis Grande Doxologie (le Gloria in excelsis).
Vers l'an 200, le pédagogue Clément d'Alexandrie, esprit avisé, recommande aux chrétiens, par manière de délassement, le chant profane et le jeu des instruments, de la cithare en particulier, après les repas par exemple. Mais il s'élève avec force contre les abus du genre chromatique, bon pour les chansons des courtisanes.
Voilà le premier texte dans lequel on constate la prédilection qu'avaient les peuples de Grèce, de Syrie ou d'Egypte pour ce chromatisme. Les Pères de l'Kglise lui lirentune guerre acharnée: peine perdue; il fut introduit à l'église même, et les siècles n'ont fait que l'enraciner plus profondément encore dans les habitudes. (Voir plus loin, p. a'.'M}.
Trois quarts de siècle plus tard, à Antioclie, l'évèque indigne, Paul de Samosate, est déposé; un des griefs allégués contre lui est qu'il faisait exécuter dans l'église, en plein chœur, par des femmes, des chants en son honneur.
Cinquante ans après, saint Athanase d'Alexandrie nous dit son élonneraent en entendant à Milet, pendant son exil, des chants exécutés dans l'église avec des battements de mains fortement rythmés. Quant à lui, dans sa ville épiscopale, diacre, clercs et peuple prenaient part au chant des psaumes, sur l'ordre qu'il en donnait. On avait longtemps encore conservé le souvenir de mélodies qu'il faisait exécuter, et qui, par leur simplicité de forme, se rapprochaient plus de la récilation que de la musique proprement dite. C'est saint Augustin qui rapporte ce dernier fait, en l'opposant au développement que la musique chrétienne prenait de son temps, au déclin du iv= siècle. Cependant, on exécutait aussi à Alexandrie des chants vocalises.
Ce siècle avait, en elfet, été fécond pour l'art chrétien : l'ère de la liberté avait sonné pour l'Eglise, délivrée à tout jamais, croyait-on, des entraves du paganisme et de celles que suscitait le pouvoir civil; architectes, peintres, poètes et musiciens chrétiens prenaient à lâche d'embellir de formes achevées la pompe extérieure du culte.
Les Églises d'Orient furent le foyer de nouvelles créations artistiques.
Jusqu'alors, on ne connaissait guère à l'église que le psaume, chanté à l'instar de ce qui se fait encore dans la synagogue, ou quelques pièces en prose, nommées hymnes, telles que la Grande Doxologie iGloria in excelsis) ou l'hymne triomphale [Sanctas).
Ces chants étaient en général des soli; le chœur n'y prenait part que pour dire un refrain {eplti/mnion. hi/palioc, alirostilUa, akroteleia), Valleluia ou une doxologie finale.
Les mélodies pouvaient être tantôt simples, quasi récitatives, d'un rythme très libre, tantôt très ornées de longues vocalises, non moins libres dans leur
1. Ce fait, qui a été contesté par quelques savants, est maintenant hors de doute, depuis le déchlirrement des papyrus gnostiques et magiques, dont la science est redevable à MM. Poirée et Ruelle. Cf. Orifjines du chant romain, ci-dessus citées.
2. Sur les mélodies de cette hymne, consultez Bourgault-Ducoudray, Etudes nur la musique ecclésiastique fjrecgue. Paris, 1876; J, Parisot, Conférence sur lamasique orientale, dans la Tribune de Saint-Gervais, année 1898; A. Gastoué, mt-me revue, année 18119, page 12; Dom Gaïsser, le Sijslinne musical de l'Eglise grecque, p. o2, note 3, Rome et Maredsous, l^nil. Citons ici les autres travaux à consulter sur le chant byzantin : Villoteau, rapport, dans la Description de l'Egypte, tome
allure'. Nous savons en particulier qu'au moins dans certains centres religieux, le irpcjy.siijtjvov [prokeimenon), verset analogue au répons-graduel de la liturgie romaine, se déroulait comme celui-ci sur un chant longuement vocalisé, et qu'on y faisait usage de tdrétisines ou sons tremblés.
Lorsque des poètes chrétiens écrivaient des pièces nouvelles, c'était sur la forme libre, et toute parallélique, des psaumes, qui s'astreint moins à une mesure régulière qu'à une équivalence approximative des divers éléments rythmiques. Une pièce célèbre en ce genre est le IlapOiviov (Patihenion) du martyr saint Méthode, archevêque de 'ryr(f312). Chaque strophe y est composée à l'imitation des versets psalmiques; c'est un solo, et le chœur y répète constamment le même refrain.
Toutefois, nous ne savons pas si cette pièce était chantée à l'église (il est probable que non).
On attribue aussi au saint martyr Athénagore, sur la foi d'une phrase assez obscure de saint Basile le Grand, la composition du 'l>Coi iXapov [Phùs hilavon. Lumière joyeuse!, l'hymne des vêpres, dans le rit byzantin et divers rits orientaux'-. Nous savons d'ailleurs, par un témoignage d'Origène, que les chrétiens d'Egypte chantaient des hymnes (vers l'an 250). Diverses compositions de ce titre figurent dans les œuvres de Clément d'Alexandrie et de l'évêque Synesios. Nous sommes privés de tout moyen de savoir si elles étaient exécutées à l'office.
Les nouvelles formes auxquelles nous faisons allusion plus haut prirent naissance dans les chrétientés syriennes voisines de la Perse. Ce fut d'abord la psalmodie en chœur, puis la composition d'hymnes qui, au lieu d'être écrites en prose libre, étaient divisées en strophes régulières, chantées sur un même type mélodique par les chœurs alternés. Le timbre musical sur lequel on chantait ces hymnes strophiques est nommé rii-qoU) par les Syriaques, et heirmos par les Grecs. Chose remarquable, cette forme n'est point tenue d'avoir un nombre fixe de temps; seuls y dominent les accents ou élévations mélodiques, auxquels doivent correspondre les accents des paroles. Chaque vers ou partie de la mélodie a toujours le même nombre de syllabes accentuées; il peut ne pas avoir le même nombre de syllabes. S'il y en a une ou plusieurs de plus ou de moins, on ajoute ou on supprime à la mélodie le nombre de temps faibles nécessaires, les temps accentués restant toujours invariables. Déjà, dans l'ancien culte hébreu, certains psaumes paraissent avoir été écrits dans cette forme, mais la connaissance pratique s'en était perdue, même en Israël.
Le premier poète-musicien auquel on attribue des pièces de ce genre est l'hérétique syriaque Bardesanes, au iii= siècle; mais le véritable organisateur, et peut-être le créateur du genre, est saint Ephrem, diacre d'Édesse, qui voulut composer cent cinquante hymnes écrites selon le r au procédé, comme il y a cent cinquante psaum ^'Eglise syriaque a con-
XIV; Vincent, dans les Notices et ijXtrails des mss, t. XVI; Christ et l'aranikas, Antholoqia gra-ca C'irminutn cltristianorum, Leipzig, 1S71; llalherly, A Treatise on liijzantin 'nusic, Londres, l.s9i; Aubrv, le fti/thnte tonique, Paris, 1003; Dom uaïsser, les Heirmoi de Pâques, lîonie, rjOo; et les articles divers publiés par le D' Tzctzès dans le napvaajôç d'Athènes, années 1882 et 1883; par Dom Gaïsser, A. (Jastoiié, P. J. Thibaut, dans la 'fr.liune de Saint-fieruais, années I8;i7 à 1001; par P. J. Thibaut, dans le Bi/zantinische jieitschrift, année 1809, et le Bulletin de l'Institut archêoloyique russe de Constiintïnople, mêmes années ; Gastoué, Catalogue des manuscrits de musique byzantine, Paris, 1908.
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linuô jusqu'à nos jours de chauler les poésies de saint l';plii('m, dont les coniposilions ont ('[(', li:uluilcs et imitées dans toutes les lan^'ucs. (Juelle est la valeur historique des mélodies sur lesquelles on les eliante? Il est diflicile di- le dire, eette Kf^liso, pauvre et il demi luu'liare, ayant à peu prés toujours if,'nor6 ouiu''f;lit;é la notation musicale. (Voir plus loin, p. îiiilj
I.a psalmodie syriaipie en clueur recul un premier développement ;\ Antioclie, vers le milieu du iV siècle, dans des circonstances racontées bien des t'ois.
l'Iavien et Itiodore, membres d'une conl'rérie d'asctiles et devenus plus tard évèques, cherchèrent à intéresser le peuple grec d'Antioche à la psalmodie,
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en divisant le chant d'après deux demi-chœurs, l'un formé des hommes, l'autre des femmes et des enfants. Les deux chieuis se réunissaient pour chanter le refrain ensend)le. Celte foiine d'exécution par des voix chantant allernativement à l'octave l'une de l'autre et se réunissant (Misuito était nommé'e par les anciens tmliphonhi, (inliplionon jiiclos, « mélodie en écho ». Ce nouvel usaj^e eut un tel succès qu'il passa rapidement dans toutes les éf^lises, et que l'expression d'uni ipliimon ou » antienne » Unit même par faire désij^ner uni(iuement le chant du refrain exécuté avec les psaumes en chœur, landistjue l'antique manière de répondre au solo était nommée « répons »ou lij/pnkoe.
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Texte grec avec la notation cki»honétique.