LA MUSIQUE MESURÉE ET POLYPHONIQUE
LES OniGlNES
Tandis que le chant liturf^ique l'onl.iniiait de vivre sur un fonds de réperloire arrêté depuis longtemps, et auquel se juxtaposaient, sans s'y mêler trop, les nouveautés des proses, des farses, des drames, ces dernières formes, sortant peu à peu du sanctuaire, allaient vivifier l'art profane et populaire, à peu près informe.
Lorsque nous remontons à l'origine des pièces latines ou vulgaires, religieuses, mais non oITicielles, ou profanes, nous ne nous trouvons en présence que de deux genres : d'un côté, le même art que le chant liturgique, comme les exemples déjà cités, de complainles, de vers d'Horace, d'épilres farsies; d'un autre, l'unique forme du lai, procédé rudimentaire s'il en fut.
Le lai est peul-ètre le seul reste d'un lointain arl celtique, et il est essentiellement populaire. Dans le lai, les strophes peuvent être de longueurs diverses, et une mélodie, serait-elle de qualre notes, peut être répétée autant de fois de suite qu'il plaît au musicien, sur des vers semblables.
La forme rythmique en est très libre, mais, dans les lais les plus anciens qui nous sont conservés, il y a, par places, des broderies en diminution, oij nous devons voir une des premières origines de la musique mesurée. D'ailleurs, la même forme de l)roderie parait avoir été en usage à une certaine époque
1. Jusqu'à ces dernières années, il fallait, surtout (aire appel aux travaux, d'ailleurs remarquables, de lie Cousscniaker, sur ce chapitie difficile. (Les ouvrages de Kelis et de f'elii Clément sont remplis d'indications fantaisistes.) De nos jours, il faut citer MM. Pierre Aubry
dans l'école liturgique de Saint-Gall, apparentée aux écoles irlandaises, et où l'on ne se faisait pas faute d'enjoliver le chant grégorien d'ornements de toute nature.
Après le lai, la plus ancienne forme que nous connaissions, une danse celle-là, est Testampie. Au jugement des meilleurs connaisseurs, elle fut d'abord instrumentale, et l'on écrivit ensuite des paroles sur les airs les plus aimés. La plus ancienne estampie qui nous soit parvenue a toute une histoire.
« En ce temps vinrent à la cour du marquis [Roniface H de Montferrati deux jongleurs de Ki'ance, qui savaient bien jouer de la viole. Et un jour, ils jouèrent une estdinpida, qui plut fort au marquis, aux chevaliers et aux dames. Et sire Kambaut^ en manifesta si peu de joie que le marquis s'en aperçut. 11 Eh quoi! seigneur Uambaut, lui dit-il, que ne « chantez-vous, que n'ètes-vous plus joyeux, quand <i voici un bel air de viole et près de vous aussi belle Il dame (|ue ma sœur, qui vous tient à son service i( et est bien la plus valeureuse femme qui soit au 11 monde? » — Sur quoi Hambaul répondit qu'il n'en ferait rien. Le marquis, qui savait la chose, dit à sa sœur : « Madame Béatrice, par amour pour moi » et pour tout l'entourage, vous plaise prier Hambaut II qu'au nom de votre amour et (le votre grâce il ait à 11 chanter et à retrouver sa gaieté d'antan !» — Et Madame Béatrice fut d'assez grande courtoisie et générosité pour prier Rambaut de prendre réconfort et pour l'amour d'elle do montrer un visage moins soucieux et de faire nouvelle chanson. C'est alors que Hambaut, pour la raison que vous venez d'ouïr, ht ime cslampidii. >>
en France, Jean Beck en Alsace, I.uduisr et Johannes \VoIf en Allemaiçne, Wolridge en Angleterre, dont les plus récents ouvrages font autûi'itc.